RÉAUMUR (85) - 1793 - 1794
EN 1793
Ce qui est certain, c'est que l'époque des guerres de la Vendée, la chapelle Sainte-Marie fut en partie renversée, lorsque Westermann, ayant pour acolyte le représentant du peuple Fayau, pénétra dans Réaumur, le 30 septembre 1793. La colonne qu'il dirigeait (1200 hommes environ) sut être digne de tels chefs, et se distingua par des atrocités qui reçurent de l'infâme Thureau des félicitations, hélas ! trop méritées.
Les habitants se tenaient campés près de l'église avec une poignée d'autres Vendéens, opposèrent une vigoureuse résistance, et ne furent débusqués qu'à la seconde attaque. Naturellement leurs maisons furent livrées aux flammes ; mais nous ne savons par quelle heureuse circonstance, leur église fut épargnée.
Nous ne pouvons résister au désir de citer, sur cette affaire, quelques lignes d'une lettre adressée par le municipal Chaigneau aux administrateurs du département, et que nous extrayons d'une étude publiée par M. Audé dans l'Annuaire départemental de 1854.
Après avoir raconté la défaite subie d'abord par la cavalerie et l'infanterie républicaines, dont la retraite avait été protégée par un bataillon de réserve, Chaigneau ajoute : "Westermann et sa cavalerie, le représentant du peuple Fayau et Martineau le médecin, ont chargé à plusieurs reprises, et montré le sang-froid et l'intrépidité qui distinguent toujours le vrai soldat.
Les soldats qui ont fui lâchement sont du bataillon de la Vienne. La patrouille est rentrée sur les trois heures. Westermann a marché de nouveau sur le terrain qu'il venait de quitter, de droite et de gauche, sans rencontrer les brigands : il a brûlé les villages, moulins, métairies isolées qu'il a aperçus. Cette terrible expédition nous fait frémir d'horreur. Cette conduite abominable de Westermann réduit à l'indigence et au plus affreux désespoir des familles entières. Le citoyen Chaigneau s'est présenté au citoyen Fayau ; mais ni les pleurs, ni les gémissements ne peuvent rien sur un coeur aussi impitoyablement patriote pour désirer la desirer la destruction, l'anéantissement de la Vendée."
Voilà ce qu'écrivait un patriote, témoin lui-même de ces horreurs ! Quels commentaires seraient plus éloquents que ces lignes ?
Une nouvelle attaque eut lieu l'année suivante : Le 14 mars 1794, la cavalerie républicaine du corps de la Châtaigneraie pénétra dans le bourg par toutes les issues à la fois, et un grand nombre de Vendéens restèrent sur le terrain. Ici, encore nous citons :
Le vendredi 14 mars 1794 - Lettre du chef de brigade Joba, au général Chalbos, de La Châtaigneraie, Savary, Tome III, p.292.
"Le 14 j’ai marché de concert avec Lapierre sur Réaumur. Lapierre passant par Cheffois. J’ai disposé trois cents tirailleurs. Lapierre étant arrivé en présence, j’ai fait donner le signal de l’attaque. La charge sonne, on court sur l’ennemi qui se débande, j’ai chargé avec ma cavalerie sur toutes les issues. Un grand nombre de brigands sont restés sur la place.
Arrivé à Pouzauge, je suis instruit qu'une forte colonne de brigands fuit sur Saint-Mesmin : je pars de Pouzauge avec deux cents hommes de cavalerie et, malgré une fusillade assez vive, je charge l'ennemi, et de quatre à cinq cents qu'ils étaient , il ne s'en est pas sauvé soixante. J'ai couché à la Forêt et je suis rentré hier à la Châtaigneraie."
Le vendredi 5 juillet 1794. - Lettre du général Bonnaire au général Vimeux, de Fontenay. Savary, Tome IV, p 9.
"Il paraît , par les réponses des brigands aux proclamations répandues dans les campagnes, qu'ils ne sont pas disposés à se rendre.
Une patrouille qui s'était portée sur Réaumur, a été attaquée. Un gendarme a été tué et un chasseur démonté. Je pars pour aller reconnaître les dispositions de l'ennemi et ses intentions."
Circonstance intéressante à noter : quelques habitants, parmi lesquels plusieurs femmes, ayant été massacrés aux abords de la chapelle (Sainte-Marie), leurs corps furent inhumés sous le porche ou ballet, et c'est là qu'ils reposent toujours, en attendant le suprême et glorieux réveil (Une plaque commémorative de ce fait a été apposée sur le mur de façade de la chapelle par les soins de M. l'abbé Pajot).
Combien de personnes, remontant le cours de leurs souvenirs, aiment à raconter qu'il leur est arrivé bien souvent, dans leur prime jeunesse, lorsqu'elles passaient près de la chapelle et s'arrêtaient pour y prier un instant, de gratter ingénument la terre, dans le naïf espoir d'y trouver - tout émues qu'elles étaient des récits qu'on leur avait faits - les traces du sang généreux dont elle fut rougie. Notre-Seigneur, dans l'Évangile, prête à certaines pierres une voix pour crier certaines choses : Lapides ciamabunt. Ne peut-on pas dire aussi que c'est là une poussière qui parle ? et le pèlerin, instruit de ces détails, peut-il, lorsqu'il foule du pied le sol où dorment ces vaillants qui surent mourir dans la simplicité de leur foi, ne pas entendre une voix qui lui murmure à tout le moins ces brèves syllabes : Memento ! souviens-toi ! Et faut-il s'étonner, ajouterons-nous, si l'antique chapelle, sanctifiée et comme consacrée par le sang de nos martyrs, devient doublement chère à la piété populaire, lorsque, à peine fini le règne de la Terreur, on eut la joie de la voir se relever de l'état de ruine où l'avaient réduite les stupides et sacrilèges démolisseurs ?
Notice historique par E. RAFIN
Deuxième Édition - 1945


