GUIPRY - RENNES (35) - HYACINTHE-JEAN-MARIE ROLLAND DE RENGERVÉ, PRÊTRE MARTYR
HYACINTHE-JEAN-MARIE ROLLAND DE RENGERVÉ
Fils de M. François-Marie Rolland, seigneur de Rengervé, et de dame Anne-Jeanne Rolland du Frêche, Hyacinthe naquit au château du Rocher-Martinois, paroisse de Guipry, dans l'évêché de Saint-Malo, le 9 juillet 1756, [baptisé le lendemain].
Ses respectables parens soignèrent sa première éducation, jusqu'à ce que, parvenu à sa onzième année, il eut le bonheur de faire sa première communion, dans l'église de Guipry.
Sa pieuse mère le conduisit à Rennes, et y prit un appartement, jalouse de surveiller elle-même, par ses conseils et par l'autorité que l'amour maternel dirigeoit, l'instruction de sept garçons dont le ciel avoit béni son union.
Hyacinthe, le troisième d'entre eux, fit ses études au collège de Rennes, et mérita par sa docilité, la douceur de son caractère, son application constante et l'innocence de ses moeurs, la faveur qu'il sollicitoit, celle d'entrer à l'âge de quinze ans dans l'état ecclésiastique.
Le jeune de Rengervé fut promu au sacerdoce à l'âge de vingt-quatre ans, et son évêque lui permit d'exercer le saint ministère dans la capitale de la Bretagne.
Placé comme vicaire à la paroisse de Toussaint de Rennes, il s'y concilia par ses vertus l'estime générale, qui le suivit à Saint-Hellier et à Saint-Sauveur, autres paroisses de la même ville.
Ce fut dans cette dernière église que la révolution l'atteignit, ainsi que tous les fonctionnaires ecclésiastiques, qui montrèrent le noble courage de ne point composer avec leur conscience : il fut ainsi qu'eux soumis à la loi de la déportation, et se réfugia dans l'île de Jersey.
L'amour de son pays, le désir de se rendre utile aux fidèles, dans un temps où les secours spirituels devenoient comme infiniment rares, le déterminèrent à revoir la France, après quelques mois de séjour chez l'étranger.
Plusieurs braves, entre autres MM. de la Trémouille, de la Bigotière et du Plessis, le sollicitèrent de les accompagner aux armées royalistes, pour y remplir les fonctions d'aumônier. Mais il ne put joindre ces armées : arrêté au château de la Bigotière, avec les deux propriétaires de cette maison, dénoncés par leur propre fermier, il fut conduit à la Guerche, puis à Rennes, au tribunal de sang.
Dans cette ville, le confesseur de Jésus-Christ triompha d'une persécution étrange, et que lui suscitoit l'amitié aveuglée par un louable motif ; celui de sauver la vie d'un homme de bien : mais est-il donc permis, ou plutôt n'est-il pas d'un lâche et indigne chrétien, de racheter sa vie par un mensonge ?
A l'interrogatoire, cet officieux et coupable ami cherchoit les moyens de le présenter à ses juges comme un prêtre assermenté. "Mais non, dit à haute voix l'abbé de Rengervé, non, je n'ai point fait le serment, ni ne veux le faire." Il ajouta ces mots bien éloquens sans doute : "Je meurs pour ma religion."
On prétend, ce qui n'altère point le motif de son sacrifice, ce qui même y ajoute peut-être, qu'à l'instant de la mort, il étoit privé de tout sentiment.
Guillotiné avec Messieurs de la Bigotière et du Plessis, le 18 décembre 1793, il obtint sans doute les récompenses éternelles réservées aux défenseurs de la foi.
Extrait : Les confesseurs de la foi dans l'Église gallicane à la fin du XVIIIème siècle - par Guy-Toussaint-Julien Carron de La Carrière - 1820
LIBERTÉ - ÉGALITÉ
AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE
JUGEMENT RENDU PAR LA COMMISSION MILITAIRE RÉVOLUTIONNAIRE PRÈS L'ARMÉE DES CÔTES DE BREST, SÉANTE A RENNES.
Du 27 frimaire de l'an 2 de la république une & indivisible. (17 décembre 1793)
LA COMMISSION MILITAIRE RÉVOLUTIONNAIRE, vu ce qui résulte de l'interrogatoire subi, tant le 26 frimaire présent mois devant le Juge de paix de la Guerche, que ce jourd'hui devant la Commission Militaire, par Hyacinthe-Jean-Marie Rolland de Renjervé, Prêtre, ci-devant Noble, ci-devant Vicaire des Paroisses de Saint-Sauveur & de Toussaint de Rennes, natif de Rennes, âgé de trente-sept ans ;
Déclare ledit Rolland de Renjervé convaincu d'avoir été à la déportation, déporté en Angleterre, & d'être rentré depuis vingt-trois jours sur le territoire de la République ;
En conséquence, & conformément à l'art. V de la Loi des vingt-neuvième & trentième jours du mois Vendémière, qui porte :
Ceux de ces Ecclésiastiques qui rentreront, ceux qui sont rentrés sur le territoire de la République, seront envoyés à la maison de justice du Tribunal Criminel du Département dans l'étendue duquel ils auront ou seront arrêtés, & après avoir subi interrogatoire dont sera retenu note ; ils seront dans les vingt-quatre heures, livrés à l'exécuteur des Jugements Criminels & mis à mort, après que les Juges du Tribunal auront déclaré que les détenus sont convaincus d'avoir été sujets à la déportation.
Ordonne que ledit Rolland de Ranjervé sera dans les vingt-quatre heures livré au vengeur du Peuple, & mis à mort, que ses biens seront acquis au profit de la République, & le présent Jugement imprimé, affiché & envoyé partout où besoin sera.
Ainsi prononcé par Jugement Révolutionnaire dans l'une des chambres du Temple de la Justice, portes ouvertes, le 27 frimaire, l'an deux de la République.
Signé sur le registre : GABRIEL VAUGEOIS, Président ; SCEVOLA NOËL ; GRACCHUS CHALON ; DECIUSLAUGIER ; LETELLIER, Accusateur Militaire.
Pour copie conforme, JD MARIE, Greffier-Adjoint.
A RENNES, chez R. VATAR, fils, Imprimeur de la Commission Militaire Révolutionnaire, 1793
AD85 - SHD B1/335-22

