PARTHENAY (79) - 1832 - LOUIS-CHARLES DARDILLAC, chouan
LOUIS-CHARLES DARDILLAC, né le 27 juin 1813 à Poitiers, fils de Charles-Théodore Dardillac, notaire, et de dame Anne-Désirée Rouillé ; décédé à Parthenay, le 11 novembre 1834 à l'âge de 21 ans et 5 mois.
L'écho a répété au loin un bruit plaintif et douloureux ; le glas de la mort est venu jusqu'à nous, il a retenti jusqu'au fond de nos coeurs ! ...
Déjà l'autel est paré ; déjà la foule en pleurs se presse silencieuse autour du lugubre cercueil sous l'ogive du sinistre beffroi ; et la terre s'est ouverte pour recevoir une froide dépouille ! ...
CHARLES DARDILLAC n'est plus ! ... à peine âgé de 21 ans, une mort cruelle et prématurée est venue l'enlever à sa famille inconsolable, à ses amis désolés ; il jouit d'un éternel repos, il dort du sommeil des justes ! ...
Oh ! qui dira le désespoir de sa vieille mère lorsqu'elle luttait contre les efforts de ceux qui voulaient la séparer des restes inanimés de son fils, de ce fils chéri qui était sa joie, son espérance ! ... Qui peindra la douleur de son malheureux père quand il vit qu'allait se briser pour lui un des anneaux de la chaîne qui nous attache tous à ce monde !
Hélas ! c'est qu'ils sentaient toute l'étendue de la perte qu'ils venaient de faire, ces excellens parens ; c'est qu'ils savaient qu'avec toutes les qualités du coeur et de l'esprit, Dardillac possédait encore les plus vastes connaissances, les plus rares talens.
Doué d'un caractère franc, loyal, généreux, et d'une énergie vraiment chevaleresque, Charles Dardillac devait nécessairement suivre le droit chemin de l'honneur, aussi lorsque la tourmente révolutionnaire de 1830 éclata, il n'eut plus qu'un voeu, qu'une pensée ... il consacra à son roi malheureux son coeur, son bras et son épée.
Né Vendéen, Vendéen de coeur, il s'identifiait avec les malheurs de son pays ; il en partageait les espérances, comme plus tard il devait en partager les persécutions. Heureux et fier d'appartenir à ces contrées fidèles, de fouler cette terre des braves, où la loyauté et l'honneur ne faillirent jamais, il avait pris pour modèle les Larochejaquelein, les Lescure, les Bonchamp, les Charette. Il admirait ces grands hommes et voulait un jour marcher sur leurs traces ; noble ambition que la mort a rendue vaine ! ...
L'occasion ne tarda pas pour l'infortuné Dardillac d'entrer dans la lice de l'honneur et de la fidélité. En 1832, il fut le premier à répondre à l'appel de Madame, et pendant cette trop courte campagne dont chacun connaît la fatale issue, il se fit admirer de tous, par sa bravoure, son sang-froid, sa constance et sa résignation à supporter les revers de la fortune. Quelle fut cruelle pour lui cette fortune qui le livra à des ennemis implacables et irrités ! ...
Chargé de fers comme le plus infâme des scélérats, traîné de cachots en cachots, le jour de la justice arriva enfin, et Dardillac fut rendu à la liberté.
Un long repos ne pouvait convenir à ce caractère ardent, aventureux, chevaleresque ; cette âme d'une trempe si forte ne pouvait supporter l'idée de l'inaction, lorsque la torche incendiaire des révolutions offrait au monde étonné, le spectacle inouï des rois de l'Europe assistant l'arme au bras, à la chute d'une monarchie, en présence d'un autre roi luttant avec courage contre une horde d'aventuriers mercenaires, soudoyés par l'or de l'Angleterre et vomis par le machiavélisme égoiste d'une politique infernale.
Sans autre escorte que son courage, le jeune héros a traversé le midi de la France, il a jeté un dernier regard sur le spectacle majestueux que présente cette longue chaîne de montagnes, que la nature semble avoir placée là tout exprès pour fixer les limites de deux puissans royaumes. Il a parcouru avec la même rapidité le climat brûlant de l'Espagne et le voilà en Portugal. Bientôt il combat côte-à-côte avec de nobles Vendéens qui, comme lui, sont venus cueillir les lauriers de la victoire ou partager un trépas glorieux là où le principe est encore debout.
Mais d'anciennes souffrances physiques et morales ont épuisé une constitution affaiblie par les veilles et les travaux ; déjà il porte dans son sein le germe de la fatale maladie qui va le conduire au tombeau ! ...
Nous touchons hélas ! au dernier épisode de cette belle vie, de cette vie de 21 ans si bien remplie ; nous avons admiré les vertus du Vendéen, nous allons assister aux derniers momens du chrétien.
Animé de la foi la plus vive, rempli d'amour pour son divin rédempteur, l'infortuné jeune homme a vu la mort s'approcher pas à pas ; il la contemple sans effroi, car le Dieu qui s'est donné à son coeur, vit en lui de toute sa vie ... ; cependant, il a encore une pensée terrestre ! pensée grande, généreuse, sublime, pensée digne de celui qui l'a inspirée ! ... Il veut consoler sa famille, c'est lui qui va la préparer à l'éternelle séparation ! ...
Ces tristes devoirs remplis;, il se rend au cimetière et il indique la place où ses restes seront déposés : deux acacias ombrageront sa tombe, et c'est encore lui qui les a choisis.
Enfin l'heure fatale a sonné ... Ses pensées ont pris leur essor vers les voûtes célestes ; ses lèvres décolorées ont pressé la sainte, et consolante image de la religion de ses pères, et les yeux du Vendéen se sont fermés pour ne plus se rouvrir jamais ...
"Science, vertu, espérance, jeunesse, tout s'est éteint avec le souffle d'une si belle vie !!!"
L.D.
Journal Le Vendéen - n° 41 - Jeudi 15 janvier 1835 - 5e année
CIRCONSTANCES DE L'ARRESTATION DE CHARLES DARDILLAC, 19 ans, étudiant à Parthenay (ainsi que celle de son frère, Auguste-Théodore Dardillac, 16 ans, également étudiant à Parthenay) :
Le 23 (mai 1832), Diot et Robert échangèrent quelques coups de fusil avec une compagnie du 64e (capitaine Vieille) qu'accompagnait la brigade de gendarmerie de Chiché. Le lendemain 24, la même bande rencontra un gros détachement de ce régiment, près d'Amailloux. Les philippistes, très vivement poussés et sur le point d'être tournés, battaient en retraite avec une précipitation menaçant de tourner en panique, quand ils furent rejoints par plusieurs compagnies d'infanterie attirées par la fusillade et guidées par les brigades de gendarmerie de Parthenay et de la Chapelle-Saint-Laurent. Les réfractaires se retirèrent alors dans les bois où ils s'égaillèrent. Malheureusement plusieurs royalistes, presque tous anciens officiers de l'armée régulière, qui n'avaient pas non plus reçu le contre-ordre, arrivaient en ce moment pour participer à la prise d'armes : peu familiers avec le métier de chouans, la plupart se laissèrent prendre par l'ennemi, assez maladroitement, semble-t-il ; parmi lesquels : MM. Émile et Paul de Chièvres, Wampers, Charles-Ferdinand de Mesnard, fils du chevalier d'honneur de Madame, Monnier, Dardillac, Gaufreteau, Cornu, du Repaire, etc ... (Le dernier effort de la Vendée (1832) par Vicomte A. de Courson - 1909)
Jugés, le 18 décembre 1832 à la Cour d'assises d'Eure-et-Loire parmi une dizaine d'autres prévenus ; Ils sont accusés d'avoir, depuis moins d'un an, pris part à un complot ayant pour but, 1° soit de détruire, soit de changer le gouvernement ou l'ordre de successibilité au trône, soit d'exciter les citoyens ou habitans à s'armer contre l'autorité royale ; 2° d'exciter la guerre civile en armant ou en portant les citoyens à s'armer les uns contre les autres ;
ils sont accusés d'avoir, le 23 mai, dans la commune d'Amailloux, et lieux circonvoisins, volontairement commis en bande armée, un ou plusieurs attentats ... ; d'avoir commis ces attentats avec ces circonstances ; 1° en ce qui concerne Paul-Émile de Chièvres et Louis-Charles Dardillac, qu'ils exerçaient dans les bandes un emploi ou commandement ; 2° en ce qui concerne Paul-Émile de Chièvres, Louis-Charles Dardillac, Charles Leclerc et Pierre Diot ou Dauvet, qu'ils ont été saisis sur le lieu de la réunion séditieuse. ... (La Gazette des Tribunaux du mercredi 5 décembre 1832 - 8ème année - numéro 281)


