TORCÉ-VIVIERS-EN-CHARNIE (53) - JACQUES BOUTELOUP, DIT VA-DE-BON-COEUR
Fils de Jacques Boutlou, marchand, et de Anne Brossard, Jacques Bouteloup est né à Joué-en-Charnie (Sarthe), le 29 septembre 1776.
"Jacques Bouteloup, surnommé : VA-DE-BON-COEUR, [s'enrôla à l'âge de 16 ans], chouanna dans la Charnie pendant la révolution, durant les Cent-Jours et en 1832, lors du soulèvement de la Duchesse de Berry.
Il a laissé un renom de bravoure et d'humanité."
Marié à Jeanne Richard
Enfants :
- Jacques-Pierre, né à Torcé, le 18 nivôse, l'an XIII (8 janvier 1805)
- Joseph-Ciprien, né à Torcé, le 16 septembre 1809
- Isabelle-Jeanne-Honorée, née à Torcé, le 16 mai 1810
- Théophile-Jacques, né à Torcé, le 27 avril 1811
Jacques Bouteloup est décédé en sa maison au village de la Jametière, à Torcé-en-Charnie, le 11 septembre 1841.
Le désarmement de 1816 est perçu comme un camouflet pour les vieux combattants qui ont déjà été désarmés en 1800 ... L'ancien chef chouan de la Charnie (autour de Sainte-Suzanne), Jacques Bouteloup, subit ainsi les tracasseries de la préfecture pour la détention présumée de 180 fusils anglais. Vexé de ces attaques, Bouteloup menace de reprendre le "maquis" : "Oui, venez avec vos gendarmes ; je me rends dans la Charnie, et là, si vous pouvez me désarmer, on dira du moins que jamais Bouteloup n'a pu l'être que du fait et sous le règne des Bourbons".
1832 - Dévoué corps et âme, malgré ses démêlés liés au désarmement de 1816, Jacques Bouteloup, de Torcé, n'hésite pas à quitter son poste de percepteur de Sainte-Suzanne pour rejoindre l'insurrection naissante, entouré de ses trois fils. (1)
1832
Assises extraordinaires du Loiret, concernant les Vendéens
Audience du 31 décembre 1832
Présidence de M. Boyard
Affaire Robillard et 45 autres
EXTRAIT DE L'ACTE D'ACCUSATION
Les auteurs du plan d'insurrection qui devait allumer dans l'Ouest la guerre civile, et dont les effets ont été plus vivement ressentis sur les confins des départemens de la Mayenne et de la Sarthe, avaient spécialement compté sur le concours et la participation des communes situées dans le voisinage de la forêt de la Charnie ; aussi n'avaient-ils rien négligé pour travailler l'esprit des habitans et les exciter depuis longtemps à s'armer contre le gouvernement établi.
BOUTELOUP, ex-percepteur et domicilié à Sainte-Suzanne, inspirait depuis la révolution de juillet, les plus vives comme les plus justes inquiétudes ; on avait parlé depuis plus d'une année d'un envoi considérable d'armes dans ce pays, et BOUTELOUP était signalé comme le dépositaire de ces armes ; peu de temps avant la levée des chouans, le sieur de Bordigné, propriétaire d'une terre considérable dans la commune de Bernay, avait quitté Paris, était venu à sa terre, et sa présence et ses intrigues éveillèrent bientôt les soupçons ; ses relations avec des hommes justement suspects ; les visites fréquentes de BOUTELOUP annonçaient les préparatifs d'une insurrection prochaine.
Dans la nuit du 27 au 28 mai, et dans le temps où les chouans de Château-Gontier et de l'arrondissement de la Flèche opéraient leur jonction, où des bandes formées aux portes du Mans se dirigeaient sur les communes voisines de la Flèche pour seconder le mouvement qui y était préparé, BOUTELOUP parcourut avec rapidité les communes voisines de la forêt de la Charnie, et donna le signal de l'insurrection à ceux des habitans de ces communes avec lesquels il avait depuis quelque temps pris des engagemens ; de leur côté les sieurs de Bordigné et Etienne Olivier de Saint-Symphorien avertirent les chouans que le moment de se lever pour rétablir Henri V, et renverser le gouvernement, était arrivé ; le lieu indiqué pour la réunion générale était un endroit connu sous le nom de Butte de Saint-Calais, et situé dans la forêt de la Petite-Charnie ; là arrivèrent successivement, dans la nuit du 27 au 28 mai, le sieur de Bordigné et son fils, armés tous les deux de fusils de chasse ; BOUTELOUP, Yvon de Neuvillette et autres sous-chefs, tous à la tête des habitans qu'ils avaient enrôlés, tous au nombre d'environ 150 étaient armés. Un homme portait de l'argent dans un bissac. Ce fut BOUTELOUP qui, après avoir fait placer la troupe sur deux rangs, fit à ceux qui la composaient la distribution de l'argent et des munitions ; après cette opération, le signal du départ est donné, on se dirige sur le village de Chemiré-en-Charnie ; BOUTELOUP, en qualité d'un des chefs de cette troupe, somme avec violence le maire de faire descendre le drapeau tricolore du clocher de l'église, le fait brûler aux cris de vive Henri V ; après cette opération, les chouans se répandent dans les cabarets du bourg ; les chefs, les sieurs Bordigné père et fils, BOUTELOUP et Robillard de Loué se font servir à part des raffraîchissemens ; ces scènes de désordre et de rebellion se répètent dans les communes voisines et surtout dans celle de Saint-Léger où le maire fut encore plus violemment menacé par BOUTELOUP ; après avoir ainsi parcouru plusieurs communes, pendant les journées des 28, 29, 30, 31 mai, 1er et 2 juin, et avoir promené la terreur dans les campagnes et multiplié leurs actes de sédition et les provocations à la révolte, les chefs, voyant que leur bande, loin de se grossir, diminuait de moment en moment, que la confiance était perdue, découragés moins par ces circonstances que par la nouvelle défaite des chouans au combat de Chanay, licencièrent leurs prétendus soldats qui, ne sachant que devenir, se présentèrent aux maires de leurs communes, et firent leur soumission.
Tel est le résumé des opérations et des courses séditieuses de la bande nombreuse qu'avaient armé les sieurs de Bordigné et BOUTELOUP ; tentative méprisable autant que coupable, et qui n'a tourné qu'à leur confusion et à leur honte.
Tous les individus tombés au pouvoir de la justice et qui ont fait partie de la bande et se sont associés aux actes criminels qu'elle a commis, ont dénoncé les sieurs de Bordigné et BOUTELOUP comme ceux dont ils recevaient les ordres, et leurs déclarations sont d'accord avec celles des témoins entendus dans la procédure, et qui ont vu les de Bordigné et BOUTELOUP commander les chouans et diriger leurs opérations. Rien de mieux établi, rien de mieux constaté que ces circonstances dont la vérité repose sur l'unanimité des témoignages. (suivent les témoignages, puis les plaidoiries) ...
[Selon la liste des 46 accusés, Jacques Bouteloup n'assiste pas à l'audience]
M. président proclame l'acquittement, et ordonne la mise en liberté de tous les accusés. Robillard seul est condamné à 8 ans de surveillance.
Sources :
Extrait : Assises extraordinaires du Loiret, concernant les Vendéens - Audience du 31 décembre 1832 - Orléans - Imprimerie Pellisson-Niel.
AD72 - État-civil de Joué-en-Charnie - AD53 - État-civil de Torcé-Viviers-en-Charnie
(1) - Annales historiques de la Révolution française - article de Jean-Noël Azé - Gloire et déboires des chefs chouans mayennais au XIXe siècle - Juillet-Septembre 2005



