AGEN (47) - MESLAY (53) - SIRILLE-JEAN-JOSEPH DE LAVOLVÈNE, DIT CHEVALIER DE LA VOLVÈNE, DIT PARATOUSKI
UN CHOUAN MÉRIDIONAL :
LE CHEVALIER DE LA VOLVÈNE dit "PARATOUSKI".
Quelqu'un qui serait tombé de haut si, avant la Révolution, on lui avait prédit qu'un jour il commanderait un parti de chouans dans le Maine, c'eût été, bien sûr : La Volvène.
Il était né, en effet, sur les bords de la Garonne à Agen. De son pays natal il avait le parler chantant un peu heurté, la faconde aussi et une bravoure expansive, une bravoure à la Cyrano. Ce caractère démonstratif, quoiqu'on en put penser, s'entendit parfaitement avec le tempérament calme et un peu renfermé des paysans manceaux qui devinrent ses soldats.
La Volvène avait fait ses études à Brienne d'où il était sorti officier d'artillerie. Il avait émigré et avait combattu dans l'armée des Princes. Peu de temps avant le désastre de Quiberon, il se trouvait en Angleterre où il se fit délivrer par les autorités britanniques un brevet de chirurgien accompagné de certificats élogieux. Muni de ces pièces destinées à donner le change, il passa en France, mais, manque de chance, le pseudo-praticien fut reconnu au Hâvre où il avait débarqué et arrêté. Remis à la gendarmerie, il devait être conduit de brigades en brigades jusqu'à celle de Toulouse. Il arriva ainsi au Mans où le récit de son aventure parvint aux oreilles de Rochecotte. Celui-ci alerta une de ses compagnies de chouans commandée par Poirier dit "Coeur de Roi", laquelle s'embusqua sur le passage de l'escorte. Attaqués en force, les gendarmes préférèrent relâcher leur prisonnier que d'entamer le combat. Le soir même La Volvène dînait en compagnie de Rochecotte, son sauveur.
Prenant, on ne sait pour quelle raison, le sobriquet de Paratouski, La Volvène fut attaché à l'État-Major de Charles de Tilly (Escarboville) qui contrôlait le territoire voisin de Saint-Jean-d'Assé, village situé à quatre lieues du Mans. Sans commandement bien défini, Paratouski secondait son ancien camarade de Brienne ; c'est ainsi qu'il combattait à Chassillé, à Saint-Mars-d'Outillé, à Beaumont, à la Durandière, à Sougé, à la Groie, à Avoise, au Tertre-Frissac, à Maucartier. En mai 1796, il fit partie de l'expédition commandée par Escarboville, Arthur, Néméré et Monsieur Charles qui prit Bellême malgré une résistance opiniâtre de certains habitants de cette localité.
Après la conclusion de la paix, décidée au mois d'août entre les généraux chouans du Haut-Maine et le général Watrin, commandant en chef du département de la Sarthe, le Chevalier de La Volvène se réfugia au Mans. Quelques mois après son arrivée dans cette ville, l'abbé Maguin (Antoine), curé constitutionnel de la paroisse de la Couture et commissaire du Directoire départemental, fut assassiné d'un coup de pistolet un soir qu'il sortait du club. Cette mort déclencha d'actives recherches policières qui obligèrent La Volvène à se terrer, d'autant que le Directoire de Paris, alerté par la veuve de Maguin, avait ordonné de mettre tout en oeuvre pour retrouver le coupable et ses complices éventuels.
Paratouski fut-il l'instigateur ou peut-être même l'auteur du crime ? Nul ne l'a su. Ce qu'il y a de certain c'est que de nombreuses arrestations furent opérées, dont celle de Chapelle (Charles Ruault), de Rouillon, capitaine à la compagnie de la banlieue du Mans, qui fut incarcéré à Tours. Ce Charles Ruault avait commandé le détachement de Chouans qui, en juin 1795, s'étant laissé surprendre par les fantassins du capitaine républicain Lamotte au château de Vandoeuvre, près de Fay, avait subi quelques pertes. Reconnu innocent du meurtre de Maguin, Chapelle fut relâché après plusieurs mois de détention.
Au commencement d'août 1799, les royalistes, exaspérés par les violations constantes, par les républicains, des clauses du traité de paix accepté à contrecoeur en 1796, reprirent les armes sous les ordres du général de Bourmont, qui avait réorganisé leurs troupes.
Paratouski, sorti de la clandestinité, fut promu au grade d'adjudant général pour remplacé Escarboville qui venait d'être tué à proximité de son château de La Maulnière par des gardes-nationaux de Beaumont. La première affaire où La Volvène étrenna son grade fut celle de Louverné (Mayenne). Tranquille (Châtelain) et lui avaient entamé l'attaque contre la garnison et les gardes-nationaux de Laval, retranchés dans un petit bois. Bourmont survint alors avec les divisions Tercier et Gaullier (Grand Pierre), prit les Bleus à revers et transforma en véritable déroute ce qui n'avait été jusque-là qu'un combat indécis.
Mais où Paratouski donna sa mesure, ce fut à la prise du Mans (14 octobre). Il commanda la brigade chargée d'enlever le poste de la Croix-d'Or sur la route de Laval et de paralyser la défense susceptible de s'organiser dans les quartiers populeux du Pré, de Gourdaine et de Gorron. Il avait en outre pour mission de faire prisonnier le colonel Auvray, chef de la garnison, et de s'emparer du drapeau de la 40e demi-brigade. Par suite du manque de prudence de quelques hommes de son avant-garde, l'attaque du Mans se déclencha une heure plus tôt que prévu. La Volvène avança rapidement jusqu'à la place du Château. En y débouchant, la tête de sa colonne fut accueillie par le feu très vif d'une compagnie de grenadiers. Après avoir subi des pertes sensibles, constatant l'impossibilité où ils étaient d'être secourus, les grenadiers battirent en retraite en abandonnant le drapeau aux mains des Chouans. Cependant, grâce à cette résistance, le Colonel Auvray avait eu le temps de quitter son hôtel et d'aller prendre le commandement de ses troupes retranchées dans la caserne Saint-Vincent.
Le Mans tombé en leur pouvoir, les Chouans n'y demeurèrent que deux jours, ne tenant pas à renouveler l'erreur commise quelques années auparavant par l'Armée Royale et La Rochejaquelein. Ils cantonnèrent aux environs de la ville en attendant la fin des hostilités négociée par Bourmont. La conclusion de la paix traîna des mois ; on parlementait encore au moment où la légion Paratouski fut surprise par les bleus à Meslay (Mayenne). Prévenu de la présence des Chouans, le Général Chabot, accouru de Laval, avait pu, pendant la nuit, occuper toutes les issues du plateau sur lequel bivouaquait le détachement royaliste. Au petit jour, entièrement encerclé, celui-ci dut combattre dans les plus mauvaises conditions. Plusieurs compagnies, à force d'audace et de ténacité, parvinrent à percer les lignes adverses et à se frayer un passage. Mais du côté de Paratouski, les choses allèrent moins bien. Renseignés et sachant où il se trouvait avec son état-major, les Bleus firent peser tout leur effort sur ce point. Les balles pleuvent, les officiers tombent les uns après les autres, certains avant de succomber font preuve de la plus grande intrépidité pour sauver leur chef mais, le nombre a finalement raison du courage. Ils ne sont plus que quelques-uns. Une dernière salve les couche, parmi eux leur général, ce méridional au sobriquet slave, égaré dans l'Ouest. Il venait, lui aussi, de donner sa vie pour Dieu et pour le Roi. ... (23 janvier 1800-4 pluviôse an VIII) (Il avait trente ans.)
Extrait : Six Chefs Chouans du Pays Manceau - Hervé de Lorgeril - Imprimerie R. Bellanger - La Ferté-Bernard - 1993
[Quelques jours avant sa mort, il avait été nommé chevalier de Saint-Louis.] (Mémoires épistolaires sur la Révolution à Laval par l'abbé A. Angot - 1896).
Enfants de Messire Joseph de Lavolvène, ancien capitaine au Régiment de Touraine et chevalier de l'ordre militaire de Saint-Louis, et de dame Jeanne Jobé :
Jean-Joseph, né le 27 août 1763, à Agen (paroisse Saint-Etienne)
Hémilien(?) - Jean-Joseph, né le 7 octobre 1764 à Agen (paroisse Saint-Etienne)
Marie-Félix-Jean-Joseph, né le 21 novembre 1765 à Agen (paroisse Saint-Etienne)
Victoire-Françoise, née le 25 décembre 1768 à Agen (paroisse Saint-Etienne)
Sirille-Jean-Joseph, né le 7 juillet 1769 à Agen (paroisse Saint-Etienne), baptisé le lendemain.


