Canalblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La Maraîchine Normande
Publicité
11 décembre 2015

BAZOUGE-DES-ALLEUX (53) - MADAME HUNEAU ... OU PLUTÔT MADAME HAMEAU

 

Bazouge-des-Alleux château de Thuré


A l'époque où les Chouans prirent les armes, il y avait pour concierge au château de Thuré, dans la paroisse de la Bazouge-des-Alleux, à quatre lieues de Laval, une veuve nommée Mme Huneau, connue dans tous les environs par son active charité. Elle avait acquis quelques connaissances pratiques en médecine, qui augmentaient encore les occasions qu'elle cherchait de faire du bien ; et quand ses remèdes ne pouvaient amener la guérison, ses pieux conseils amenaient au moins un salutaire repentir et de consolantes espérances : car elle joignait à toutes ses qualités une dévotion exemplaire, et c'est dire assez qu'elle était zélée royaliste.


Mme Huneau, veuve depuis bien des années, n'avait qu'un fils âgé de quinze ans. Son âge et sa faiblesse ne lui avaient pas permis de prendre les armes avec les insurgés, mais il cherchait à se rendre utile à leur cause par tous les moyens qui étaient utile à leur cause par tous les moyens qui étaient en son pouvoir : d'ordinaire, c'était lui qui portait leur correspondance et surveillait les mouvemens des postes républicains.


Ceux des gens du pays qui avaient embrassé les opinions révolutionnaires, eurent bientôt soupçonné la cause des fréquentes absences du jeune homme, et l'un d'eux se chargea de lui en faire porter la peine.


Un soir, au retour d'un de ses voyages, il était déjà dans l'avenue du château, et à vingt pas de sa mère qui venait au-devant de lui, quand un double coup de fusil part d'un buisson voisin, et le jeune homme, atteint de plusieurs balles, tombe sur la place ; en même temps, un homme, s'élançant à travers les broussailles, se sauve à toutes jambes.


La malheureuse mère n'eut point à employer pour son fils ce qu'elle savait de l'art de guérir : il ne vivait plus ! Ce fut pour elle-même qu'elle eut besoin de tout le secours de sa piété : il lui sembla d'abord qu'elle avait tout perdu ; mais tant de malheureux lui restaient dans ce temps funeste ... Elle avait donc encore une tâche à remplir ! Elle surmonta son désespoir, et, de nouveau, se livra à ses soins charitables.


Ce fatal évènement était arrivé depuis peu, lorsqu'on entendit dire dans le canton qu'un homme, connu pour forcené terroriste, venait d'être attaqué tout-à-coup d'une affreuse maladie. Aux plus terribles souffrances du corps se joignaient, pour lui, les souffrances bien plus cruelles d'une âme bourrelée de remords. Ses fureurs, ses cris de rage, ses blasphêmes sur-tout, l'avaient rendu un objet d'horreur, même pour les siens, qui osaient à peine l'approcher.


Mme Huneau apprit tous ces détails, et quand elle entendit le nom de cet homme, on la vit, tressaillir ; mais elle se remit bientôt. Pleine d'une généreuse résolution que le ciel seul peut inspirer, elle part, arrive à la demeure du misérable, pénètre jusqu'à lui. Il était alors tombé dans ce moment d'affaissement qui suit le délire ; elle s'approche en lui annonçant quelques remèdes qu'elle apporte pour le soulager. Au seul son de sa voix, saisi d'une sorte de frénésie, le moribond s'écrie : "Qui peut amener cette femme ? sait-elle ce que j'ai fait ? vient-elle jouir de mes tourmens ? Si cela n'est pas, sauvez-vous d'ici, vous ne me devez que de l'horreur ; il ne peut y avoir pour moi ni pitié ni miséricorde. Je n'attends que la damnation ; Dieu même ne pourrait m'en sauver !"


Mme Huneau frémit, mais elle ne s'éloigna pas, et recueillant toutes ses forces : "O malheureux ! lui dit-elle, pourquoi blasphêmer ? repentez-vous, et Dieu vous fera grâce ! Pourquoi ne le pourrait-il pas, puisqu'il a bien pu m'amener vers vous, vers vous que j'ai reconnu, vers vous qui avez tué mon fils ? Ah ! quand Dieu m'envoie ici pour pardonner, sans doute, il peut pardonner aussi ! Méritez-le donc par votre repentir !"


La femme pieuse obtint la seule récompense digne d'elle. Le coeur du méchant fut touché : il se convertit. Mais pour rendre profitable son retour vers la foi, pour ramener un peu de calme dans cette âme si pleine de trouble et de terreur, il fallait encore, qu'avec l'autorité de son ministère, un prêtre fit entendre au pécheur la parole du ciel ; qu'il vint signaler à son esprit tous ses égaremens, arracher à sa conscience le solennel aveu de ses fautes, et enfin, au nom du Dieu de miséricorde, pardonner à son repentir.


Mme Huneau pensa n'avoir rien fait tant qu'elle n'apporterait point ce dernier secours au coupable repentant. Elle connaissait, dans son canton, la retraite où un prêtre vivait caché ; elle savait qu'au premier avis cet homme pieux viendrait sans être retenu par l'idée du danger ; et quant à elle, la mort, qui pouvait devenir le prix de son zèle, ne l'effrayait pas : la femme qui sentait en son coeur cette charité héroïque devait y trouver aussi ce courage que l'idée du martyre ne saurait ébranler ! Elle partit donc, alla parler au prêtre, et voulut l'amener elle-même au lit du moribond ; alors celui-ci, chrétien réconcilié, put enfin se livrer à un pieux espoir et envisager la mort sans horreur.


Il vécut encore huit jours, durant lesquels Mme Huneau ne quitta pas son chevet, adoucissant ses dernières souffrances, encourageant sa foi nouvelle ; elle reçut enfin son dernier soupir, qu'il exhala en la bénissant.


S'il est vrai, ainsi que l'a dit une femme, que Dieu n'eût point demandé à une mère le sacrifice qu'il prescrivait à Abraham, sans doute qu'ici fut accompli le plus rigoureux devoir de charité qui puisse être imposé à la femme chrétienne.


Extrait : Lettres sur l'origine de la Chouannerie et sur les Chouans du Bas-Maine - par Duchemin Descepeaux J. - 1833

 

Bazouge des Alleux vue

 

L'histoire qui vient de nous être contée est encore plus déchirante lorsque l'on apprend les malheurs qu'a connus cette femme tout au long de sa vie de mère.

Permettez-moi, tout d'abord, de vous donner son nom. Elle s'appelle RENÉE FOURNIER.

Le 18 Janvier 1763, âgée de 21 ans, elle épouse JEAN HAMEAU, 23 ans, tisserand à La Bazouge-des-Alleux. (et non pas Huneau, nom de famille inconnu dans cette paroisse).

De ce mariage, sont issus :

- JEAN, né et baptisé le 12 février 1764

- FRANÇOIS, décédé le 31 janvier 1765, âgé de 24 heures

- BLAISE, né et baptisé le 20 septembre 1766 et décédé le 29 septembre 1766

- RENÉE, née et baptisée le 3 mars 1769 ; décédée le 10 et inhumée le 11 mai 1770

- RENÉE-JEANNE-CHARLOTTE, née et baptisée le 27 avril 1771 ; décédée le 7 et inhumée le 8 mars 1772

- BLAISE, né et baptisé le 14 novembre 1773

- MARIE-JEANNE, baptisée le 22 juin 1776 ; décédée le 7 et inhumée le 8 avril 1779

- RENÉE-JEANNE, née le 22 et baptisée le 23 mars 1779 ; décédée le 28 et inhumée le 29 mai 1779.

Le 15 novembre 1788, Jean, l'aîné, tisserand, se marie à La Bazouge-des-Alleux avec Françoise Rondeau, 21 ans, baptisée à Montourtier. De ce mariage, naîtront deux fils, Jean-François, le 19 avril 1789 et Pierre, né en 1790 et décédé deux ans plus tard.

A une date inconnue, Jean, le père, est décédé et "inhumé au cimetière de l'hôpital de St-Joseph de Laval" (selon l'acte de mariage de son fils Jean)

A partir de 1788, Renée Fournier, veuve Hameau, reste seule avec son fils Blaise.

Un détail ne correspond pas avec l'histoire relatée par J. Duchemin-Descepeaux, c'est l'âge du jeune homme. Étant né en 1773, il ne pouvait donc pas avoir 15 ans à "l'époque où les Chouans prirent les armes".

L'absence du registre d'État-civil de l'an III pourrait laisser supposer que Blaise Hameau fut tué à cette période.

NR

La légende raconte qu'un chef de chouans, Tranche-Montagne, dont l'asile était le château de Thuré, aurait été tué par les bleus, dans le chemin de Beau-Soleil. Ce qui a dû donner lieu à cette légende c'est probablement le meurtre, par un braconnier, du fils de la gardienne du château. (AD53 - Monographie communale - La Bazouge-des-Alleux)

Publicité
Commentaires
La Maraîchine Normande
  • EN MÉMOIRE DU ROI LOUIS XVI, DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE ET DE LA FAMILLE ROYALE ; EN MÉMOIRE DES BRIGANDS ET DES CHOUANS ; EN MÉMOIRE DES HOMMES, FEMMES, VIEILLARDS, ENFANTS ASSASSINÉS, NOYÉS, GUILLOTINÉS, DÉPORTÉS ET MASSACRÉS ... PAR LA RIPOUBLIFRIC
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Publicité