SAINT-JEAN-DE-MONTS (85) - CLOCHER ET CLOCHES
Au moment de la grande révolution de 1793, notre vieille église eut beaucoup à souffir et quand M. l'abbé Moreau, curé de Saint-Jean-de-Monts, revint d'exil, en 1798, il n'en restait que les murs. Le vieux clocher, toutefois, demeurait debout. La raison en est que pendant la tourmente révolutionnaire, il avait été placé sous la protection des administrateurs de la Marine. Mais il penchait considérablement du côté de l'ancien cimetière, direction sud. Comment le redresser ? Un entrepreneur en vint à bout promptement et à peu de frais. Il fit couper de quelques pouces les poutres qui cédaient du côté de la place, direction nord, et à l'aide de cordages attachés aux olivètes de la cure, il fit revenir doucement la flèche qui par ce moyen se trouva sans le moindre accident dans la même position où nous la voyons aujourd'hui.
Beaucoup se demandent comment ce vieux clocher a pu braver les tempêtes et tenir. La raison paraît en être tout simplement dans les quatre cloches, à la base de la flèche, et dont le poids très lourd empêche toute vacillation.
Ce vieux clocher, nous le conservons dans toute sa hauteur et son élan vers le ciel, et s'il est redressé dans sa cime et rajeuni dans sa forme, il n'en rappellera pas moins aux générations futures le souvenir des jours heureux ou malheureux des siècles passés.
LES CLOCHES
Des trois belles cloches qui meublaient notre clocher, au moment de la grande révolution de 1793, il ne reste que le souvenir. Nous savons qu'alors les habitants de Saint-Jean, dans la crainte qu'elles ne soient, comme tant d'autres, enlevées par les révolutionnaires, les avaient descendues et cachées dans un "marché" du marais entre la Grand'Maison et les Granges. Une indiscrétion en amena la découverte et les Bleus s'en sont emparées et les ont enlevées, le 11 août 1796.
Les Bleus avaient égaré une pièce de canon, une couleuvrine, dans la vase de la coupe de Clousis, pièce qu'ils ne purent pas retrouver. Après la tourmente, vers 1803 ou 1804, cette couleuvrine fut découverte et retirée de la vase. Brisée, elle fut transportée à Nantes et fondue. Transformée en cloche, elle devint la première cloche que posséda la paroisse de Saint-Jean-de-Monts après la révolution. Elle eut pour parrain Jean Burgaud, des Bretinières, et pour marraine Prudence Mourain, dame Trouet.
Au cours de l'année 1808, l'unique cloche se brise. Elle est de nouveau fondue et une seconde cloche lui est adjointe. Se sont-elles querellées, dans le vieux clocher, et cassées ? Nous l'ignorons, mais nous les retrouvons en 1829, à Nantes, dans les importants ateliers de fonderie de M. Sarrazin. Bientôt, elles sont transformées en deux nouvelles cloches, dont l'une assez petite et l'autre puissante et fort belle. Cette dernière, que nous possédons encore aujourd'hui, eut pour parrain le comte de Chambord et pour marraine la duchesse de Berry, comme en fait foi l'inscription qu'elle porte et que voici :
"Nommée Marie-Caroline-Henriette par très haute, très puissante et très excellente princesse Son Altesse Royale, madame, duchesse de Berry, et par son auguste fils, très haut et très excellent prince, Son Altesse Royale, Monseigneur duc de Bordeaux, représentés par dame Marie Charlotte, Suzanne, Tècle Douches, marquise de Foresta, et par M. le chevalier Benjamin de Maynard, j'ai été bénite par Mgr René-François Soyer, évêque de Luçon, le 3 juillet 1829, anniversaire du passage de Madame, duchesse de Berry, aux Mattes. Marguilliers : MM. C. Mourain, P. Fortin, H. Juguet, J. Baud, J.-B. Chaillou, maire, Bruneteau, curé. Faite par Sarrazin, à Nantes, 1829."
De ces deux cloches, la petite ne résista pas longtemps et fut brisée. M. l'abbé Bruneteau, la dernière année de sa vie, en 1847, proposa au Conseil de fabrique l'acquisition de deux cloches en harmonie avec la grosse qui restait intacte et "sonnait fort bien". La proposition fut acceptée et M. Bollée, maître-fondeur au Mans, s'engagea à fournir les deux nouvelles cloches pour l'été 1847. Mais, au cours de cette année, meurt le vénérable M. Bruneteau. M. l'abbé Remaud, son successeur, prend, en octobre 1847, livraison des deux cloches et propose à Mgr Baillès, évêque de Luçon, de venir en faire la bénédiction. Mgr Baillès arrive à Saint-Jean, le 25 octobre 1847, et, le lendemain, procède au baptême des deux nouvelles cloches en présence d'une foule de fidèles venus de toutes les paroisses.
En 1888, ces deux cloches ont été remplacées par trois nouvelles plus en accord avec leur aînée et nous possédons aujourd'hui, ces trois cloches qui, de fait, s'harmonisent très heureusement avec l'ancienne. Elles furent bénites par Mgr Catteau, le 23 septembre 1888.
Voici le procès-verbal de cette bénédiction tel que nous le retrouvons dans les archives paroissiales :
"L'an de grâce mil huit cent quatre-vingt-huit et le dimanche vingt-trois septembre, sous le souverain Pontificat de Léon XIII, glorieusement régnant, l'illustrissime et révérendissime Père en Dieu, Mgr Clovis Nicolas Joseph Catteau, évêque de Luçon, faisant tressaillir par sa présence l'heureuse paroisse de Saint-Jean-de-Monts. Il venait y remplir l'une des grandes fonctions de son ministère épiscopal.
Par suite d'un accident, deux des anciennes cloches ayant été brisées, le Conseil de fabrique, pour réparer convenablement cette perte, avait cru devoir s'imposer la lourde charge de faire fondre à ses frais 3 cloches nouvelles, sorties des fonderies de M. Amédée Bollée fils, au Mans.
L'une, du poids de 843 kilos 500 gram., porte le nom de Jean-Baptiste, patron de la paroisse. Elle a pour parrain M. Olivier Boux de Casson, conseiller général du canton, et pour marraine Demoiselle Victorine Chapport de la Chanonie, fille du conseiller d'arrondissement.
L'autre, du poids de 598 kilos 500 gram., s'appelle Louise-Marie- Grignion de Montfort. Elle a pour parrain M. Émile Poulain fils, aspirant de marine, et pour marraine Demoiselle Aimée Milcent. Les libéralités bien connues de M. Clément Poulain, de Nantes, expliquent la présence de son fils dans cette grande circonstance. On ne pouvait oublier, non plus, cette femme forte qui fait la gloire de Saint-Jean-de-Monts et donc l'Académie a voulu récompenser le mérite en lui accordant le prix Monthyon. Des infirmités contractées dans les marches et contre-marches de sa charité, pendant plus de 40 ans, ne lui permettaient pas de figurer en personne à la cérémonie ; elle était remplacée par la vénérable Dame Dupleix.
Enfin, la troisième, pesant 33 kilos, porte le nom de Benoît Joseph Labre. Elle a pour parrain M. Jean Joseph Raballand, prêtre, né dans la paroisse, et pour marraine Dame Boux de Casson, née de Cornulier. Ce prêtre illustre avait combattu le bon combat, comme curé de Saint-Hilaire-de-Loulay, conjointement avec M. de Cornulier, maire de cette commune et décédé sénateur.
Après une messe solennellement chantée, pendant laquelle on a entendu un remarquable discours de M. l'abbé Doublet, chanoine d'Arras, Monseigneur l'illustrissime et révérendissime évêque de Luçon, ayant exposé dans le langage sympathique et avec la merveilleuse clarté qui le distinguent, l'objet de la cérémonie, a béni les cloches suivant les rites du Pontifical romain, au milieu d'une foule enthousiasmée.
En foi de quoi le présent procès-verbal a été dressé à Saint-Jean-de-Monts, les an et jour que dessus.
Signé : P. Besson, curé."
Nos quatre cloches donnent les notes suivantes : si bémol, sol, fa, mi bémol. Leur sonnerie est l'une des plus belles du Marais. Elle annonce nos joies et nos deuils et toujours nous invite à la prière et nous appelle au service du bon Dieu.
Bulletin paroissial de Saint-Jean-de-Monts - Mars 1936 - AD85



