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La Maraîchine Normande
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25 février 2015

MOUTIERS-SOUS-CHANTEMERLE (79) - LA TARDIÈRE (85) - LE MOULIN DE LA DUCHÈRE - 1896

MOULIN

 

Le 9 août 1896, sur les sept heures et demie du soir, un incendie détruisait de fond en comble le moulin à vent de la Duchère, commune des Moutiers-sous-Chantemerle, appartenant au sieur Trichot, meunier à la Tardière (Vendée).

Les causes du sinistre n'avaient pu tout d'abord être établies. Trichot, interrogé à deux reprises par la gendarmerie, prétendait qu'il n'était pas allé à son moulin depuis trois jours, ni lui, ni ses domestiques, qu'il avait lui-même posé une serrure à la porte fermée à clef et qu'il ne pouvait s'expliquer comment le feu avait pris naissance.

Mais bientôt Trichot préoccupé de l'enquête que la gendarmerie poursuivait activement, se rendit chez le maire de la Tardière et lui faisait l'aveu qu'il avait fait allumer l'incendie de son moulin de la Duchère par un nommé Pierre Beleau, scieur de long, demeurant au village de la Comtinière, commune de Cheffois (Vendée).

Trichot et Beleau furent arrêtés, interrogés par le juge d'instruction, ils hésitèrent quelque temps et finirent par faire le récit complet de ce qui s'était passé.

Le 7 août dernier, Trichot avait offert 500 francs à Beleau, qui les avait acceptés, pour mettre le feu au moulin de la Duchère ; cette somme devait lui être versée après que Trichot aurait touché le montant de son assurance. Il était entendu que le feu serait mis au moulin le lundi 10 août. Trichot devait tirer le verrou de la porte et l'arrêter par un morceau de bois de façon qu'une simple poussée la fit céder ; il donna à Beleau tous les renseignements utiles pour qu'il pût facilement accomplir sa tâche et précisa le point où le feu devait être allumé. Il lui offrit même un litre de pétrole dont Beleau déclara n'avoir pas besoin ; le 9 août, Beleau allumait l'incendie, devançant de vingt-quatre heures la date convenue entre lui et son co-accusé.

Trichot avait acquis le moulin de la Duchère dans le courant du mois de mai dernier, moyennant le prix de 1.850 francs. Il s'inquiéta aussitôt de savoir si ce moulin était assuré ; apprenant qu'il ne l'était pas, il contracta, le 15 juillet 1896, une assurance dont il fixa le montant à 7.500 francs. Le 10 août, dans sa déclaration d'incendie à la Société, il évaluait la perte subie à la somme fixée par la police.

Trichot, jusqu'à ce jour, jouissait de l'estime publique ; il se trouvait dans une situation aisée ; cependant, c'est l'appât du gain qui lui a fait commettre le crime dont il est accusé et qu'il avait froidement prémédité. Les conditions dans lesquelles il a contracté l'assurance de l'immeuble incendié en sont la preuve indiscutable. Quant à Beleau, sa réputation laisse beaucoup à désirer, il passe pour maraudeur.

Après le réquisitoire de M. Cibiel, procureur de la République et la plaidoirie de Me Paul Mercier, avocat, Trichot est condamné à deux ans de prison, et Beleau à la même peine, mais avec application de la loi Béranger.

(Cours d'assises des Deux-Sèvres - Audience du 26 septembre 1896)

 

DuchèreGéo

DuchèreCadasTA

DuchèreCadas1812

Revue : L'Argus - 1896 - A20 - N868.

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