SAINTE-RADEGONDE-LA-VINEUSE (85) - MATHIEU-JOSEPH-SÉVERIN PERVINQUIÈRE
LE BARON PERVINQUIERE
1760-1828
Né à Fontenay-le-Comte (paroisse Notre-Dame), le 11 février 1760, Séverin Pervinquière était fils d'André-Antoine-Léon Pervinquière, avocat, et de Françoise Cochon de Lapparent. [Il manque plusieurs feuillets dans le registre paroissial de l'année 1760 ; les premiers actes sont du mois de mai.]
Il commença ses études dans sa ville natale, chez les Oratoriens, et les continua à Poitiers, jusqu'au moment où son père l'envoya à Paris, pour y apprendre le droit. Mais le jeune Pervinquière s'occupait, paraît-il, plus volontiers de littérature ; car la correspondance de sa famille atteste que bien des observations lui étaient faites à ce sujet, pour le ramener vers la carrière à laquelle on le destinait. Séverin Pervinquière trouva le moyen de tout concilier ; et, sans négliger le droit, il suivit néanmoins les théâtres, fréquenta les gens de lettres, apprit l'anglais et l'italien, de manière à parler aisément ces deux langues, et goûter, en un mot, tous les plaisirs de l'esprit, dont il pouvait trouver la satisfaction dans la capitale.
Reçu avocat au Parlement de Paris, au mois de juillet 1781, il fut rappelé à Fontenay au mois de novembre de la même année ; et, nommé sénéchal des seigneuries de Coulonges et du Payré, il épousa bientôt Marie-Angélique-Louise Belliard, soeur du général de ce nom (née à Fontenay-le-Comte, paroisse Notre-Dame, le 26 juin 1764).
En avril 1789, il fut nommé député aux États généraux par la sénéchaussée de Poitiers, et, le 9 septembre 1791, membre du Directoire avec une majorité absolue de deux cents suffrages, et commissaire procureur-général-syndic du département de la Vendée.
Choisi, le 19 octobre 1792, comme administrateur de ce département, et membre du Comité militaire et des subsistances, il fut constamment chargé de missions diverses, depuis le commencement du mois de mars 1793 jusqu'au 21 septembre de la même année, temps pendant lequel le Conseil général du département ne cessa de siéger. Voici, du reste, quelques-unes des missions qu'il eût à remplir, et dont il sut s'acquitter de manière à mériter les éloges les plus flatteurs.
Dès le 19 mars 1792, il s'était déjà rendu près des commissaires de la Convention et du général Marie, pour demander l'établissement d'un quartier général dans les trois villes de Fontenay, Parthenay et Saumur, en conservant néanmoins un poste retranché à Saint-Herman et dans les autres endroits qui en seraient jugés susceptibles.
L'année suivante, le 14 mars 1793, Pervinquière reçut mission de se rendre immédiatement au quartier général, à Saint-Herman, pour s'y concerter avec le général Marie et les commissaires Rouillé et Martineau, sur les dispositions militaires à prendre pour garantir la ville des Sables et autres parties du département.
Au mois de mai de la même année, il fut envoyé, avec Mercier du Rocher, en qualité de commissaire, à la barre de la Convention. Les deux délégués exposèrent la situation de la Vendée, mais c'est à peine si on daigna les écouter. Toutefois, ils obtinrent que Berruyer se rendrait à Fontenay avec quinze canons et quinze mille hommes ; et une indemnité de trois cent mille francs fut allouée au département pour aider à faire face aux frais de la guerre.
Le 8 fructidor an II (26 août 1793), chargé par le Conseil général d'aller à la Rochelle et à Rochefort porter des réclamations aux représentants du peuple Laignelot et Lequinio, à l'occasion des réquisitions de blé qu'ils avaient ordonnées, Pervinquière ne put point, il est vrai, faire changer entièrement la résolution prise par les représentants ; mais il obtint, du moins, que les vingt mille quintaux de froment fournis par la Vendée à la marine de Rochefort lui seraient rendus en nature par les départements du Loir-et-Cher et de l'Indre-et-Loire. Si l'on prend soin de remarquer de combien de réquisitions incessantes la malheureuse Vendée était écrasée pour l'approvisionnement de Bordeaux, la Rochelle, Rochefort et l'armée de l'Ouest, on ne sera pas étonné que l'heureux résultat de la mission de Pervinquière lui ait valu, à son retour, les félicitations unanimes de ses collègues.
Après la prise de Fontenay - le 25 mai 1793 - par l'armée catholique et royale, il fut fait prisonnier, et il allait tomber sous la balle d'un Vendéen, lorsque sa femme, détournant l'arme dirigée contre lui, et montrant au soldat paysan ses enfants en larmes, s'écria dans un accent de désespoir : "Malheureux, tu n'as donc pas de mère ?" Cette parole sauva Pervinquière. Le soldat, attendri, abaissa le canon de sa carabine, et, peu après, le prisonnier était lui-même rendu à la liberté par les généraux de Lescure et de La Rochejaquelein.
Nous ne pouvons nous retenir de citer en passant un autre acte de dévouement. Au même moment où Pervinquière était fait prisonnier, les vainqueurs envahissaient son domicile et le fouillaient en tous sens pour y découvrir les papiers compromettants qui pouvaient s'y trouver. La vieille servante, fille courageuse et fidèle, ne se laissa pas intimider par les menaces de mort proférées contre elle, et eut la force de répondre à ceux qui la sommaient de livrer les papiers de la maison : "Tuez-moi, si vous le voulez mais je ne trahirai pas mes maîtres".
Sauvé une première fois de la mort par la présence d'esprit de son épouse, Séverin Pervinquière lui dut encore d'échapper à la guillotine. Incarcéré pendant la Terreur, pour cause de modérantisme dans ses opinions, il était sur le point d'être condamné, lorsqu'il fut atteint d'une maladie des plus graves.
Au moment de cette arrestation, M. Augustin Belliard, beau-père de Pervinquière, ayant demandé les motifs de l'arrestation de son gendre, reçut du Comité de surveillance de Fontenay la réponse suivante :
"Le Comité révolutionnaire déclare que ledit Séverin Pervinquière a été reclus, le 30 germinal, sur l'ordre verbal des représentants du peuple Hentz et Francastel, donné au moment de leur départ, en présence des citoyens Martineau, administrateur du département, Coyaud le Jeune, Durand et autres. Le mandat d'arrêt délivré par le Comité porte que ledit Pervinquière est soupçonné d'incivisme. Le tableau envoyé au Comité de salut public porte qu' "il est très modéré dans ses opinions, attaché à la Constitution de 1789, et ne parlant que de suivre les lois".
Délivré au Comité de surveillance, à Fontenay-le-Peuple, le 27 thermidor an II de la République.
Signé : GAULY, président."
Les motifs de cette arrestation étaient, on le voit, assez étranges. Soupçonné d'incivisme pour le fait d'être attaché à la Constitution et de respecter les lois ! En réalité, on s'était rappelé qu'après le 10 août, Pervinquière avait vu dans l'acte de l'Assemblée législative prononçant la suspension du roi, une violation véritable de la loi ; et on n'avait pu lui pardonner de l'avoir hautement déclaré.
Quoi qu'il en soit, Marie-Louise-Angélique Pervinquière ne voulait point laisser condamner son mari sans tenter de le sauver elle-même. A force de démarches, elle obtint d'abord qu'il subirait chez lui une opération douloureuse devenue nécessaire ; mais la difficulté était d'empêcher qu'il fût réintégré en prison. Que fait-elle ? Aussitôt l'opération terminée, elle court sans hésiter chez le représentant Lequinio, et lui demande l'élargissement de Pervinquière. Et comme Lequinio refusait de lui accorder cette faveur : - "Je te signifie, citoyen, lui dit-elle hautement, que cela se pourra ; car, plutôt que de savoir mes enfants les fils d'un guillotiné, j'arracherai l'appareil apposé sur la plaie, et dans quelques instants il n'auront plus de père !"
Surpris d'une réponse qu'il était si loin d'attendre, le représentant regarde un moment cette femme énergique, et, brusquement, en ces termes que nous tenons à reproduire, malgré leur trivialité grossière : - "Eh bien ! petite "bougresse", puisque tu tiens tant à ton mari, gardes-le donc !" C'est ainsi que Pervinquière échappa une seconde fois à la mort.
Nommé officier municipal de Fontenay-le-Peuple le 22 frimaire an III (13 décembre 1794), Pervinquière fut rappelé à l'Administration centrale du département de la Vendée, et choisi comme président le 7 brumaire an IV (30 octobre 1795). Il resta dans ces fonctions jusqu'à l'établissement des préfectures.
Le premier consul lui offrit, le 19 germinal an VIII (10 août 1799), la mairie de la ville de Fontenay ; mais il refusa cette position, expliquant en ces termes les motifs de sa non-acceptation : "... attaché à la forme actuelle du gouvernement et dévoué aux personnes qui le composent, je regrette de ne pouvoir répondre au témoignage imprévu de leur confiance ; mais les embarras de mes affaires, arriérées pendant onze années d'occupations publiques, l'exercice d'une profession laborieuse que je suis forcé de reprendre, et les devoirs que je dois à ma nombreuse famille, ne me permettent pas d'accepter des fonctions qui exigent beaucoup d'assiduité et un sacrifice considérable de temps."
Plus tard - le 17 avril 1806 - nommé juge criminel à Fontenay, il aurait désiré être définitivement maintenu à ce poste, lorsque, le 19 mai 1811, il fut appelé à celui de président de chambre à la cour de Poitiers. Il se défendit longtemps avant de se résoudre à accepter cette position, dans la crainte que son éloignement de la Vendée ne nuisit aux intérêts agricoles considérables du général Belliard, son beau-frère. La plus étroite amitié les unissait, et il fallut toute l'autorité et toutes les instances de celui-ci pour le décider à revenir sur son premier refus. Séverin Pervinquière, en effet, gérait ses biens, dirigeait ses haras, ses parcs de moutons mérinos, et travaillait, en un mot, dans toute la mesure du possible, à favoriser et à seconder les essais et les études agricoles de son beau-frère. Comme il l'avait prévu, sa nomination à la cour de Poitiers ne manqua pas de porter atteinte au succès de leurs louables entreprises.
Avant d'être appelé au fauteuil de président de chambre, il avait été, durant de longues années, administrateur des hospices de la ville de Fontenay, et directeur de la Société des Marais et Moricq.
Élu membre du Corps législatif le 4 mai 1811, il fit aussi partie de la Chambre des députés de 1814 et de la Chambre des représentants de 1815.
Il avait reçu, au mois d'août 1811, le titre de baron de l'Empire, et, le 13 décembre 1814, la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Des lettres patentes de 1811 lui accordèrent également les armoiries ci-après, que porte encore la famille Pervinquière :
D'argent à la plante de pervenche au naturel, surmontée au senestre d'une balance d'azur, au franc quartier des barons membres des collègues électoraux, de gueules à la branche de laurier d'argent.
Mathieu-Joseph-Séverin Pervinquière est mort dans sa propriété de la Baudonnière, à Sainte-Radegonde-la-Vineuse (Marsais-Sainte-Radegonde - Vendée), le 24 janvier 1828, laissant huit enfants de son mariage avec demoiselle Marie-Angélique-Louise Belliard.
Ajoutons quelques mots pour peindre le caractère de cet homme, dont le nom a été souvent mêlé aux évènements qui agitèrent si profondément la Vendée.
Partisan sincère d'une liberté sage et réglée, attaché à la Monarchie constitutionnelle, nous le voyons protester énergiquement contre la suspension du roi prononcée le 10 août 1792 par l'Assemblée législative. Il était alors procureur-général-syndic et membre de l'Administration de la Vendée. Lorsque, le 12 août, arriva la notification de cet acte politique, les membres du Conseil départemental étaient tous d'avis de donner au décret de suspension le titre de Loi. Seul Pervinquière soutint que, aux termes de la Constitution, "le gouvernement de la France était monarchique, et qu'il n'y avait de lois que celles promulguées par le corps législatif et sanctionnées par le roi ; que la Constitution avait déterminé les cas de déchéance du roi, mais qu'aucun article n'avait prévu la suspension ..." La dénomination de loi ayant été adoptée malgré tous ses efforts, il envoya le lendemain sa démission de sa double qualité de commissaire procureur-général-syndic et d'administrateur ; et s'il consentit vingt-quatre heures après à la retirer, ce ne fut que sur l'ordre et l'injonction formels du Conseil général. Tous ces détails sont expressément contenus dans la lettre que l'administrateur de la Vendée écrivit, le 19 octobre 1792, au ministre de l'intérieur, pour lui donner les éclaircissements qu'il avait réclamés sur tout cet incident.
Ennemi juré de la tyrannie, sous quelque forme qu'elle se présentât, Séverin Pervinquière refusa de s'associer à des mesures rigoureuses et illégales contre les prêtres non-assermentés. Et lorsque le général Hoche, chargé par le Directoire exécutif de pacifier la Vendée, décréta la ville de Fontenay en état de siège, Pervinquière, qui n'avait pas partagé l'opinion de ses collègues à ce sujet, rédigea lui-même une note particulière où il consignait les motifs qui le séparaient d'eux. En agissant ainsi, le Directoire a voulu, suivant lui, "subordonner totalement l'autorité civile à l'autorité militaire dans la Vendée". Et il ajoutait en propres termes : "Le fondement de ce dessein du Directoire exécutif est dans la défiance qu'il a conçue contre les administrateurs de la Vendée, et plus particulièrement sans doute contre l'Administration départementale, et dans la confiance illimitée qu'il a accordée au général Hoche ...
Je déclare que ce général est un des hommes les moins propres à pacifier la Vendée, parce que son caractère violent et despotique ne lui suggère que des mesures monstrueuses ..."
Et il terminait par ces mots son opinion motivée sur l'autorité et la personne de celui qu'on se plaît à représenter comme le pacificateur de notre contrée : "Du moment où j'aurai la certitude que le Directoire exécutif persiste à conférer au général Hoche des pouvoirs hors de la Constitution et de la loi, je donnerai ma démission."
Voilà l'homme, même dans les moments les plus difficiles et les plus périlleux de sa vie politique. Il sut toujours les traverser avec calme et sérénité ; et toujours sa conscience droite et intègre lui montra le vrai chemin. Caractère franc et loyal, plein de conviction et de générosité, nature délicate, esprit devenu très sérieux malgré les premiers élans de gaîté de sa jeunesse, enfin se possédant au point de ne s'irriter jamais, Pervinquière porta toujours le cachet de cette distinction pleine de réserve de la vieille magistrature. Et, pour compléter son portrait par quelques lignes d'un de ses administrateurs, volontiers nous dirons avec M. de Montaubry :
"Il vit autour de lui tous les genres d'excès, et fut assez maître de lui pour ne tomber dans aucun. Ainsi, il put réclamer sa part dans le bien qui s'opéra sous ses yeux, sans qu'on ait eu à lui imputer sa participation à des torts irréparables !"
RENÉ VALLETTE
Archives de la famille Pervinquière.
Biographies vendéennes, de M. C. Merland.
Dictionnaire des familles du Poitou, de Beauchet-Filleau.
Extrait : Revue de la Société littéraire, artistique et archéologique de la Vendée
3ème année - 1ère livraison (Avril-mai-juin) - 1884
Généalogie famille Pervinquière, suivre ce lien : http://famillesdevendee.fr/pervinquiere.html


