BIRAN (32) - FRIX CABANES, GRENADIER DU GERS
FRIX CABANES
Frix Cabanes, né dans la municipalité de Biran, canton de Jegun, département du Gers, de parents âgés, indigents & infirmes, auxquels il faisoit passer le produit de ses épargnes, est le plus intrépide grenadier du troisième bataillon du Gers.
Le premier mai 1793, au camp de Sarre, au moment d'une trahison, lorsqu'un chasseur de montagne tua son commandant qui trahissoit, Cabanes reçut une balle dans la cuisse ; néanmoins il brûla vingt cartouches, il soutint le choc de la cavalerie ennemie, & contribua à la repousser.
Rendu à l'hôpital, il arracha la balle avec son tire-bourre ; il n'en guérit qu'après en avoir perdu un os.
Le 23 juillet, près d'Andaye, il reçut un coup de balle sur le derrière de la tête ; n'importe, il brûla, avec son courage sans exemple, 206 cartouches. Sans compter les ennemis qui ont péri sous ses nombreux coups de fusil, qu'il chargeoit toujours avec plusieurs balles fendues en quatre, alors il tua successivement six catalans à l'arme blanche, tandis que des pillards retournoient après lui les cadavres de ses ennemis domptés.
Le 30 août, à la redoute ci-devant de Louis XIV, un boulet de canon tombant à son genou, lorsqu'il faisoit feu au premier rang, le recouvrit de terre ; bientôt un autre lui emporta la moitié de sa giberne. Son énergie croissoit avec les dangers.
Une balle empoisonnée perça son chapeau ; lui emporta l'oeil droit, & brisa les os de sa figure, & cependant il tira son coup de fusil.
Transporté à l'hôpital, il tomba dans l'état d'asphyxie ; on alloit l'enterrer, lorsque soudain il s'ébranla en criant : f.... canaille ! vous voudriez m'enterrer vivant comme bien d'autres : j'ai encore du sang à verser pour ma patrie.
AD76 - Le Journal de Rouen - JPL 3_12 - 3 avril
... Frix guérit de la gangrène survenue à ses blessures ; on le force à accepter son congé ; il le déchire et monte le lendemain à l'assaut d'une citadelle. (Beautés des victoires et conquêtes des Français depuis 1792 jusqu'en 1815 - par E. de La Bédollière - 1847)
Son nom, relevé sur une liste de secours à distribuer aux soldats invalides, prouve que l'héroïque grenadier de l'an II vivait encore au début du Second Empire. (Arch. départementale du Gers, Pensions et secours, 1853)
