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La Maraîchine Normande
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24 février 2015

1798 - LA RÉUNION DE LA RÉPUBLIQUE DE MULHAUSEN A LA FRANCE

MULHAUSEN VUE 3

 

... Le passage de la république de Mulhausen à la nationalité française ne laissa pas d'être laborieux ; du moins il ne fut pas la suite de massacres, d'incendies et de pillage comme l'introduction de la liberté évangélique.


Mulhouse, comme on le sait, était, il y a cent ans une république indépendante alliée aux républiques helvétiques depuis plusieurs siècles. On ne pouvait guère y parler de la liberté religieuse qui, prétend-on, y règne aujourd'hui. Le catholicisme en était sévèrement banni et le séjour en était interdit aux Israélites qui depuis ... L'industrie, quoique florissante pour l'époque, y était dans les langes en comparaison de son immense développement actuel ; Mulhouse avec les deux villages qui en dépendaient, Illzach et Modenheim, ne dépassait guère 7.500 habitants.


Depuis plusieurs années cette industrie subissait une crise qui menaçait de la ruiner. Les guerres douanières ne sont pas d'aujourd'hui, et c'était une guerre de ce genre qu'avait déclaré à la république mulhousienne le contrôleur général des finances, M. de Calonne, qui avait décrété la prohibition absolue de l'entrée en France des cotonnades et indiennes étrangères. Mulhouse avait à peine obtenu, par des délégués envoyés à Paris, des conditions moins écrasantes que la Révolution éclata.

 

MULHAUSEN FILATURES

 

Mulhouse fut inondé de réfugiés qui vinrent chercher un asile dans ses murs contre les bandes de paysans révoltés pillant les châteaux et les abbayes et rançonnant les usuriers israélites.

A la crise industrielle vint s'ajouter la famine, ce mal endémique de l'ancien régime. Les détenteurs de blé le cachaient, ou le gardaient pour le faire renchérir davantage, et plus souvent encore les convois étaient pillés sur les grandes routes.

La guerre douanière entra du reste dans une période plus aiguë vers la fin de 1792 ; Mulhouse fut entouré d'une ligne de douane d'une rigueur impitoyable, qui rendait extraordinairement difficile les importations non moins que les exportations.

Les idées nouvelles ne pouvaient du reste pas manquer de pénétrer dans la république et d'y créer un élément d'opposition contre le magistrat et les quarante conseillers extraordinaires qu'il s'était adjoint depuis la crise. En 1797, la situation était devenue tellement critique que le magistrat lui-même fit rédiger par son greffier un mémoire où était examinée la question de la réunion à la République française : ce mémoire concluait à la nécessité de voter cette réunion.

Le 4 janvier 1798, la bourgeoisie toute entière fut convoquée dans l'Église de St-Étienne, et à la presque unanimité elle vota la réunion proposée.

Les formalités de ratification du traité accomplies, le magistrat fixa au 15 mars la Fête de la Réunion.

 

MULHAUSEN REUNION 1798


Dès le matin de cette journée, on vit régner une grande agitation dans les rues et sur les places publiques de l'ancienne cité et république de Mulhausen (ce n'est qu'en 1850 que la ville fut autorisée par un décret à s'appeler Mulhouse dans les actes officiels).

Les habitants étaient parés de leurs habits de fête, la jeunesse faisait éclater sa joie bruyante et les étrangers, accourus de tous les points de la Haute-Alsace, affluaient en foules. Les cloches du temple de Saint-Étienne, mêlant leurs voix solennelles à la voix imposante du canon annonçaient qu'un grand évènement se préparait dans la cité. Et comme si le ciel avait voulu prendre part à la fête, jamais plus beau soleil de printemps ne s'était élevé au-dessus des verts côteaux du Rebberg et n'avait envoyé à la ville de plus doux sourires.
Mais ces cris d'allégresse des jeunes gens, ce son de cloches, ce bruit du canon retentissaient péniblement dans le coeur des vieux bourgeois, justement fiers de leur ancienne indépendance.

Tout en déplorant la démarche de la ville qui allait abjurer son ancienne nationalité, ils pensaient aux évènements récents de la jeune république dans laquelle ils allaient s'encorporer.

Le Directoire plus modéré, il est vrai, avait remplacé le règne sanglant de la Terreur. Mais ce Directoire, sous l'impulsion de son farouche président, le jacobin Rewbell de Colmar se signala encore souvent par des actes d'une extrême violence et redonnait de l'espoir aux anciens partisans de Robespierre.

On comprend donc pourquoi, parmi les magistrats, plusieurs étaient mornes et pensifs, en montant à pas lents les degrés de l'escalier de l'hôtel de ville où ils étaient convoqués pour huit heures.

 

MULHAUSEN HOTEL DE VILLE

 

Là se réunissent les membres du grand et du petit conseil avec les Quarante. Les premiers ne figurent qu'en habit noir et ne portent pas leur long manteau dont ils avaient coutume d'être revêtus aux jours des séances et aux solennités publiques.

Le citoyen Jean Hofer, un des bourgmestres, adresse à l'assemblée une allocution de circonstance et une députation se rend, avec les clefs de la ville, à la Porte de Bâle pour y recevoir le commissaire français.

La foule continue d'affluer. Le cortège se présente bientôt dans l'ordre suivant : Un héraut d'arme à cheval ouvre la marche, viennent ensuite des détachements de troupes françaises et mulhousiennes, au milieu desquelles on porte triomphalement cinq arbres de la liberté, ornés de banderoles tricolores ; une jeune fille revêtue du costume suisse porte sur un plat d'argent les clefs de la ville, d'autres jeunes filles, habillées de blanc avec des écharpes aux couleurs de la France tiennent sur des coussins de satin blanc, la constitution de la République française et les sceaux de la municipalité expirante ; quatre autres portent dans une corbeille élégante le traité de réunion conclu entre la République de Mulhouse et la République française ; suit la députation des notables de la ville.

Enfin, l'on voit s'avancer gravement le citoyen Metzger de Colmar, représentant le gouvernement français. Il est accompagné de M. Adelager, ambassadeur de la République Cisalpine ainsi que d'un grand nombre d'étrangers de distinction. Lorsque l'on est arrivé sur la place Saint-Étienne, les cloches et le canon retentissent de nouveau.

Deux tribunes élevées le long de l'escalier de l'hôtel de ville reçoivent les autorités de l'ancienne administration Mulhousienne et les invités. Des choeurs de jeunes gens chantant des hymnes patriotiques alternent avec les symphonies d'une musique militaire. Un des magistrats donne lecture de l'acte qui réunit la République de Mulhouse à la République française.

Aussitôt des jeunes gens armés de pioches et de pelles creusent une fosse à l'endroit où coulait autrefois une fontaine. Un cavalier monté sur un superbe cheval blanc jette aussitôt dans la fosse son casque sur lequel ondoie un panache aux couleurs de Mulhouse (blanc et rouge). On y précipite également la grande épée de justice, le code des lois, les armes et les sceaux de la république mourante. Sur ces débris on dresse l'arbre de la liberté.

Bien des yeux des vieux bourgeois de la cité se remplirent de larmes à la vue de ce burlesque et attristant spectacle. Encore trente cinq ans après, un témoin oculaire nous racontait cette scène de mauvais goût avec une navrante émotion.

Émotion facile à comprendre. Jusqu'à ce jour Mulhouse avait été une ville indépendante ; elle avait joué dans l'histoire un rôle qui n'était pas sans gloire. La République défunte avait battu monnaie ; ses magistrats ne relevaient d'aucun tribunal étranger ; elle avait entretenu des relations d'amitié avec les premiers souverains de l'Europe. Elle conserve encore dans ses archives des lettres de Charles-Quint et de tous les souverains de la France, depuis Henri IV, jusqu'à Louis XVI inclusivement.

Mulhouse n'était plus qu'un simple chef-lieu de canton. Illzach et Modenheim furent incorporés au canton de Habsheim.

Malgré l'accroissement rapide de sa population, il ne devint chef-lieu d'arrondissement que plus de cinquante ans après.

Mulhausen Pfeffel

De riches illuminations, de brillants feux d'artifice, de gais bouquets couronnèrent cette mémorable journée. Nous ne devons pas oublier de mentionner que parmi les orateurs qui se firent entendre à l'un de ces bouquets se trouvait l'illustre poète alsacien, Pfeffel de Colmar. Ainsi s'accomplit pacifiquement la réunion de la petite république de Mulhouse à la nation française. Ni l'une ni l'autre n'eurent à s'en repentir. Mulhouse apporta à la France la gloire de son industrie, déjà célèbre alors. La France en couvrant Mulhouse de son grand nom, en lui ouvrant ses ports et ses débouchés favorisa l'heureux développement de son travail et en a fait une des premières cités industrielles de l'Europe.

C'est surtout la situation religieuse de Mulhouse qui a subi par le nouvel état des choses une grande modification. Avant sa réunion à la France, il ne comptait pas un seul habitant catholique, aujourd'hui trois paroisses suffisent à peine aux besoins spirituels de cinquante mille catholiques. (Il y en a quatre maintenant, qui elles aussi sont déjà insuffisantes).

Revue catholique de l'Alsace - XVIIe année - Janvier 1898

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