MOUTIERS-LES-MAUXFAITS (85) - L'ASSEMBLÉE BALADAISE
2 JUIN 1802 - CE QU'ÉTAIT, AUTREFOIS, "L'ASSEMBLÉE BALADAISE" DES MOUTIERS.
Invité par le Préfet de la Vendée à fournir des renseignements sur les fois des Moutiers, le maire Robin répond, le 2 juin 1802 (13 prairial an X), qu'il y en a douze par an, une chaque mois, et que ces foires, très anciennes, sont, "après celles de Fontenay et de Luçon, les meilleures du département." La réponse note qu'il y a, en outre, "une assemblée baladaise."
J'ai eu la curiosité de faire une petite enquête au sujet de cette "assemblée baladaise" et voici ce que j'ai fini par dénicher dans un coin du gerbier, où s'entassent les glanes de toutes sortes recueillies au jour le jour, depuis près de cinquante ans, au fur et à mesure de mes excursions de vieux chercheur traditionniste.
L'assemblée baladaise des Moutiers qui, on le voit, était encore populaire en 1802, se tenait une fois par an le 24 juin, jour de la fête de Saint-Jean-Baptiste, sur le plateau de Saint-Jean, aujourd'hui dépendant de Saint-Vincent-sur-Graon. Cette fête locale était très ancienne. Variante gauloise de l'antique fête du feu en l'honneur du Soleil, elle n'avait eu, tout d'abord et pendant longtemps, qu'un caractère exclusivement païen. Mais, peu à peu, sous l'influence de l'Église - qui s'est toujours appliquée à transformer au lieu de détruire - elle était devenue une sorte de dévotion populaire à l'occasion des Feux de la Saint-Jean.
Pour arriver à cette transformation, les premiers pasteurs des Moutiers avaient édifié, sur le plateau où se tenait l'assemblée, une chapelle dédiée à Saint Jean-Baptiste : de là le nom de plateau de Saint-Jean. Chaque année, le soir du 24 juin, fête du saint, on venait en pèlerinage à ce sanctuaire de plusieurs lieues à la ronde. Chaque pèlerin apportait son petit fagot de bois ; et, comme il y en avait des milliers, cela permettait d'élever une "mouche" gigantesque à laquelle le plus vieux de l'assistance mettait solennellement le feu dès que les derniers rayons du soleil avaient disparu. Puis c'était alors, autour du brasier et paroisse par paroisse, une succession de joyeuses rondes qui se prolongeaient jusqu'à l'extinction des dernières flammèches de la "mouche", tandis qu'une bande de solides gâs, armés de marteaux, frappaient à tour de bras sur des chaudrons et des casseroles.
Détail curieux : tous les fiancés du pays qui devaient se marier dans l'année se donnaient rendez-vous à la fête ; chaque promis offrait une pomme de pin à sa promise et celle-ci, en retour, attachait une feuille de houx à l'épaule de son promis. Ce n'était qu'après cette formalité qu'on allumait le feu de joie.
Henri Bourgeois
Bulletin paroissial de Moutiers-les-Mauxfaits - 1930 - AD85

