TALMONT-SAINT-HILAIRE (85) - 1905 - UN NOUVEAU CHRYSOSTOME
LA VENDÉE RÉPUBLICAINE - Article du Samedi 4 janvier 1905
Talmont
Un nouveau Chrysostome
Dans un petit coin de la Vendée, il est un joli coeur qui s'ingénie et s'amuse à détruire la foi de nos pères et à perdre la religion ...
Au bon vieux temps, tous les Jean Baptiste et les Étienne, curés religieux mais "moules", selon son expression favorite, les braves habitants, honnêtes, indépendants et catholiques, aimaient à fréquenter l'église, à s'approcher des sacrements. C'était un beau spectacle de voir tous ces hommes, amis, se rendre à la messe pour entendre les causeries familières de leurs excellents curés. Ceux-là n'étaient point des Bouches-d'Or ; ils savaient se faire comprendre, aimer et respecter.
Sous leur mine très agréable, tous les nouveaux-nés reçoivent le baptême ; les époux étaient religieusement unis et les défunts n'avaient pas d'obsèques civiles. Les trois quarts des habitants, aujourd'hui, se passent d'un curé, tel que celui qui leur a été malheureusement imposé. La population est divisée, attristée, indifférente et nous, les confrères du canton et d'ailleurs, sommes contrits et écoeurés.
Aussi, un jour de conférence dans une paroisse voisine, notre digne doyen, indigné d'une pareille façon d'agir, se crut-il obligé d'adresser d'amers reproches à celui que nous considérons tous, comme incapable de remplir la haute mission que les prêtres tiennent du divin Maître.
Ce confrère égaré, piqué au vif, se redresse même plus haut que sa taille ordinaire ; et, en réponse aux reproches si bien mérités, nous tint à peu près ce langage :
"Vous, les maîtres des consciences humaines, auriez-vous oublié les leçons de de notre grand historien Loriquet ? N'auriez-vous pas su qu'en l'an de grâce 614, une assemblée d'évêques décréta la Constitution perpétuelle ou la défense de condamner un accusé quel qu'il fut, sans l'entendre. Fort de cette constitution qui n'est pas discrète, j'exige que vous m'entendiez.
Notre évêque, qui connaît si bien les hommes, a découvert en moi des qualités rares chez un prêtre : l'audace, la ténacité, l'orgueil, la platitude, la flagornerie et l'ambition, puis il m'a dit : "cher fils" je vous nomme à un poste important où vous aurez à déployer toutes ces qualités. Travaillez sans relâche et si vous réussissez, une grande récompense vous attend.
Je cherche partout, je remue les consciences, j'effraye même les âmes timorées, je grossis à volonté les fautes qu'elles confessent ; je travaille un peu les hommes et beaucoup les femmes riches, timides et craintives. Je ne réussis pas toujours, témoin l'échec inespéré que j'ai subi, avec Mon Rêve.
Je ne me suis point découragé et, cherchant ailleurs, je puis dire aujourd'hui comme Archimède autrefois : Euréka. Oui j'ai trouvé une seconde Norra au bon lait écumeux, qui permet à moi aussi de tenir l'assiette au beurre tout comme nos fameux gouvernants.
Ma grosse nourricière craintive à l'excès des peines éternelles, veut à tout prix devenir une sainte ; je l'encourage et la félicite.
Cette chère Norra, qui se sait haïe de toute la population, me charge de la venger adroitement et de lancer les plus lourds pavés à la tête de ses ennemis les plus acharnés. J'écris alors ces bourdes, ces inepties et ces sottises, que vous avez pu lire. Je les fais imprimer et distribuer en très grand nombre ; ma nourrice est contente et paye ; moi je m'amuse et j'empoche.
Encore deux ou trois ans de pareilles prodigalités et j'espère bien, sans être obligé, comme papa Philomène, de vendre ma place au Paradis, apporter un joli patrimoine au denier du Culte.
Vous m'avez entendu et probablement compris, chers confrères : condamnez-moi si vous l'osez, mais vous ne m'empêcherez pas de dire :
Si vous tous et les ecclésiastiques de France agissaient à ma façon, l'église de notre sainte mère serait riche, puissante et forte, le nombre des prêtres serait décuplé ; les francs-maçons, ces pelés, ces galeux, d'où nous vient tout le mal, seraient anéantis et la gueuse qui les soutient et nous opprime serait morte pour toujours. Plus de République, plus d'Empire et plus de Monarchie : le gouvernement seul des curés couvrirait la terre entière, et moi, ayant donné l'impulsion de ce grand mouvement, je recevrais la récompense qui m'a été promise : Évêque de La Copechagnière, et plus tard, cardinal-archevêque de Triaize : sous le nom pompeux de H. de Bel-Essart".
Après la longue tirade de Bouche-d'Or, nous haussâmes tous les épaules, nous nous signâmes et dîmes avec un ensemble parfait : Ainsi soit-il ! Puis nous sommes allés faire honneur au déjeuner du cordon bleu de la cure.
Ite veritas est.

