MOUTIERS-LES-MAUXFAITS (85) - PÉRIODE RÉVOLUTIONNAIRE
La période révolutionnaire et le temps des guerres de Vendée furent pour la paroisse de "Moutiers-les-Mauxfaits", ainsi disait-on en 1789, de bien sombres années. Non seulement le bourg eut à souffrir de l'attaque des "brigands" à plusieurs reprises, mais toute la région avoisinante fut dévastée, ravagée, ruinée.
Les habitants, acquis dès le début aux idées nouvelles de la Révolution se montrèrent toujours fermement républicains et ne participèrent point directement à l'insurrection. Ceci eut sans doute pour effet de les désigner aux coups de ceux qui n'acceptaient pas les profonds changements apportés par ces idées nouvelles. Une autre raison peut être invoquée qui désignait la paroisse aux coups des "brigands" : Moutiers-les-Mauxfaits constituait une position stratégique importante. Aux mains des républicains ce poste permettait de conserver les communications entre Luçon et Les Sables, il permettait aussi de se porter rapidement vers le grenier de Moricq dans le cas où ce dernier aurait été menacé. Les généraux républicains commandant en Vendée essayèrent toujours d'y entretenir une garde importante.
Malgré les menaces, les ruines, les dévastations qui furent le lot de ces années, les administrateurs communaux firent front avec courage, ténacité, se dévouant au maximum pour la bonne exécution des lois ; leur tâche ne fut pas toujours aisée. Certains d'entre eux occupèrent des postes importants soit dans l'administration départementale, soit dans celle du district des Sables-d'Olonne tels Bouhier, Chevallereau, Denogent, Robin. ...
Les habitants avaient en grande majorité accepté les principes de la révolution. A l'inverse la commune de Champ-Saint-Père qui s'étant montrée hostile aux idées nouvelles avait été signalée au directoire des Sables "comme administrée par les ennemis de la constitution". Les Moutiers demeurèrent pendant toutes les guères fidèles à l'idée républicaine. Ils se solidarisèrent dans leur foi patriotique avec La Chaume, La Tranche, Les Sables, seuls centres républicains qui eurent à se soustraire constamment aux invasions des rebelles.
Cette attitude valut à la commune de voir son nom changé en celui de Moutiers-les-Fidèles, vraisemblablement après le 24 février 1794. D'ailleurs les noms de bien des communes "rappelant les idées du fanatisme et de féodalité" furent changés à partir du 26 pluviose an 2 (14 février 1794) ; Furent reconnus par le district des Sables le 14 prairial an 2 (5 juin 1794) les noms des communes du canton : Moutiers-les-Fidèles pour Moutiers-les-Mauxfaits ; Champ-Perdu pour Champ-Saint-Père ; Les Palières pour Saint-Avaugourd ; Haute-Plaine pour Saint-Cyr ; Le Bois pour Saint-Sornin et Graon pour Saint-Vincent-sur-Graon. Cette foi sincère dans la république, la haine du passé, nous les retrouvons dans le compte rendu d'une séance de l'administration municipale du canton en date du 17 pluviôse an 5 (5 février 1797). "Aujourd'hui 17 pluviôse an 5 de la République française, à 10 heures du matin, séance où assistait les membres, le président a déclaré la séance ouverte. L'assemblée en vertu de son arrêté du 10 pluviôse qui renvoie à ce jour la célébration de l'anniversaire de la juste punition du dernier roi des français et de la prestation de serment de haine à la royauté et à l'anarchie et de fidélité à la République française et à la constitution de l'an 3, elle y a procédé de la manière suivante. Le président a déclaré la séance complette en conséquence il a demandé qu'on passe à la prestation du serment prescrit par la loi du 21 nivôse et a prêté serment en ces termes : je jure haine à la royauté et à l'anarchie, je jure attachement et fidélité à la République et à la Constitution de l'an 3, ensuite il a invité l'assemblée à prêter le même serment. Tous les soussignés ayant preté le même serment, le citoyen Rousse a demandé d'être admis à l'assemblée pour y preter le même serment, ce qui lui a été accordé, et a signé au procès-verbal. Le président a déclaré la séance levée. Ont signé : Tourancheau juge de paix, Bouhier, commissaire, Mounier, président, Robin, Bouchereau receveur, Porchier commissaire, Sagot, Giraudeau adjoint, Bastard adjoint, Dubois agent, Tourancheau adjoint, Michaud adjoing, Richard agent, Destrem secrétaire en chef, Martinet maréchal des logis de gendarmerie, Boisseau gendarme, Rousset, Esgonnière adjoint." Cette même cérémonie se déroulera ainsi encore quelques années.
Un habitant des Moutiers, François Bain "brigand, 47 ans" fut traduit devant le tribunal révolutionnaire de Cholet le 11 janvier 1794 et fusillé à Angers au lieu dit "Le Champ des Martyrs" le 18 janvier.
A Moutiers on célèbre toutes les fêtes nationales qui sont annonçées à son de caisse. Le 7 ventôse an 6 (25 février 1798) l'administration municipale du canton arrête qu'à "datter de ce jour il sera ouvert à cette administration un registre pour recevoir les offrandes des citoyens qui voudrons seconder par une offre volontaire les efforts du gouvernement pour porter sur le sol Anglais le théâtre de la guerre". Quelle somme fut recueillie ? Le Directoire "saisit toutes les occasions de faire éclater aux yeux des peuples les grandeurs et les triomphes de la République". Les plus grosses difficultés rencontrées proviennent, comme d'ailleurs, des rentrées d'impôts qui se font mal ou pas. Il n'est pratiquement aucun compte rendu des séances de l'administration municipale du canton ces quatre années où il ne soit question d'impositions. L'établissement des rôles traîne en longueur, la nomination des répartiteurs, des percepteurs se heurtent à des refus ; ceux qui acceptent la charge s'en démettent rapidement. On a créé des charges nouvelles : l'impôt sur les portes et fenêtres, un emprunt forcé, tout cela est impopulaire.
Le 5 thermidor an 6 (23 juillet 1798) l'administration du canton "arrête qu'il sera écrit au général divisionnaire Travot aux Sables pour qu'il ait à envoyer huit militaires qui seront à la disposition de cette administration pour la rentrée des impositions directes dans ce canton". Ces militaires viendront-ils ? Le 15 brumaire an 9 le maire Robin écrit au sous-préfet : "Je vous préviens quoique jay lieu de croire que vous en êtes instruit qu'un détachement de environ 25 hommes commandé par un sous-lieutenant, sait rendue hier au soir pour la seconde fois dans l'espace de 8 jours à l'effet de presser le recouvrement des contributions de l'an 8 dans toutes les communes du ci-devant canton des Moutiers. Cette dernière quoique aussi maltraitée que les autres par les malheurs, et les calamités en tous genres de la guerre vendéennes sait acquitée san frais quelconques de toutes ses contributions, les exercices des années 5, 6, 7, sont coules. Ces contribuables ont volontairement fait un acompte sur celui de l'an 8 ...". Ces difficultés existeront encore en 1799.
Le régime du Directoire va vers la faillite, les troubles reprennent en 1799, c'est de nouveau l'insécurité. "Bonaparte par le coup d'état du 18 brumaire balayera le directoire et avec lui se terminera la Révolution en Vendée".
Jean Signol
Annuaire de la Société d'émulation de la Vendée - 1973 - AD85
