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La Maraîchine Normande
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28 mai 2015

JACQUES KOBLÉ DIT LA RONCE, CHOUAN VOSGIEN

JACQUES KOBLÉ (KOBLE, KOBEL, COB, COBÉ, KOBB, KOB ...)


Est-ce la difficulté de prononcer ou d'écrire son nom qui, dès le service, l'a fait surnommer La Ronce ? Ce sera aussi son nom de guerre dans la chouannerie.

 

Principauté de Salm

 

Ce Vosgien, au destin exceptionnel et controversé, est né en 1765 dans la principauté de Salm à Vipucelle près de Grandfontaine. Troisième enfant d'Antoine Kobel, mineur aux forges de Framont, et de Marie Eismann (ou Heissmann), il perd, jeune encore, son père. Pour soulager sa mère veuve, Jacques Kobel s'engage dès 16 ans dans le Wahls-Irlandais devenu après 1789 le 92e Régiment d'Infanterie. Au terme de plusieurs garnisons françaises et séjours coloniaux, La Ronce finira sa carrière militaire à Vannes et participera en 1791 à la répression contre les paysans révoltés. Il le fait apparemment sans état d'âme et en soldat indiscipliné ; il est vrai que cette répression se fait encore théoriquement "par ordre du Roy".

Entre-temps, il a épousé une Vannetaise, Yvonne Cheviller, bien implantée dans la paroisse de Saint-Patern. Ce mariage le fixera en Bretagne et sa femme contribuera sans doute à le pousser dans la chouannerie. Rendu à la vie civile, il ouvre un cours de danse avec son jeune ami, le musicien Jean-Marie Trebur-Oswald, fils d'un Lorrain organiste à la cathédrale de Vannes. Ce cours est un paravent qui masque les activités clandestines des deux compères qui embauchent pour les chouans. Élu grâce à ses élèves capitaine de la garde nationale, Koble peut ainsi officiellement avec l'aide de Trebur-Oswald (alias Jacques Duchemin), organiser une troupe prête à passer à la rebellion à la première occasion. C'est ce qui prête à passer à la rebellion à la première occasion. C'est ce qui arrive dès l'annonce du débarquement de Carnac et de Quiberon ; La Ronce entraîne sa troupe au quartier général de Cadoudal et dorénavant l'ex-grenadier du 92e Régiment d'Infanterie fait le coup de feu contre ses anciens compagnons d'armes comme il l'avait fait trois ans auparavant contre ses amis d'aujourd'hui.

Expérimenté, courageux, entreprenant, audacieux, La Ronce va jouir rapidement d'un crédit considérable auprès de Cadoudal et de ses chouans. Il est aussi célèbre chez les Blancs que chez les Bleus. Ceux-ci mettent sa tête à prix et lui prêtent plus d'exploits (ou de méfaits) qu'il n'en réalise, mais on ne prête qu'aux riches. Rescapé de Quiberon, il se distingue dans de nombreuses affaires comme capitaine de cavalerie dans l'escorte de Cadoudal. Celui-ci signe sa soumission le 1er messidor an IV (19 juin 1796) avec onze de ses principaux lieutenants, dont le Vosgien Koble, Trebur-Oswald et Jean-Baptiste Picoré (Picoret), officier chouan dont on ne connaît pas grand chose sinon qu'il était tisserand "dans le civil" et originaire de Flin, près de Baccarat, dans la Meurthe.

En 1799, lors de la reprise des hostilités, La Ronce n'est plus un simple comparse ; un brevet de Monsieur, frère du Roi, lieutenant-général du Royaume, l'a nommé lieutenant-colonel d'infanterie. Cadoudal se l'est attaché comme officier d'ordonnance et l'admet à son conseil où il est écouté.

Après la soumission de 1801, Koble passe de la lutte armée à la conspiration. Les chouans comptent dans la place de Belle-Isle de nombreuses complicités et vont tenter de s'en emparer. Koble est le maître d'oeuvre de l'opération. Mais trahi par un de ses affidés, il est arrêté. Fouché, conscient de l'importance de la capture, donne l'ordre de le faire parler "coûte que coûte". Soumis à toutes sortes de pressions physiques et morales, craignant pour sa famille, affolé par l'exécution, sans autres formes de procès, de deux de ses complices, il craque. "Il ne se maintient pas à la hauteur de son grade" (La Varende) et "sans sauver sa vie perd son honneur" (Chiappe). C'est une erreur, au moins en partie, car s'il égratigne son honneur, il sauve sa vie. Mais il dose très soigneusement des révélations qui n'en sont pas toujours, car il n'a pas été le seul à parler. Il livre des dépôts d'armes mais ne donne aucun renseignement sur la conjuration de Belle-Isle. Il ne fait pas avancer d'un pas ce que l'on attendait de lui : la capture de Cadoudal et de ses lieutenants.

Fouché, dépité, s'estimant dupé en face de révélations jugées insuffisantes, l'abandonne à la justice. Mais à sa grande fureur, la commission militaire épargne le peloton à La Ronce et ne le condamne qu'à la déportation. Finalement, après bien des péripéties, Régnier, excédé par les requêtes de l'intéressé et les supplications incessantes de son épouse, se débarrasse de ces personnages encombrants en Bretagne en leur délivrant un passeport pour la "ci-devant Lorraine". Le grand juge, qui était de Blamont, aurait été plus précis en l'envoyant dans la "ci-devant principauté de Salm" car c'est à Grandfontaine, près de La Broque, que devra se fixer l'ancien lieutenant-colonel Koble redevenu l'ex-grenadier du 92e Régiment d'Infanterie. C'est tout de même une décision de faveur dont n'ont pas bénéficié ses compagnons tombés sous les balles dans les fossés de la citadelle de Belle-Isle ou livrés à la "guillotine sèche".

La Ronce est bien sûr très "chaudement recommandé" au préfet des Vosges. Celui-ci estime que la surveillance de cet homme dangereux est difficile dans les hameaux où il a une influence détestable sur les conscrits. Aussi est-il prié de résider à Saint-Dié où il végète misérablement. Il obtiendra finalement de venir loger chez sa mère à Grandfontaine et sera embauché comme surveillant aux forges de Framont où travaillait son père. Il s'acquitte de son travail à la satisfaction du propriétaire.

A la Restauration, délivré de la surveillance de la police impériale, il réside de nouveau à Saint-Dié ; il y est le garde forestier d'un sieur Durimesnil qui, en 1820, lui fera accorder une solde de retraite de sous-lieutenant. La Ronce, redevenu Kobel, jouira de cette retraite à Valtin, aux pieds des Vosges, où "il se conduit bien et jouit de la considération publique." On ne sait où il finit ses jours car A. Troux n'a trouvé aucune trace de sa mort dans les communes vosgiennes citées. "Rentrant dans l'obscurité pour toujours, ne laissant de son rapide passage dans l'histoire que des traces demi-effacées d'une renommée ici de bravoure et d'audace, là de ruse et de faiblesse et même de cruauté, en un mot faisant entrevoir l'image d'un aventurier sans grand scrupule plutôt que celle d'un champion chargé de la défense d'une juste cause". Tel est le jugement de Legrand.

Le nôtre doit-il être plus nuancé ? ... Peut-être ! Dans une de ses requête aux autorités républicaines, La Ronce affirme : "Je défie qu'on puisse me reprocher la moindre chose contre l'honnêteté et la probité". Et même Legrand, si peu indulgent vis-à-vis du personnage, admet qu' "il ne se trouve jamais compromis dans des affaires de meurtres ou de pillages chez des particuliers, patriotes, chouans ou renégats et qu'on n'a à lui reprocher aucun acte de brigandage ou de banditisme."

On peut être surpris par la modestie du grade d'assimilation à l'armée royale régulière du lieutenant-colonel Koble de l'armée catholique et royale de Cadoudal. La conduite douteuse de La Ronce pourrait justifier cette rétrogradation, si l'on ne savait que la monarchie n'a guère été généreuse vis-à-vis des officiers vendéens et chouans, du moins les roturiers. En outre, La Ronce, chouan isolé dans l'Est était loin des "groupes de pression" de l'Ouest qui s'efforçaient d'agir sur le pouvoir en faveur des vétérans des armées catholiques et royales. Nous savons par expérience que des situations troubles génèrent des comportements troubles souvent difficiles à juger. Koble ne fut peut-être pas un héros, il n'est pas prouvé qu'il fut un traître. Avait-il pu renouer, du fond de la Lorraine, des relations avec son ami, associé et complice, Jean-Marie Trebur-Oswald, breton de Pontivy mais fils de Lorrain ? Celui-ci combattit encore avec Cadoudal au Pont du Loc. Malgré sa soumission à Debelle, le beau-frère de Hoche, il fut arrêté lors du complot de Cadoudal et interné au Temple. Il sera finalement relâché faute de preuves et en 1805, il obtiendra une place de conducteur de travaux publics dans la presqu'île de Quiberon.

Extrait :
Les Lorrains de Cadoudal - par Jean-Marie Rouillard - 1921 - Société d'histoire et d'archéologie de la Lorraine (1992)

_________________

 

LYS

 

JACQUES KOBLE


Dans tous les partis qui s'affrontèrent pendant la Révolution, il y eut derrière les chefs de file, les plus grandes vedettes, des comparses, figures de second plan, dont les destinées sont curieuses. Ainsi, dans le sillon tracé par le fameux chouan Georges Cadoudal, espoir des royalistes, marcha, discrètement et sans gloire, Jacques Koble, dit La Ronce, à qui M. Roger Le Grand a consacré une minutieuse monographie.

Vosgien, Jacques Koble, engagé au régiment de Walsh-Irlandais, arrivait à Vannes en 1790, où il se mariait deux ans après. Nommé bientôt capitaine de la Garde territoriale de Vannes, il fut rendu en avril 1795 à la liberté, lorsque sa compagnie fut dissoute. Comme il avait auparavant exercé la profession de maître à danser, et que sa clientèle se recrutait plutôt dans l'aristocratie que dans les classes populaires, il ne tarda pas à être soupçonné de chouannerie. De fait, il se lia avec Georges Cadoudal et, peu après, fit le coup de feu contre ses anciens compagnons d'armes. Il participa au drame de Quiberon, le 27 juin 1795, mais, fort sagement, le dernier jour, il prit la fuite sur un navire anglais, tandis qu'une douzaine de ses hommes, qui n'avaient pu suivre les fuyards, furent massacrés.

Déguisé en marchand forain, Koble, une fois la paix rétablie, parcourt le pays, moins pour ses propres affaires de poterie que pour faire la liaison entre Cadoudal et les différents "nids" royalistes. Ses services de mouchards sont d'ailleurs reconnus, puisque, le 9 mai 1798, d'Édimbourg, le comte de Provence, "lieutenant-général du royaume", bombarde le fidèle Koble lieutenant-colonel. Et le commissaire du directoire de Vannes promet à celui qui capturera le faux marchand forain, qui vient de tremper dans l'affaire de la Mirlitantouille, "une gratification de quarante-huit francs au moins". En ce temps-là, les têtes étaient tarifées selon leur importance et Koble n'était pas Cadoudal, mais seulement son officier d'État-Major.

Compromis à nouveau dans le complot royaliste de Belle-Ile, Koble fut enfin arrêté par le général Quantin, commandant de la place de Vannes, qui l'écroua immédiatement.

Alors, le pâle comparse, affolé par les visions sanglantes de la guillotine, ne songea plus qu'à sauver sa tête. Son attitude sans héroïsme dut être celle de beaucoup de ses semblables. Il consentit à donner une liste de "caches, dépôts d'armes, d'effets, de munitions de guerre, de canons, d'obusiers et de boulets". Il alla même plus loin et promit au général Quantin de lui donner des renseignements fort utiles sur les chouans, ses compagnons.

Averti, Fouché, sentant tout ce qu'on peut tirer d'un conspirateur aussi peu discret, prescrit de ne pas le juger et de le garder en prison, dans l'attente de ses "révélations importantes".

Trois mois plus tard, il comparut devant la commission militaire, qui avait sans doute reçu des ordres ; il ne fut condamné qu'à la détention "jusques et y compris un an après la paix générale".

Après avoir failli être déporté, Koble, dont le nouveau préfet était bien embarrassé, fut enfin renvoyé, en octobre 1803, dans son pays natal, à Saint-Dié, où, selon un rapport de police, il se tint tranquille. En 1820, Louis XVIII donnait à l'ancien chouan, redevenu sans doute royaliste fervent après l'Empire, une rente de trois cent cinquante francs. Muni de ce viatique, Koble alla mourir obscurément, nul ne sait où ni quand.


Georges Mongredien.
Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques - Samedi 28 mai 1932

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Commentaires
C
Bonjour, pourriez-vous me dire où acheter le livre<br /> <br /> Cordialement<br /> <br /> C. Lamaze
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