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La Maraîchine Normande
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15 juillet 2015

NÎMES (30) - JEAN-JACQUES-MAURICE REINAUD DE GÉNAS, BARON DE VAUVERT

Jean-Jacques-Maurice Reinaud de Génas

 

Jean-Jacques-Maurice Reinaud de Génas, conseiller au présidial de Nîmes, baron de Vauvert, colonel de la "Légion Vauverdoise", né en 1730, guillotiné à Nîmes, le 1er termidor an II (19 juillet 1794), eut trois enfants :
1° Un fils : Auguste, militaire, guillotiné à Nîmes, à l'âge de 28 ans, le 27 messidor an II (15 juillet 1794), quatre jours avant son père ;
2° Une fille, qui épousa, avant la Révolution, M. de Cabrières ;
3° Une seconde fille, mariée plus tard à M. de Lisleroi. (Extrait : Revue du Midi - Tome 47ème - 1914)

Jean-Jacques-Maurice Reinaud, juge au présidial de Nîmes, par son mariage (en 1760) avec Marie-Gabrielle-Antoinette de Génas, unique héritière du nom et des armes de sa maison, devint baron de Vauvert. Jouissant d'une très grande popularité auprès de ses vassaux, Reinaud de Génas jusqu'à sa fin tragique connut les douces joies de la famille, les distinctions et les honneurs. En 1771, on le fêtait, on l'acclamait dans son château et les habitants de Vauvert se mettaient en frais de poésie et de décoration architecturale pour lui témoigner leur persévérante fidélité et leur inaltérable affection. Aussi, malgré les difficultés passagères survenues entre lui et la communauté, au sujet de l'élection du premier consul Samuel Guiraud (6 et 8 mars 1780), la population lui restait profondément et sincèrement attachée.

Jurisconsulte distingué, magistrat apprécié, d'un caractère agréable, d'une éducation parfaite, il avait de la noblesse toutes les qualités, et on peut le dire, aucun des défauts. On connaissait au surplus ses aspirations libérales, son amour ardent pour le peuple et l'on savait qu'en le députant à l'Assemblée des Trois-Ordres, Vauvert serait bien représenté. ...

Le 17 mars 1789, les trois ordres s'assemblèrent à Nîmes. M. de Génas était membre de la commission qui rédigea les cahiers de la noblesse. ... L'ouverture des États-Généraux se fit en grande pompe, dans la salle des menus plaisirs à Versailles, au milieu de la joie publique. Le Tiers, comprenant l'importance de son mandat et pressentant déjà l'ère de prospérité, de bonheur et de gloire qu'il avait mission de donner à la Nation, y prit une part très importante. Le Serment du Jeu-de-Paume ; sa résistance aux injonctions formelles des deux ordres et de la Cour ; les insurrections victorieuses du peuple parisien ; la prise de la Bastille, restèrent pour lui des victoires éclatantes qui entraînèrent la Révolution vers les réformes, contenues dans ses cahiers. A Vauvert, l'ivresse fut générale, l'enthousiasme indescriptible. Un Te Deum chanté à l'église, réunit toute la population et l'on vit, spectacle inoubliable pour l'époque, catholiques et protestants fraternisant et acclamant la Révolution si longtemps désirée. ...

M. de Génas suivait de Nîmes, où ses occupations le retenaient, les évènements qui se déroulaient à Vauvert et surtout dans la capitale. ...

La Révolution avait si bien conquis le baron de Vauvert que, dès son avènement, il en avait approuvé entièrement l'esprit, la marche et les salutaires effets. ...

En quelques jours, l'activité du conseil permanent parvint, après l'approbation du comte de Périgord et de M. de Génas, à créer la milice bourgeoise, sous le nom de Légion Vauverdoise. Dès le 7 août, il promulguait la liste de ses membres et le règlement qui les administrait. Désireux de resserrer les liens de fidélité, de confiance et d'amitié avec leur seigneur, les vassaux nommèrent M. de Génas, colonel de cette garde civique destinée à protéger la sécurité des habitants et à défendre la Patrie. A l'exemple de la milice nîmoise, la légion arborait la cocarde bleue, blanche et rouge, couleurs de la Révolution naissante ... 238 hommes (fusiliers et grenadiers), 19 officiers et un certain nombre de sous-officiers (bas officiers) composaient la légion.

Le 1er novembre 1793, une pétition recouverte de 82 signatures et présentée au conseil de Vauvert réclamait une rue usurpée par de Génas et critiquait des travaux qu'il avait entrepris pour capter la source des Piles-Loins ...

Les victimes du tribunal révolutionnaire furent nombreuses. Catholiques et protestants, propriétaires et négociants, artisans et marchands, prêtres et pasteurs, magistrats et avocats, toutes les professions sont représentées sur le tableau des hécatombes nîmoises. Tous les rangs de la société s'ouvrirent devant l'accusateur public et fournirent leur contingent. Refus de serment de la part des membres du clergé à la constitution civile ; qualité de membre du pouvoir exécutif ; actes de fédéralisme, (avaient toléré et favorisé en 1793 les actes des brigands) ; tels étaient les trois griefs imputés à tous ceux qui furent arrêtés, jugés et exécutés.

Parmi les fédéralistes, figurent trois Vauverdois ou considérés comme tels, en raison de leur origine de famille, de leurs propriétés sur le territoire de la commune ou de leur ancienne situation.

Jean-Jacques-Maurice Reinaud de Génas, Jean Valz, Claude-Marie Guiraud, portèrent leur tête sur l'échafaud révolutionnaire. Domiciliés tous trois à Nîmes, ils possédaient des immeubles à Vauvert. Accusés de fédéralisme, ils furent dénoncés et arrêtés par le comité révolutionnaire de Nîmes.

De Génas et Valz avaient appartenu à la municipalité nîmoise, en 1793, et en cette qualité l'accusateur public les poursuivit devant le tribunal révolutionnaire, "pour avoir tenté d'altérer et même de rompre l'unité et l'indivisibilité de la République, d'usurper l'autorité nationale et d'avoir mis tout en oeuvre pour favoriser le plan de corruption des citoyens de la subversion des pouvoirs et de l'esprit public, et d'avoir avili la République nationale". (L'acte d'accusation est du 28 messidor an 2 (16 juillet 1794)

On les accusait "d'avoir fait braquer sur toutes les avenues les canons du cy-devant collège, dans le but d'inspirer la terreur aux patriotes ; d'avoir persécuté les patriotes ; de les avoir maltraité, injurié, traité d'anarchistes, de pillards, de maratistes, soit dans les cafés, soit dans la société dite républicaine ; d'avoir délibéré le désarmement des patriotes, la suppression de la société populaire, la fermeture de la porte d'entrée de ses séances et la saisie de ses papiers".

Le passé des deux prévenus, leur participation directe au mouvement révolutionnaire depuis 1789 ne parvinrent pas à plaider en leur faveur les circonstances atténuantes. Cette mesure de clémence, cette atténuation de la peine, si usitée de nos jours, n'existait pas à une époque troublée où il fallait des victimes, et marquer par des exécutions capitales l'autorité du pouvoir terroriste. Courbis, le principal témoin de l'accusation, se chargeait d'ailleurs de pourvoir à leur malheureux sort.

De Génas ne pouvait être défendu, puisque, au dire de Ramé qui le déclarait irréprochable, il avait contre lui un fort témoin, sa fortune.

De Génas, dont le fils avait déjà payé de sa tête sa prétendue participation au fédéralisme, attendit trois longs jours pour comparaître devant ses juges, simple formalité du reste, et se voir condamné à subir le même sort. "Ses compagnons de captivité lui prodiguaient en vain d'affectueuses consolations ou même de timides conseils que leur dictait la faiblesse. A ceux qui lui répétaient "qu'on ne le condamnerait pas lui si honnête et si bon ; qu'il reviendrait à Vauvert voir ses amis et son château, il disait "c'est mon fils que j'irai rejoindre et c'est mon désir." A ceux qui lui proposaient de répudier devant les juges, cette noblesse dans laquelle en définitive, il n'était pas né, il répondait, "je ne me suis pas glorifié toute ma vie de lui appartenir, pour la renier à ma dernière heure." Condamné le 1er thermidor an II (19 juillet 1794), il fut exécuté, le même jour, à trois heures de l'après-midi.

En vertu de la loi du 26 frimaire an III (16 décembre 1794), on dressa l'état des condamnés à mort dont les biens étaient mis sous séquestre : Reynaud-Génas Jean-Jacques-Maurice, cy-devant seigneur de Vauvert, demeurant à Nïmes : domaines, maisons, terres, vignes, jardins, moulins à huile et à vent, four, contenant 896 cartérades : valeur du mobilier 2,000 fr. (sous scellé) ; revenu de chaque objet immobilier 14.000 fr. ; valeur du capital immobilier 337.700 fr.

(Extrait : Vauvert pendant la Révolution - par Edmond Falgairolle - 1897)

 

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