LUÇON (85) - CHARLES-RENÉ-DOMINIQUE SOCHET (1727-1794) - LA MAISON DES TOUCHES, DITE MAISON DU CRIME (1859)
CHARLES-RENÉ-DOMINIQUE SOCHET, chevalier, seigneur des Touches, né à Luçon, baptisé le 7 août 1727, chef d'escadre de la marine royale, était entré dans la carrière à l'âge de 16 ans.
Garde de la marine en 1743 (29 décembre), il était officier dans l'escadre du lieutenant général de Roquefeuille (qui combattit la flotte anglaise devant Toulon) et se trouvait sous les ordres de la Galissonnière, sur la frégate La Gloire.
Il passa successivement ensuite sur le vaisseau de M. de Canteneuil Le Jason, au cours d'une campagne de 17 mois sur les côtes de Saint-Domingue ; sur l'Alcyon, commandant Desherbiers, de l'escadre Perrier de Salvert, en rade de Québec, au mois d'avril 1747.
A la suite de cette campagne, l'année suivante, Sochet, versé dans l'artillerie de marins en Flandre et à Dunkerque, reçut sa promotion au grade d'enseigne.
En 1750, après être resté un an sur le Tigre, commandant Duturbie, il se trouvait à bord du vaisseau La Friponne, commandant Duchaffault (La Martinique).
En 1754, il quittait La Friponne pour servir sous les ordres de Turpin à bord du Caméléon, puis sous ceux de de la Rochefoucault, sur l'Aigle.
Après avoir fait l'expédition du Canada sur l'Arc-en-Ciel, vaisseau de cinquante canons, commandé par Belinquant, campagne au cours de laquelle, blessé et fait prisonnier, il dut être échangé contre un officier anglais, des Touches prit les galons de lieutenant de vaisseau.
En 1758, il commandait les batteries du Bas-Poitou et passait l'année suivante, à bord du Vaisseau Le Dauphin, sous les ordres de Duturbige (escadre du maréchal de Conflans, battue par les Anglais), puis quittait bientôt Le Dauphin-Royal pour commander la frégate L'Anémone et revenait, une seconde fois, sous les ordres de Duturbige, à bord du Souverain de l'escadre de Milhou qui fit campagne vers Cayenne et Saint-Domingue.
Son mariage avec Mlle Mauras d'Hervy eut lieu à Rochefort en 1770. Un fils naquit de cette union.
En 1771, il était avec M. de Vaudreuil sur L'Hippopotame.
Le 27 juillet 1778, il fit preuve d'une valeur telle et d'un courage si remarquable que sa renommée devint universelle. Il commandait alors L'Artésien, vaisseau de soixante-quatre canons, de l'escadre d'Orvilliers qui combattait la flotte anglaise.
A la suite de cette expédition, des Touches prit la direction d'une croisière composée des frégates La Junon, La Courageuse et Le Rossignol.
En 1779, il était à bord du Pluton.
En 1780, le 2 mai, il partit avec la division 41 du chevalier de Ternay se dirigeant vers l'Amérique, combattit victorieusement en route une flotte anglaise, et prit à son tour le commandement de la division de Ternay bloquée dans Rhode-Island.
Rodney, à la tête de forces considérables voulant faire sa jonction avec Graves et Arbuthuot, l'attaqua sans succès.
Ce fut au cours de cette longue et pénible campagne, aux caps de la baie de Chesapeak, que le chevalier des Touches entreprit un glorieux combat contre la division anglaise, numériquement très supérieure à la sienne et qu'il vainquit avec un héroïsme superbe.
Le Président des État-Unis lui adressa des éloges pour ce haut fait, et le roi lui accorda une pension de huit cents livres. C'était une bien misérable récompense pour un si grand service, aussi s'en montra-t-il froissé et reçut ensuite 80.000 livres pour frais de représentation.
Rentré en France et de retour à Luçon, il se remaria en 1785 avec Aimée-Providence-Geneviève de Racodet, parente de sa première femme, et veuve du seigneur de la Couraizière, Fortuné Boisson, lieutenant de vaisseau.
Vers 1791, des Touches démissionna et vint habiter Luçon. Pendant les guerres de la Vendée, incarcéré à Fontenay, les Vendéens le libérèrent. Il trouva parmi ses compatriotes les deux demoiselles de Bernon, ses nièces, qu'il voulut accompagner.
Après la défaite de Savenay, il dut se réfugier auprès de Prinquiau, dans une ferme où se cachait madame de Lescure et où la mort vint le surprendre à l'âge de 67 ans. (1794)
La demeure des Sochet des Touches se trouvait rue de la Roulière, dans l'immeuble marqué sur le plan de 1782 au nom de la Bertraiche. Elle devint plus tard le collège de la ville.
Voici d'ailleurs les notes relevées sur les actes de vente :
1° Le Collège de Luçon, dénommé anciennement "Maison des Touches" appartenait à M. Sochet des Touches dit : Cordon-Rouge, émigré. Il fut vendu par la nation le 1er ventôse an VI de la République (19 février 1798) à M. Demolière, lieutenant de vaisseau, demeurant à Nantes.
2° Le 30 brumaire an XIII (21 novembre 1804) M. Demolière vendit ladite maison à un sieur Joseph Bulteau, marchand à Luçon.
3° Le 18 janvier 1821, Mlle Bulteau vendit aux époux Caillaud ledit immeuble, moyennant une rente due aux époux Godet-Moulin.
4° Le 15 juin 1822, la veuve Caillaud vendit la maison à la ville de Luçon. (L'immeuble devint Collège communal).
5° Le 20 septembre 1885, une partie fut vendue aux enchères publiques par le ministère de Me Jolly, à M. Dupont-Sarrazin, teinturier.
6° Le 15 février 1886, une autre partie fut échangée en faveur de M. David, maître de l'hôtel du Croissant, contre un terrain situé près de l'école communale des filles.
7° Enfin, MM. Laidet acquirent le reste, par une vente à l'amiable en date du 14 mars 1888.
Cette maison, comme on peut s'en rendre compte encore par ce qui en reste - une porte intéressante et une jolie fenêtre de l'étage - était du style Renaissance. La construction en avait été soignée et, certainement, conçue et dirigée par un artiste de goût, peut-être le même qui avait dessiné la belle façade intérieure de l'évêché, au-dessus du cloître de l'ouest (XVIème siècle). ...
La maison Sochet des Touches était une belle demeure. La haute construction à gargouilles, faisait, face à l'est, partie de l'école communale des garçons du centre et contiguë à l'ancienne chapelle du collège, fut longtemps dénommée "Maison du crime", en raison du fait qui s'y passa en 1859, à l'époque où elle était habitée par un nommé Bernier, maître de poste, et sa servante qu'on appelait "La Citoyenne".
Un certain M.... pénétra, un jour, avec l'intention de voler, dans la demeure de Bernier et l'assomma, lui et la citoyenne, au moyen d'un maillet de fendeur de bûches.
L'assassin fut découvert d'assez curieuse façon. Il s'était rendu, le lendemain jeudi, au marché de Nalliers, et, à tous les gens qu'il rencontrait et connus de lui, il demandait s'il n'y avait rien de nouveau à Luçon.
Deux jours passèrent sans que le forfait fut connu, puis les voisins inquiets pénétrèrent dans la maison de Bernier, par le puits mitoyen. Ils trouvèrent la citoyenne étendue au pied de l'escalier et Bernier au haut du même escalier, gisant dans son sang.
M.... arrêté et emmené par les gendarmes disait aux curieux, le long du chemin : Bien sûr, on va dire que c'est moi ... ce qui pouvait laisser planer un certain doute dans l'esprit des Luçonnais. Mais ce doute s'effaça le lendemain quand on apprit que, pendant la nuit, M.... ayant déchiré sa couverture en lanières, s'était pendu dans sa prison.
Détail macabre : il fut enfermé dans un sac et, pour le conduire à sa maison, on se servit d'une petite charrette à bras appartenant à M. Desjoucherets, les gamins faisaient escorte au sinistre convoi, le corps tanguait de ci, de là et finalement il roula à terre.
AD85 - Bulletin paroissial de Luçon - 1928




