VALENCIENNES (59) - EXÉCUTIONS RÉVOLUTIONNAIRES EN 1794
La ville de Valenciennes paya richement sa dette à la Révolution française. Un siège et un bombardement de 40 jours qui arrêtèrent une invasion de Coalisés et permirent d'organiser la défense et la victoire, lui coûtèrent la perte de 5.000 habitans et la ruine et la dévastation de la majeure partie des propriétés. Une occupation étrangère, dure et pesante, succéda à cette première épreuve et dura une année entière. Pendant ce tems le régime de la terreur s'écroulait en France, et il y avait tout lieu d'espérer, pour la cité qui avait tant souffert de l'étranger en sauvant une invasion à la patrie, qu'elle éviterait du moins les horreurs de la tyrannie révolutionnaire. C'était avoir trop de présomption pour une époque où le mal l'emportait si souvent sur le bien dans la balance.
Valenciennes fut repris par les Français le 1er septembre 1794 : Robespierre était tombé ; dès le 2 août précédent, une députation des habitants de Cambrai avait porté une dénonciation à la barre de la Convention contre le Proconsul Joseph Lebon et ses complices ; la Convention, qui rejetait sur Robespierre tous les meurtres et tous les forfaits, parlait hypocritement du retour de la justice et de l'humanité en France ; les ecclésiastiques, les religieuses, qui, à la suppression des cloîtres, s'étaient retirés en Belgique et étaient revenus à Valenciennes reprendre leur ministère pendant l'occupation étrangère, crurent pouvoir y rester avec la vie sauve à la rentrée des Français en voyant la situation plus calme des affaires intérieures. Ils se trompèrent étrangement : bientôt, ils durent comprendre que la persécution durait toujours et que toutes les villes devaient payer leur tribut de sang à la République. Roger Ducos et J.B. Lacoste, députés de la Convention, arrivés à Valenciennes à la suite de l'armée de Scherer, firent arrêter les religieuses, les prêtres, les déportés et les émigrés qu'on put trouver, et se hâtèrent de les livrer à une commission militaire. La procédure n'était qu'une vaine formalité ; elle ne consistait qu'à demander aux victimes, déjà vouées à la mort, si elles avaient émigré : quoique les religieuses et les prêtres pussent, par attachement à la vie, ne pas considérer leur voyage de Mons comme une émigration et répondre à cette question d'une manière évasive, ils ne voulurent en aucune façon altérer la vérité et leur sentence de mort s'ensuivit. On les envoya à l'échafaud comme émigrés-rentrés.
Les exécutions commencèrent le 23 septembre 1794 et se terminèrent le 13 décembre suivant. Il y eut onze exécutions collectives et soixante-sept victimes. Les ministres de la religion et les religieuses, qui furent alors mis à mort marchèrent au supplice avec une résignation d'âme et une sérénité de visage dont quelques vieillards ont gardé le souvenir ; sur les marches de l'échafaud, ils chantaient des litanies et adressaient à Dieu des prières qui attestaient la vivacité de leur croyance, et qui, plus d'une fois, émurent jusqu'aux larmes leurs bourreaux eux-mêmes.
Voici la liste exacte de ces victimes ... :
FUSILLÉS COMME ÉMIGRÉS AYANT PRIS SERVICE A L'ÉTRANGER
25 septembre
M. Raigecourt, de Grosieux-les-Metz, 40 ans, soldat au régiment de la Tour.
M. Ducroisié, de Nion, 34 ans, soldat au régiment de la Tour.
M. Devel, de Bruxelles, 20 ans, soldat au régiment de la Tour.
M. Tourville, de Romans, 20 ans, soldat au rég. de ligne.
M. Grand-Maison, de Mâcon, 20 ans.
3 octobre
M. Clément, de Mayence, 53 ans, musicien au rég. de ligne.
M. Bon-Hayez, de Valenciennes, 44 ans, huissier
M. Lecerf, de Maing-Lez-Valenciennes, 26 ans chirurgien.
M. Lalinière, de le Vigan, 32 ans, officier de cavalerie.
GUILLOTINÉS, COMME ÉMIGRÉS OU DÉSERTEURS.
13 octobre
M. P.-Martial Godez, de Valenciennes, 36 ans, capucin
M. P.-Hubert Pavot, de Poix, 39 ans, récollet.
M. P. Larivière, d'Iwuy, 36 ans, bénédictin.
M. Brunet, de Vendegies-sur-Ecaillon, 32 ans, sergent.
M. Pelsez, de Landrecies, 32 ans, chasseur.
M. Hamel, de Morange-lez-Paris, domestique du prince Lambesc.
GUILLOTINÉS, COMME DÉPORTÉS RENTRÉS PAR SUITE DE L'OCCUPATION
15 octobre
M. Libert, de Jeanlain, 6 ans, curé de Sebourg.
M. P.-Damas Bétrémieux, de Watrelot, 63 ans, récollet
M. P. Landelin Guyot, d'Onnaing, 6 ans, provincial des récollets.
M. D.-Charles Lecoutre, de Beuvry, 58 ans, chartreux.
M. D.-B. Selosse, de Wambrechies, 50 ans, curé de Notre-Dame de Valenciennes.
M. D.-Bernard Ledoux, de Brebières, 44 ans, chartreux.
M. D.-Crysogone Honoré, de Vermeille, 59 ans, chartreux.
17 octobre
Mme Marie-Louise Vanot, de Valenciennes, 6 ans, ursuline
Mme Gne-Reine Prin, de Valenciennes, 47 ans, ursuline
Mme Hyacinthe Bourla, de Condé, 48 ans, ursuline
Mme S.-Marie-Louise Ducret, de Condé, 38 ans, ursuline
Mme Déjardin, de Cambrai, 35 ans, ursuline
M. Cagnot, de Valenciennes, 32 ans, assistant au chapitre de St-Géry
M. C.-M.-J. Vienne, du Cateau, 30 ans, vicaire à la Chaussée.
M. Luc-Antoine Paniez, d'Armentières, 56 ans, curé du Faub.
19 octobre
M. D.-François Dubois, de Renty, 59 ans, chartreux
M. Mabille, de Taisuière, 42 ans, curé d'Onnaing
M. Pierre-Joseph Pontois, de Valenciennes, 48 ans, curé d'Haspres
M. Gosseau, de Valenciennes, 52 ans, curé de St-Géry
M. Auchin, de Seclin, 50 ans, curé de Curgies
M. Malaquin, de Bermerain, 6 ans, curé d'Escarmain
23 octobre
M. Laisney, du Quesnoy, 35 ans, vicaire de Maing
M. Druez, de Berlaimont, 39 ans
Mme Marie-Clotilde Paillot, de Bavay, 55 ans, supérieure des Ursulines de Valenciennes, où elle entra le 18 octobre 1756, sous le nom de Ste Marie-Augèle-Clotilde-Joseph-Saint-François-Borgia.
Mme Marie-Marguerite Leroux, de Cambrai, 48 ans, ursuline
M. A.-M.-Jh Leroux, de Cambrai, 46 ans, urbaniste
Mme Jeanne-Louise Barrez, de Sailly, 46 ans, ursuline
M. Liévine Lacroix, de Pont-sur-Sambre, 40 ans, urbaniste
Frère Joseph Saudeur, de Douai, 46 ans, capucin laïc.
M. Brûlé, d'Evreux, 56 ans, prêtre.
27 octobre
M. Lecerf, de Maing, 30 ans, prêtre.
M. Hannequan, du Cateau, 66 ans, curé de Poix
M. Brisson, de Gomegnies, 58 ans, prêtre bénéficier
M. Preux, de Montai, 63 ans, curé de Câtillon
M. Richez, de Solesmes, 49 ans, prêtre curé
M. Breuvart, d'Arras, 34 ans, vicaire à St-Jacques
6 novembre
M. Lamoiau, de Solesmes, 79 ans, curé de Jolimetz
Frère P.-L. Hansart, de Monchicourt, 62 ans, capucin laïc
M. Levecque, d'Inchy-Beaumont, 53 ans, vicaire des Récollets
M. Danjou, de Montoi, 34 ans, vicaire à Condé
M. Huvelle, du Quesnoy, 41 ans, prêtre
13 novembre
M. Largilière, du Quesnoy, régent au Quesnoy
M. Pierre-Éloi Delahaye, du Quesnoy, gardien des Récollets
M. Duconseil, du Quesnoy, prêtre
M. Pierre Trouillet, de Maroille, marchand de vin
M. Boulenger, de Dourlers, marchand bijoutier
M. Chastenet, de Thours, 21 ans, noble étudiant
M. Peugnier, de Devrancourt, 25 ans, mulquinier
M. Peugnier, de Devrancourt, 26 ans, mulquinier, frère du précédent
M. Bridet, de Vaux, 32 ans, charpentier
M. Pierre Dey, de Paris, 27 ans.
13 décembre
M. Pierre Nancy, de Priches, 39 ans.
Archives Historiques et Littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique - Tome 3e - 1841
