URBAIN-RENÉ PILASTRE DE LA BRARDIÈRE, DÉPUTÉ DU MAINE-ET-LOIRE, MAIRE D'ANGERS + NOTES AUTOGRAPHES
URBAIN-RENÉ PILASTRE DE LA BRARDIERE, né à Soudon (Cheffes), le 10 octobre 1751, d'Urbain P. et de Renée-Urbaine Samson des Jariais, fit ses humanités au collège d'Anjou, où il se lia d'amitié avec Leclerc et La Réveillière.
Il séjourne à Paris en 1780, puis voyage en Suisse et en Italie avant de revenir se fixer en Anjou. Il adhère à la Société des Botanophiles et prête son nom pour l'acquisition du jardin botanique et s'engage dans les luttes politiques du temps.
Député suppléant du tiers-état en 1789, puis député, par la démission de l'abbé Robin (*) le 10 octobre, maire d'Angers du 26 novembre 1791 au 11 septembre 1792, il s'oppose énergiquement en septembre 1792 au septembriseur Rotondo, venu de Paris pour perpétrer le massacre des 300 prêtres détenus dans l'ancien séminaire ; il vote courageusement à la Convention contre la mort du Roi, et donne sa démission le 12 août 1793. Proscrit par ses anciens collègues, il dut se cacher jusqu'à la fin de la Terreur.
Élu le 23 vendémiaire an IV au Corps Législatif, et par suite au Conseil des Anciens, il se retire en 1802 dans son domaine de Soudon, fut à nouveau député de 1820 à 1823, puis revint se consacrer définitivement à la gestion de son domaine, où il mourut le 24 avril 1830, inhumé dans le cimetière protestant privé des siens. Il avait épousé, en 1794, Adélaïde Léger, nièce du dessinateur Monnet. Son fils, Urbain (1796-1870) fut conseiller général de 1833 à 1848.
Dictionnaire Historique de Maine-et-Loire - AD49
(*) Une petite rectification : C'est l'abbé François Rabin (et non Robin) qui fut remplacé à son siège de député par Pilastre de La Brardière. Il était curé de Notre-Dame de Cholet. Ayant refusé de prêter le serment constitutionnel, il fut arrêté en janvier 1793, puis conduit à Nantes. Il parvint à s'évader de la prison du Bouffay, revint à Cholet où l'insurrection vendéenne lui rendit sa cure. Entraîné dans la Virée de Galerne, il mourut d'épuisement à l'époque du siège d'Angers (4 décembre 1793). [merci à M. Nicolas Delahaye pour cette rectification importante.]
L'EXÉCUTION DE LOUIS XVI
LES ROYALISTES ET LE CONVENTIONNEL PILASTRE
Voici une anecdote, un peu étrange, que le conventionnel Pilastre a écrite, à une date que nous ignorons, sur quelques feuillets détachés, qui ont été trouvés dans un volume de sa bibliothèque. Un de ses descendants, M. Jean Pilastre, qui demeure à Mouchamps (Vendée), a bien voulu nous donner une copie de ces notes autographes et en autoriser la publication. Nous l'en remercions vivement. Nous reproduisons textuellement cette copie.
"En l'an IV, après la pacification de la Vendée, je reçus la visite d'un ancien camarade de collège, avec lequel j'avais été intimement lié, et qui me dit qu'ayant trouvé mon nom et mon adresse sur la liste du Corps législatif, il n'avait pas voulu quitter Paris sans avoir le plaisir de me voir.
Après les premiers bonjours nous n'eûmes rien de plus pressé que de nous demander réciproquement ce que nous étions devenus depuis notre séparation et comment nous avions passé le temps de la Révolution. Je lui contai le plus succinctement qu'il me fut possible ce qui m'était arrivé, et mon ancien ami, à son tour, me dit qu'ayant obtenu une sous-lieutenance dans un régiment, il avait végété jusqu'à la Révolution ; que, lors de l'émigration, il avait cru devoir suivre à Coblentz les officiers de son régiment, qu'après son séjour court dans cette ville, il avait facilement reconnu que c'était la cour du roi Pétaud, et que, de suite, il s'était décidé de passer aux États-Unis de l'Amérique. "En conséquence, je me rendis à Londres, où je rencontrai un officier de mon régiment, qui me proposa de me présenter au Comité français, où je pourrais être employé aussi utilement pour moi que pour mon pays. Je ne balançai pas à accepter la proposition, et, le lendemain, je fus agréé et j'entrai en fonction."
Ici, je lui demandai quelles étaient les personnes qui composaient ce Comité et quelles étaient ses occupations. A quoi il me répondit qu'il était composé de quelques émigrés, tant du clergé que de la noblesse, que très fréquemment M. Pitt ou quelque autre ministre venait assister à la réunion, et qu'on s'y occupait, de concert avec celui de Coblentz, des affaires des différentes puissances de l'Europe dont l'objet principal était d'arrêter ou de contrarier la Révolution française, et que fréquemment on y préparait la question qui devait être discutée à la Convention nationale.
"Je vais vous citer un exemple qui m'est plus particulièrement connu. C'est le procès de Louis XVI, dont la mort était résolue plus de six semaines auparavant qu'on eût songé en France à mettre le prince en jugement. - Mais, lui répartis-je, quels motifs pouvait-il exister de traiter ainsi un homme qui avait trahi tant de serments et s'était exposé à tant de périls pour servir le parti des mécontents de la Révolution ? - Vous avez raison, me répondit-il, mais on croyait, à tort ou à raison, que Louis XVI avait trop perdu dans l'opinion pour pouvoir jamais remonter sur un trône qu'on voulait relever à tout prix ; car on craignait, par-dessus toute chose, qu'il ne s'établit dans ce pays un gouvernement régulier, qui lui donnerait une trop forte prépondérance dans le système politique de l'Europe, que pour cela il était nécessaire de faire disparaître cet obstacle des marches du trône, afin que quelque autre pût songer à s'y placer. D'ailleurs, ce procès devait être un nouveau sujet de discorde entre les partis qui divisaient la France et faire perdre beaucoup de temps en de vaines discussions, et je puis vous assurer que, s'il n'eût pas été condamné à mort, comme on l'a craint quelque temps, on l'eût fait assassiner dans la salle même des séances, si cela eût été possible."
" - Je conçois actuellement, lui dis-je, la raison qu'on avait de se défaire du roi ; mais pourquoi a-t-on sacrifié la reine ?
- Cette condamnation, me répondit-il, devait irriter l'Autriche, qui désirait la sauver, et empêcher ou retarder du moins tout accommodement entre ces deux puissances. Je puis vous parler de ces faits en connaissance de cause, car j'ai eu deux missions à ce sujet et ai fait deux voyages de Londres à Paris pour suivre de plus près l'exécution du plan arrêté. Je ne courais aucun danger, je débarquais près de Boulogne et j'étais conduit de municipalité en municipalité jusqu'à celle de Paris, où je trouvais un asile sûr et protection ; et dans toutes ces affaires j'étais beaucoup moins exposé que vous qui étiez du parti vaincu."
Ne vous semble-t-il pas que le camarade de collège du constitutionnel Pilastre était un peu hâbleur ?
A.A.
La Révolution française : revue historique
Tome 71 - janvier-décembre 1918

