1791 - LE CLERGÉ A BREUIL-BARRET (85)
Le Breuil-Barret - naguère siège d'une baronnie - faisait partie, dans la nouvelle circonscription, du canton de Loge-Fougereuse. C'était un gros bourg, dont le territoire, assez étendu, longeait le département des Deux-Sèvres et dont la population, pour l'époque, relativement considérable, "approchait de mille âmes".
Il y avait deux prêtres pour desservir la paroisse.
Le curé, Pierre-Louis Routureau - sur lequel nous avons fort peu de renseignements antérieurs - devait occuper ce poste depuis quelques années déjà, si l'on en juge par les améliorations qu'il avait apportées à sa paroisse.
Le vicaire s'appelait Jacques Fort.
Tous deux entourés de l'estime générale vaquaient "avec assiduité" à leur absorbant ministère. "Leur conduite était digne d'exemple, leurs représentations édifiantes". Le curé, charitable et généreux, allait "jusqu'à partager son nécessaire avec les pauvres et les plus indigents". Pour être agréable à ses paroissiens et pour "l'utilité du public" il avait installé "à ses frais" une horloge dans le clocher de son église.
Quand ils furent mis en demeure de donner leur adhésion à la Constitution civile, les deux prêtres, pour montrer leur esprit de conciliation et céder aux instances de leurs fidèles, acceptèrent de prêter le serment à la Constitution du Royaume, mais avec les réserves "spirituelles" que leur imposait leur conscience.
Les habitants espéraient que les autorités fermeraient les yeux sur ces "légères restrictions" ; ils s'abusaient ; le serment fut rejeté.
Les habitants murmurèrent, révoltés, par cette intransigeance ; la municipalité elle-même se déclare "pénétrée de douleur, de ce qu'ils se fussent mis dans le cas d'être remplacés".
Bientôt eut lieu "la vente des domaines de la cure" ; ce fut le point de départ des troubles. Le rapport du maire nous parle de "la disgrâce qu'ont éprouvée les adjudicataires" et du "procès criminel qui fut jugé contre neuf habitants", mais nous n'avons aucun détail sur cette affaire.
Puis vinrent les élections des curés constitutionnels, (mai 1791) ; les électeurs du district choisirent, comme curé du Breuil-Barret, un nommé Guillemotteau duquel nous ne savons rien autre chose, sinon qu'il "s'était mis dans le cas d'être élu".
Il accepta le poste, bien à tort. Le premier accueil qu'il reçut de ses paroissiens, lui parvint sous la forme d'une lettre collective - comme en reçurent plus d'un de ses confrères en intrusion - où ils lui faisaient savoir qu'ils le reniaient pour leur pasteur et refusaient de recourir à son ministère schismatique.
Guillemotteau n'était point d'humeur à laisser passer l'injure. Il transmit la lettre au ministère public qui se chargea de donner suite à cette affaire . "Le curé et le vicaire furent entendus dans l'information", comme témoins, peut-être comme prévenus. Les poursuites furent "abolies" par l'amnistie du 15 septembre.
A la faveur de l'intimidation causée par l'action de la justice, M. Guillemotteau crut devoir venir prendre possession de son poste. C'était le dimanche 26 juin, jour de la première procession de la Fête-Dieu. A son entrée dans l'église, plusieurs femmes qui s'y trouvaient se hâtèrent de sortir. A part cela, presque personne. Le curé et le maire firent bonne contenance : l'un dit la messe, l'autre "faute de sacristain, fut obligé de la servir".
Tous deux virent, dans cet isolement, un acte "du plus souverain mépris".
Depuis lors, le curé-citoyen mène la vie de la plupart des intrus dans les paroisses vendéennes. Ses partisans affirment que l'on "pille son jardin", que l'on "menace d'enfoncer son portail", qu'on profère contre lui des "imprécations exécrables". Les autres assurent qu'ils l'ont laissé bien tranquille et que "ses fonctions ne lui ont pas été pénibles". Qui croire ? ...
Le fait est que l'isolement lui pèse et suffit à l'irriter.
"Presque personne ne veut se rendre à la messe" ; on y voit parfois trois ou quatre hommes - lesquels, d'ailleurs, accepteraient tout aussi bien le curé Routureau - mais "personne de leur maison ne les imite" ; tous les autres "affectent de n'y point aller". Par contre, MM. Routureau et Fort, vont "tous les dimanches et fêtes, escortés d'un nombre considérable d'hommes et de femmes, tantôt dans une paroisse, tantôt dans une autre", traitant de "patriotes" ceux qui n'osent pas les suivre. Et le maire d'ajouter : "Il n'en fallait pas davantage pour mutiner le peuple et lui faire naître l'esprit de révolte".
C'était le langage officiel, on ne se fait pas faute d'y recourir en toute circonstance.
Il est aisé de s'expliquer, dès lors, que le vicaire Fort ait été, vers ce temps-là, poursuivi devant le tribunal du district, pour "cause de troubles publics". Il ne fallut rien moins que l'amnistie du 15 septembre pour mettre fin à cette affaire.
On croit savoir, d'ailleurs, d'où venaient les plaintes.
Le 21 juillet 1791, était adressée à l'Assemblée nationale - en même temps qu'une lettre où les administrateurs Guichet et Meignen se plaignaient des lenteurs d'une justice "insouciante à ces actes de délire" - une "réclamation de plusieurs curés et citoyens patriotes du district de La Châtaigneraie.
Elle est des plus suggestive ; Chassin la donne tout entière. Nous croyons devoir en reproduire les principaux passages.
"Messieurs,
Les prêtres non-conformistes, au remplacement desquels on a pourvu en exécution de la loi, ne cessent de bouleverser le peuple par des assertions mensongères, des libelles furtifs, des bulles sans autorité, qui nous frappent d'excommunication, d'anathème et de damnation. Ils les publient de famille en famille, ils découragent les plus fermes et alimentent les aristocrates.
Ils se coalisent, ils se rassemblent dans certaines maisons de nos paroisses ; ils y forment des factions, des attroupements, des hordes de prétendus dévôts et dévotes ...
Les voies de la persécution ne sont point dans notre caractère ; vous avez décrété la liberté des cultes : c'est en faveur de cette liberté que nous parlons. On veut la faire dégénérer, cette aimable liberté, en licence effrénée ... Tels sont les complots des ennemis de la Constitution ... Ils donnent de fausses interprétations aux décrets ; ils établissent des oratoires dans des lieux secrets, dans des lieux qui ne peuvent être surveillés, ils prétextent la persécution ; ce sont des gens trop justement suspects ...
Si votre sagesse n'y remédie pas par un décret formel qui leur interdise toute espèce de ralliement ... qui les écarte de nos hamaux autrefois si paisibles ... nos bons villageois seront toujours en proie à la tyrannie du fanatisme.
Ces factieux abusent des moyens les plus sacrés que la religion laisse en leur pouvoir. La confession est la voie dangereuse par laquelle ils propagent leur doctrine empoisonnée. L'absolution devient le prix d'un serment sacrilège. Ils font jurer de ne pas assister à notre messe, de ne pas révéler ce perfide conseil même à la réquisition des juges.
Nos temples sont déserts ... les solennités religieuses profanées. On va même jusqu'à abuser la timide et crédule jeunesse en l'écartant de nos églises ... Voilà votre ouvrage, prêtres réfractaires, tout ce désordre naît de votre fanatique intolérance. Serait-ce les persécuter, Messieurs, en s'opposant à leur propre persécution ? en sollicitant leur éloignement ? Serait-ce leur nuire en les mettant dans le cas de ne nuire à personne ? N'ont-ils pas préféré cette honte à la gloire d'être bons et utiles citoyens ?
Éloignez donc, Messieurs, éloignez ces branches parasites ; frappez de la sévérité de vos lois ces êtres monstrueux ...
S'il s'agissait d'une insulte personnelle, nous nous garderions bien de solliciter si vivement notre vengeance ... Mais quand il s'agit de la gloire de Dieu, du respect des lois et du salut de tous, les expressions sont trop faibles, les termes trop modérés et la punition trop lente."
Ce chef-d'oeuvre de virulence et d'hypocrisie, d'ignorance ou de mauvaise foi, était signée des trois curés constitutionnels du Breuil-Barret, de La Chapelle-aux-Lys et d'Antigny, MM. Guillemotteau, Gouyneaud et Girard, auxquels étaient venus s'adjoindre quinze personnalités civiles ou militaires. On voit comment Guillemotteau "résistait à l'orage" et quel effet produisaient sur lui "les exhortations de ses amis qui le priaient de prendre patience".
"Les voies de persécution" - quand elle s'adressait à lui - "n'étant point dans son caractère", il aspirait au repos. Il se mit en quête d'un poste plus paisible et plus en rapport avec ses goûts ; et, sans avoir besoin d'aller chercher bien loin, il le trouva à trois lieues du Breuil-Barret, au-delà de l'Absie, dans la commune éminemment patriote de Vernoux-en-Gâtine.
Dès qu'il fut "sûr d'y être bien reçu", il en informa la municipalité du Breuil, consentit, en reconnaissance de son loyal concours, à assurer le service pour le dimanche suivant, le 25 septembre, puis il s'éloigna pour ne plus revenir.
C'est alors qu'il nous faut faire intervenir directement les documents que nous avons recueillis. Avant de les donner - dans l'ordre chronologique - nous nous contenterons d'une analyse rapide de chaque pièce, afin qu'il soit plus aisé d'en retenir une impression d'ensemble.
I - 27 SEPTEMBRE 1791
Au sujet de la démission imprévue de M. Guillemotteau, la municipalité "dont les lumières ne répondent pas aux vues", se trouve "très embarrassée". Après avoir déclaré les prêtres réfractaires et la majorité des habitants responsables de cet état de choses, elle prend un arrêté fermant l'église et déposant, chez le maire, la clef de ladite église et les vases sacrés, jusqu'à la nomination, par M. l'Évêque, d'un curé constitutionnel.
II et III - 29 SEPTEMBRE
C'est sur cet arrêté que le district délibère : il approuve évidemment la municipalité du Breuil et propose d'écrire à l'évêque du département pour obtenir un desservant.
Le Procureur-Syndic Guichet dit qu'il a déjà trouvé un desservant provisoire, en la personne de "M. Beaumont, cy-devant religieux dominicain, prêtre conformiste", qui accepte et qui est accepté.
IV - 29 SEPTEMBRE
"Les habitants du Breuil-Barret" adressent une requête au Directoire du département, le priant - puisque M. Guillemotteau a cru devoir quitter la paroisse - de vouloir bien les autoriser à recourir au ministère de leurs anciens pasteurs, dont ils ont gardé un reconnaissant souvenir.
A noter, parmi les vingt-sept signatures : celles du procureur de la commune, de deux officiers municipaux et de quatre notables.
V - 30 SEPTEMBRE
Réponse ambiguë du Département qui permet, en vertu de la loi du 13 ami, à MM. Routureau et Fort, de dire la messe seulement dans l'église paroissiale et renvoie, pour plus ample informé, la susdite requête au district et à la municipalité du Breuil..
VI - 1er OCTOBRE
Le district de La Châtaigneraie délibère sur la requête à lui communiquer ; sur l'avis du procureur syndic, il "arrête provisoirement" qu'il sera enjoint (!) à la municipalité du Breuil de s'opposer à ce qu'aucun prêtre non conformiste puisse dire la messe dans ladite église jusqu'à ce qu'il y ait un desservant constitutionnel ..." et dépêche le procureur syndic au Breuil "pour veiller, le lendemain, à l'exécution du présent arrêté".
VII - 2 OCTOBRE
Le dit procureur syndic ayant amené avec lui "M. Beaumont, prêtre conformiste" et desservant provisoire, et assisté dans l'église, à peu près déserte, "à la messe, aux vêpres et à la bénédiction", fait un rapport désolé sur l'attitude irréductiblement fanatique de la population.
VIII - 2 OCTOBRE
Rapport - curieusement incorrect - émané "de la partie saine de la municipalité" (c'est-à-dire du maire et d'un officier municipal, assistés du greffier) : elle y fait un peu à sa façon, l'historique des troubles du Breuil, incrimine les prêtres réfractaires, fulmine contre la majorité des habitants, y compris les officiers municipaux qui ont signé la requête, et réclame, en fin de compte, l'éloignement de MM. Routureau et Fort, "cause peut-être innocentes des troubles".
IX - 3 OCTOBRE
Lettre du procureur-syndic Guichet communiquant à son collègue Coyaud, le précédent rapport et "toute la prêtretaille du Breuil" ; il le charge d'obtenir, du district, un arrêté, conforme aux désirs de la municipalité et aux siens.
(Coyaud Louis-François, avocat, fils d'un sénéchal des baronnies de Loge-Fougereuse et de Breuil-Barret. Cet anticlérical était le frère de Paul-Marie Coyaud, "curé de Saint-Xandre en Aunis" qui desservit, pendant la tourmente, la paroisse de Saint-Malo-du-Bois et fut, plus tard, jeté en prison.
X - 3 OCTOBRE
Arrêté du district approuvant complètement la conduite de la municipalité du Breuil, faisant "deffense" à tous prêtres non-conformistes "de s'immiscer dans aucunes fonctions curiales" et enjoignant aux municipaux coupables d'avoir signé la requête, de "se renfermer à l'avenir dans les fonctions qui leur sont déléguées".
Que se passe-t-il à la suite de cela ? Il existe ici une lacune : la dernière pièce est du 29 novembre.
XI - 29 NOVEMBRE
C'est une délibération du district, constituant "le nommé Girard, sacristain ... gardiataire des bâtiments curiaux déserts ... jusqu'à ce qu'il y ait un nouveau curé".
On peut voir par ce document :
1° Que l'évêque du département n'a pas encore remplacé Guillemotteau.
2° Que le sieur Bâty est appelé "l'ancien Maire" sans qu'on sache pourquoi il n'exerce plus les fonctions municipales.
Cet état de chose dura-t-il longtemps ? Les habitants du Breuil eurent-ils, en fin de compte, un curé constitutionnel ? Que devint le maire Bâty ? Autant de question pour l'instant insolubles.
Il est fort probable que le sieur Girard continua à "habiter la cuisine de la cure" jusqu'au jour où ce bâtiment fut sans doute vendu comme bien national.
Quant aux "perturbateurs de l'ordre public", MM. Routureau et Fort, plusieurs arrêtés vinrent les éloigner d'une paroisse où ils étaient trop populaires et combler les voeux de la municipalité et du district.
L'illégal arrêté du 9 mars 1792 les appela au chef-lieu du département. Celui du 26 août les mit en demeure de s'exiler. Ils choisirent l'Espagne : M. Fort s'embarqua aux Sables, le 9 septembre, sur le Jean-François, capitaine Picard, avec 75 autres prêtres, parmi lesquels M. Paillou et M. Baudouin.
M. Routureau prit passage, le lendemain sur l'Heureux-Hasard, capitaine Vassivier : les passages se trouvent au nombre de 39 ; 9 étaient du district de La Châtaigneraie : le curé de Breuil-Barret ne revint pas d'exil.
Au retour des libertés religieuses, nous trouvons, comme curé au Breuil-Barret, M. Jacques-Antoine Jousselin, ancien religieux du couvent des Robinières. Il y eut pour successeur, croyons-nous, M. François Blanchard.
Mais, déjà, nous abordons le domaine de l'histoire contemporaine.
PIECE N° I
Aujourd'hui mardi, 27 septembre 1791, sur les 9 heures du matin, nous maire et off. municip. du Breuil-Barret, extraordinairement assemblés au lieu ordinaire de nos séances, pour délibérer sur le parti que nous avons à prendre sur la démission donnée par le sr Benjamin Guillemoteau, curé constitutionnel de cette Paroisse, par acte du 23 de ce mois et qui dit sa dernière messe dimanche dernier. Pour prévenir les maux que notre indifférence sur cet objet aussi important pourrait entraîner.
Considérant que la démission du sr Guillemoteau n'a été occasionnée que par les désagréments multipliés qu'il a éprouvé de la part de la majeure partie des habitants de ce bourg et de la Paroisse, aveuglés par le fanatisme et trompés par des conseils perfides ; que pendant tout le séjour dud. sieur Guillemoteau, en cette paroisse, ils ont affecté de ne point aller à la messe, de s'atrouper au contraire les jours de dimanches et fêtes, pour aller dans les Paroisses voisines où les sieurs Rautureau et Fort, anciens curé et vicaire de cette paroisse se rendoient assez fréquemment pour y dire la messe, que la présence desd. sieurs Rautureau et Fort en cette paroisse paroît être la principale cause des troubles et divisions, qui n'ont cessé de s'agitter depuis que la loi leur a ordonné de cesser leurs fonctions de curé et vicaire, qu'ils semblent même aujourd'hui se prévalloir de la Retraite de ce digne et vertueux ecclésiastique, en se donnant des mouvements pour reprendre leurs fonctions, que d'après la conduite qu'ils ont tenue, une telle Tollérance entraîneroit des inconvénients sans nombre et peut-être des maux incalculables ; qu'ils est de notre devoir d'éviter par toutes ces raisons, par notre attachement inviolable à la Loi et aux principes de la Religion Sainte, dans laquelle nous avons été élevés, nous vivons et jurons de mourir, nous avons arresté que les linges et ornement de cette église seront serrés dans les cabinets à ce destinés, et le calice déposé chez M. Basti, maire, et la porte de l'Eglise fermée et les clefs déposées entre les mains du maire pour estre par lui remises au curé constitutionnel qui sera nommé pour remplacer M. Guillemoteau, ou au desservant provisoire que MM. du District sont priés de solliciter auprès de M. Levêque (Rodrigue), attendu que cette paroisse dont la population approche de mille âmes, ne peut être sans secours spirituels et que nous sommes intimement persuadés que l'on ne soufrira pas que les sieurs Rotureau et Fort y exercent aucunes fonctions Pubriques (!), protestant même de nous y opposer de toutes nos forces jusqu'à ce qu'une autorité supérieure en ait autrement ordonné ; avons en outre arrêté qu'expédition du présent et copie de la démission du dit sr Guillemoteau sera envoyée incessamment au district, pour être par eux statués ce qu'il appartiendra.
Fait, clos et arrêté les jours, mois et an que dessus.
Signé au registre : Basty, maire ; Couturier ; Héry.
Mosnay, Sre.
PIECE N° II
Extrait du Registre des Délibérations du District de La Châtaigneraye
Séance du 29 septembre 1791, où présidoit M. David et assistoit M. Coyaud ; présent le procureur syndic.
Il a été remis sur le Bureau deux extraits du Registre de la municipalité du Breuil Barret. Le premier portant la démission de M. Guilmoteau, curé de la ditte Paroisse, du vingt trois de ce mois. Le second un arrêté de la municipalité, par lequel, vû qu'il n'y avoit point de prêtre en la ditte paroisse, elle a fait renfermer dans les armoires de la Sacristie les linges et ornements dans la crainte de vol et dépozé le calice chez le maire et fait fermer les portes de l'Eglize, jusqu'à ce qu'il y ait un curé ou desservant constitutionnel.
Le Directoire, approuvant la conduite des officiers municipaux de la ditte paroisse et considérant qu'il est intéressant de pourvoir à ce qu'elle soit desservie, ouï le procureur syndic, a arrêté qu'il seroit écrit à M. Levêque du Département pour avoir un desservant jusqu'à l'Election d'un nouveau curé et que provisoirement le procureur syndic sera chargé de prier M. Beaumont cy-devant religieux dominicain, prêtre conformiste ayant prêté publiquement le serment prescrit par la Loy, de dire la messe dimanche prochain, deux octobre, dans la dite église et y chanter vêpres aux heures ordinaires.
Fait en directoire, à la Châtaigneraye, le vingt neuf Septembre mil sept cent quatre vingt onze. Signé : David, Coyaud, Guichet, procureur syndic et Mosnay, secrétaire.
Pour copie conforme , MOSNAY Sre.
PIECE N° III
Extrait du Registre des Délibérations du District de La Châtaigneraye
Séance du 29 septembre 1791 de relevée où présidoit M. David et assistoit M. Coyaud ; présent le procureur syndic.
Le procureur syndic a dit que M. Beaumont, répondant à l'invitation du directoire, a promis de dire la messe et chanter vêpres au Breuil-Barret, tous les dimanches et festes, à commencer dimanche prochain jusqu'à ce qu'il y ait un curé ou desservant, sauf la rétribution que lui accordera le département.
Sur quoy Le Directoire, ouï le procureur syndic, a arrêté qu'il sera écrit à la Municipalité du Breuil-Barret pour la prévenir que M. Beaumont ira y dire la messe, et qu'elle ait à pourvoir aux Bezoins et à Luy Remettre Les Clefs de l'Eglise, sacristie, ornements et vases nécessaires, et qu'il sera au surplus, écrits à MM. les curés constitutionnels de Loge-Fougereuse et Chapelle-aux-lis, pour les prier d'aider des secours spirituels les fidelles de la paroisse du Breuil-Barret en cas de nécessité.
Fait en directoire, à la Chataigneraye, le vingt neuf Septembre mil sept cent quatre vingt onze.
Signés : David, Coyau, Guichet, procureur syndic et Mosnay, secrétaire.
Pour copie conforme, MOSNAY.
PIECE N° IV
Messieurs les officiers du département de Fontenay le Comte de la Vendée.
Les habitants du Breuil-Baret, district de la Chataigneraye, ont l'hôneur de vous représenter que le Bourg est fort considérable et très peuplé et la paroisse égallement étendue, que de tous les tems il y a eu un curé et un vicaire qui ne manquaient pas d'occupations.
Par un décret de l'Assemblée nationalle, il a été enjoint à tous les ecclésiastiques, de faire le serment par elle exigé. Les sieurs curé et vicaire de cette paroisse l'ont fait selon leur consciences avec de légères restrictions ; ce qui a donné lieu à introduire à lad. cure du Breuil-Baret, le sieur Guilmoteau qui en a pris possession le 26 juin dernier, sans qu'aucuns des habitants aient réclamé ni murmuré. Il a exercé ses fonctions qui ne lui ont pas été pénibles, jusqu'à dimanche dernier 25 du présent, et a déclaré qu'il abandonnoit lad. paroisse pour aller prendre possession d'un (!) autre cure, on ne peut prévoir quels en sont les motifs.
De sorte que, Messieurs, la dite paroisse du Breuil-Baret se trouve dans ce moment dépourvue de prêtres, les habitants privés d'assister aux offices divins, ainsi que de tout autres secours spirituels : ce qui les plonge dans une extrême désolation, avec d'autant plus de raison qu'ils ne peuvent se rendre que très difficilement dans les paroisses voisines dont les plus proches sont au moins d'une lieue.
Les Représentants ont vu avec chagrin déplacer le sr Rautureau, leur pasteur dont la conduite est digne d'exemple, son assiduité à remplir les fonctions de son état, ses représentations étoient édifiantes ; sa charité s'étendait jusqu'à partager son nécessaire avec les pauvres les plus indigents.
D'après cela, et dans la circonstance présente et pressante, ils espèrent dans votre autorité, Messieurs, pour lui accorder ainsi qu'à son vicaire la permission de dire et cellébrer la messe, les jours de dimanches et fêtes et autres jours de la semaine dans l'Eglise de cette paroisse, d'admiistrer en cas de nécessité le sacrement de baptême et de faire les enterrements, vu la presque impossibilité de faire parvenir aux paroisses voisines les enfants nouvellement nés et les cadavres des deffunts.
A l'effet de quoi, Messieurs, ordonner par une injonction particulière au sieur Basty, maire, de remettre les clefs de lad. église, de la sacristie, des ornements et vases sacrés, dont il s'est indûment emparé, lors de la démission du sr Guillemoteau ; Ensemble la clef de l'horloge que led. sr Rautureau, curé, avoit fait faire à ses frais pour la seule utilité du public, avec deffenses de ne plus à l'avenir de pareille autorité et voye de fait, pour être le tout remis aud. sr Rautureau, afin que l'entrée de l'Eglise soit libre aux habitants, et qu'ils ayent la satisfaction de faire monter et profiter de l'horloge, du quel gens malintentionnés ne peuvent d'une autorité privée ou malentendue frustrer les paroissiens, ainsi que de l'usage des cloches.
C'est dans cette confiance, Messieurs, que les habitans du Breuil-Baret, ont l'honneur de vous faire leurs Respectueuses représentations, persuadés de votre justice et de la Légitimité de leurs demandes.
Le 29 septembre 1791.
Jacques Charron ; Louis Mouchard ; Pierre Cornuau ; Couturier, proc. de la com. ; M. Robineau ; Carteau ; Jean Geniteau, notable ; Joseph Guesdon, notable ; P. Poupin ; Grégoire ; P. Pouzin, auficier ; Gabard ; Augustin Ferret ; Charles Fortin ; Charles Ferret, notable ; Pierre Couturier ; Pierre Riboulleau ; P.J. Guillemet, notable ; F. Bichon ; Pierre Genay, assesseur ; Jean Garon ; Louis Thibaud ; François Berthomeau ; Jacques Jary ; Pierre Jarry ; Jean Pouzin ; F. Robineau.
(On voit que le maire Basty outrepassait sans scrupule ses droits, même légaux, et il a bien soin dans sa réponse (pièce VIII) de garder sur l'horloge le plus prudent des silences.)
PIECE N° V
Renvoyé au directoire du district de la Chataigneraye pour communiquer à la municipalité du Breuil-Baret, et donner son avis ; Et cependant, attendu l'urgence du cas, le Directoire, ouï le procureur général syndic, déclare que conformément à la loi du 13 mai dernier, le ci-devant curé et tous autres prêtres non conformistes, sont autorisés à dire la messe seulement dans l'église paroissiale de Breuil-Barret.
A Fontenay-le-Comte en directoire de département,
Le 30 septembre 1791.
GUILLET, vice-président ;
J.M. COUGNAUD, secrétaire-général.
PIECE N° VI
Extrait du Registre des Délibérations du District de La Chataigneraye
Séance du 1er octobre 1791 où présidoit M. David et assistoit M. Coyaud ; présent le procureur sindic.
Il a été remis sur le Bureau un paquet adressé à MM. les administrateurs du directoire du district de la Chataigneraye ; ouverture faite, il s'est trouvé contenir une requête présentée à MM. les administrateurs du département de la Vendée par MM. les habitants du Breuil-Barret, tendante à ce qu'il soit permis à MM. Rautureau cy-devant curé et Fort ci-devant vicaire, de dire la messe et faire les fonctions curialle dans la ditte paroisse, au pied de laquelle est l'arrêté du département portant : "renvoyé au directoire du district de la Chataigneraye, etc."
Sur quoy le directoire, ouï le procureur syndic, considérant que la Loy du 13 mai dernier porte que le défaut de prestation du serment prescrit par la loi du 28 novembre ne pourra être opposé à aucun prêtre se présentant dans une église paroissialle, succursalle et oratoire national, seulement pour y dire la messe, ce quy s'entand qu'un prêtre non-conformiste peut dire la messe :
1° Sans sonner n'y annoncer l'heure ;
2° Sans pouvoir exiger qu'aucune personne y assiste.
Considérant aussi que par l'arrêté du département du trente septembre dernier cette Loy y est bien expliquée, y étant expressement dit que l'exercice Public de la faculté accordée aux prêtres non-conformistes de dire la messe seulement dans les églises d'oratoires nationaux est limité à celles desservies par des prêtres constitutionnels et ne peut être étendue à celles dont les desservants n'ont encore pu être remplacés.
Considérant encore que par ses délibérations du vingt-neuf du mois dernier, il a pourvu à ce qu'un prêtre conformiste dit la messe et célébrât l'office Divin les dimanches et fêtes jusqu'à ce qu'il y ait un desservant.
Considérant enfin que les sieurs Rautureau et Fort ont constamment affecté de ne point dire la messe dans laditte église pendant le séjour du curé constitutionnel.
Sans entendre porter atteinte à l'arrêté du département du trente du mois dernier, qui se trouve sans cause, attendu la précaution par lui prise et qu'il croit que ce seroit donner atteinte tant à la loi du 13 mai qu'à l'arrêté du département du 30 juillet, que d'autoriser les prêtres non-conformistes à dire la messe dans l'église du Breuil-Barret, la paroisse se trouvant dans ce moment sans curé ny desservant conformiste et que la messe d'un non-conformiste étant d'aucune utilité devant être dite pour lui seulement.
Arrête provisoirement attendu les circonstances, quil sera enjoint à la municipalité du Breuil, de s'opposer à ce qu'aucun prêtre non-conformiste puisse dire la messe dans laditte église jusqu'à ce qu'il [y] ait un curé ou desservant constitutionnel, à cette fin l'autorise à leur refuser les linges, ornements, vazes et clefs de l'église ; arrête en outre que le procureur sindic se transportera demain au Breuil-barret pour veiller à l'exécution du présent arrêté, pour raison de quoi il pourra se faire assister de la force publique, et sera le présent arrêté affiché à la porte de l'église du Breuil, afin que personne n'en ignore, à cet effet envoyé tant à la municipalité du Breuil-Barret, qu'au département, et la requête et l'arrêté du département transcrits sur le registre des délibérations pour en être délivré expédition à la municipalité pour se pourvoir contre les auteurs de lad. requête si elle le juge à propos.
Fait en Directoire, à la Chataigneraye, le premier octobre mil sept cent quatre vingt onze.
Signés : David, Coyaud, Guichet et Mosnay.
Pour copie conforme, MOSNAY, Sre
PIECE N° VII
Aujourd'hui 2 octobre 1791, moi, Jacques-Charles Guichet, proc. syndic du district de la Chataigneraye, en exécution de l'arrêté du directoire du jour d'hier, suis parti à la Chataigneraye sur les 8 heures et demie du matin pour me rendre au Breuil-Barret, accompagné de M. Beaumont, prêtre conformiste, ayant publiquement prêté le serment civique ; j'ay trouvé sur le chemin plusieurs personnes en différents groupes de 5, 10, 12, etc., auxquelles j'ay dit que si elles voulaient aller aller à la messe au Breuil, M. Beaumont allait la dire à l'heure ordinaire ; quelques-unes ont dit qu'ils voulaient une meilleure messe, d'autres ont dit quelques impertinances que j'ay méprisé, d'autres ont gardé le silence et tous ont continué leur routte ; arrivé au Breuil, je me suis adressé à M. le maire a qui j'ay remis l'expédition de l'arrêté du directoire qu'il a rendu public et m'a dit que presque tous les habitants étaient prévenus qu'il y auroit une messe. La messe a sonné à dix heures ; j'y ay assisté ; au moment où elle commençoit, du bruit s'est fait entendre à la porte de l'églize, j'ay sorti et n'ay vu qu'une (!) Groupe de femmes assizes à la porte de la veuve Ferret. J'ai rentré, la messe a continué sans aucun bruit.
Il y avait très peu de monde ; j'ai remarqué que de tous les signataires, il n'y avoit que MM. Cornuaud et Charles Ferret et aucuns de leurs maisons si ce n'est le beau-frère de M. Cornuaud, qu'il n'y avoit n'y femmes n'y enfants n'y domestiques des autres signataires. J'ay assisté à vespres et à la Bénédiction ; il n'y avoit, le prêtre compris, que douze personnes dont aucuns des signataires de la Requête n'y gens de leurs maisons.
De tout quoi j'ay dressé le présent Rapport pour être remis aux archives du directoire et copie jointe aux pièces qui seront envoyées au département, au Breuil-Barret. Les jour et an que dessus sur les 4 heures de relevée.
Signé : GUICHET
Pour copie conforme,
MOSNAY, Sre.
PIECE N° VIII
Vu par la plus saine partie de la municipalité, la Requête présentée par les habitants de cette paroisse à messieurs les administrateurs du département de la Vendée, tendant à faire réintégrer MM. Rautureau et Fort, ancien curé et vicaire de cette paroisse, dans leur fonction, l'arresté du département, la délibération du district cy-dessus,
Sy la municipalité du Breuil-Barret vouloit répondre aux insculpations articulée par les exposant, il luy seroit facile de disculper et confondre ses délateurs, mais les administrations supérieures auquel elle se fait gloire destre subordonnée feront sans doutte respecter la Loy et respecter la municipalité, sans quoy, le principal mobile de l'administration se trouveré Ranpüe, à toute fin elle se réserve de les poursuivre pour faire rayer de cette Requeste les termes injurieux qu'y s'y trouvent et les faire condamner aux peines quelle méritent et elle va répondre à l'objet de la Requeste.
La municipalité du breuil-baret à Este pénétrée de douleurs de ce que les restrixtions des sieurs Routureau et Fort ayent fait rejetter leur serment et les ait mis en le cas destre remplacés, mais lorsque la Loy parle elle necoutent que son devoir et jusqu'à la mort elle tiendra son serment, sa conduite dont elle doit rendre compte justifie ses principes et sa fermeté.
La vente des domaines de la Cure à commencé à faire naître les troubles quy nont cessé de reigner depuis cette époque. Les Disgrasses qu'ont éprouvé les adjudicataires et le procès criminel jugés contre neufs abitants déposent de cette vérité. Le remplacement du sieur Routureau a été une source de nouvelle calamités ; on commença par écrire au sieur Guilmotteau, qu'y avoit Eté nommé à cette Cure, une lettre annonime quy annonçoit des intentions quy ne se sont que trop réalisée. Cette lettre adressée au nom des abitents du breuil-baret fut mis à la poste à maran. M. Guilmotteau dont les ennemis mesmes respectent les vertus remet cette lettre aux ministère public quy a rendu plainte. Les sieurs Rautureau et Fort et autres ont été entendu pour l'information ; cette affaire est abolie. M. Guilmotteau sans estre intimidé prand possession de la Cure, il n'avoit d'autre protecteur que la Loy, d'autre guide que sa vertu ; son Entrée dans Léglise fût signalée par le plus souverain mépris de la majorité des habitants ; plusieurs femmes qui étoient dans Léglise pour adorer le Saint-Sacrement quy étoit exposé, se disputoient à quy sortiroit les premières. Se crûel souvenir nous déchire le coeur. La municipalité chargée de faire exécuter la Loy se montre ferme ; le curé est instalé malgré les murmures quy se font entendre. Le curé dit la messe, le maire est obligé de la servir faute de sacristin, il n'a pas été tranquille un instant depuis on la injurié on à pillé son jardin on a menacé d'anfoncer son portâl ; presque personne ne veux se rendre à la messe ; de tous ceux quy ont signé la Requeste, il ny a que les sieurs Gabard Charle, Ferret, Cornuau et Pouzin quy y ont assisté quelquefois et personne de leur maison ne les ont imité ; on se plait à croire que la signature de pouzin municipal a Eté surprise n'ayant jamais varié ; MM. Rautureau et Fort, de leur costé ont toujours affecté de rester dans le bourg sans se présenter pour dire la maisse ils alloient tout les dimanche et festes escortés d'un nombre considérable d'hommes et de femmes tantôt dans une paroisse tantôts dans une autre et insutaient (!) tous ceux qu'ils nommoient patriottes, ils nen falloit pas davantage pour mutiner le peuple et lui faire naître Lesprit de Révolte. M. Guilmotteau a résisté à l'orage pendant plus de trois mois sur l'exortation de ses amis quy le prièrent de prandre patience et d'espérer tout du temps.
Loin de voir renaître le calme il est plus exposé que jamais ; toute les nuits et particulièrement celle du Samedy aux Dimanche, son portâl étoit assaillis de coups de pierre, il entendoit des jurements et des imprécations exécrable contre luy ; sur ces entrefaites il a été nommé curé à Vernoux ou il est sûr d'estre bien reçu ; désespérant sans doutte de ramener des brebis trop égarées ; et fatigué des désagrémant qu'il éprouvoit à chaque instant il s'est déterminé à quitter Le breuil : il a en conséquance donné sa démission le 23 septembre dernier an s'obligeant de dire la messe le dimanche suivant, ce qu'il a fait ; cette démission a rendu la cure vacante ; la municipalité dont les lumières ne répondent pas au vûe s'est trouvée très embarrassée, elle s'est assemblée extraordinairement voyant la cure vaquante et considérant que personne n'alloit à Léglise pandant le séjour du curé constitutionnel, que les sieurs Routureau et Fort avoient constamment thémoigné de la répûgnence pour y entrer, que cette église sans curé ny desservant ne pouvoit pas rester ouverte, que sut été profané les choses les plus saintes et faire mûrmûrer touts ceux à quy il reste quelque sentiments de Religion, prit une délibération le 27 septembre dernier par laquelle elle aresta que les portes de Léglise seroient fermée et que les linges, ornements et vases sacrés seroient mises en sûretés. Copie de cette délibération et de la démission du sr Guilmotteau ont été portée aux district de la Chataigneraye.
Aussy tôts la démission du curé, les partisans des sieurs Rautureau et Fort, méconnaissant les Loy, ont crié victoire en disant, nous sommes les maîtres. Les sieurs Routureau et Fort ont Eu l'indiscréttion de dire au maire que sy il étoit bon maire, il leur remettroit les clefs de Léglise et les remettroit en place. La conduite de la municipalité qu'elle a cru fondée sur la Loy et nécessitée par la circonstance a parû contrarié leur vue. S'adresser à elle pour avoir les clefs de Léglise, ils se seroient cru humiliés, présenter leur Requeste aux district, les administrateurs étoient trop instruits des faits pour seconder leurs désirs.
En franchissant ces premiers degrés, il croyoient en imposer aux Département, il se sont trompés, nous ne sommes plus dans le temps où l'arbitraire tenoit lieu de Loy.
Les reflection que se permettront les sous signés sont bien simple. Le curé étant party c'étoit à la municipalité à veiller à Léglise, elle n'a pu mieux faire que d'en fermer les portes puisqu'il est certain que presque touts les exposant affectoient un souverain mépris d'y entrer et murmuroient contre ceux quy alloient à la messe du sieur Guilmotteau, qu'auquun de ceux quy y ailloient n'ont désaprouvé sa conduite. Elle a fait tout ce qu'elle a cru devoir faire pour mintenir le bon ordre, faire respecter la Loy et avoir une messe à la paroisse. Les conclusions des exposants sont inconstitutionnelles dans tous les points, contraire à la Loy, à la tranquilité publique, les prestres qu'ils demendent sont des réfractaires remplacés, sils rentroient en fonctions le peuple séduit et trompé crirait victoire et dans peu touts les curés constitutionnels seroient chassé honteusement, il n'y auroit plus de moyen de contenir un peuple enivré de fanatisme et séduit par les conseils des ennemis de la paix, l'afectation du sieur Routureau et Fort de rester constamant dans un bourg ou il ne peuvent se dissimuler qu'ils sont les cauzes peut être inocente des troubles dont ils ont été thémoins est un puissant motif pour rejetter la demande des exposant, pandant plus de trois mois ils ont affecté de ne pas dire une seulle messe dans Léglise, ce quy auroient cepandant suffy pour détromper la majorité des habitants qui la regardoient comme policée, et déconcertée les ennemis de Lordre. C'est un grand reproche qu'on peut faire à ses ministres de Lévangille, plut à Dieu qu'ils fussent éloigné sans retours de cette paroisse ce n'est qu'a ce prix que nous pourrons espérer y voit rétablir le calme. Nous nous reprocherions dans dire davantage nous soumettant en tout aux administrateurs quy doivent prononcer, espérant qu'ils proscriront les prétentions des exposants et forceront les officiers notable et procureurs de la Commune quy ont signé la Requeste de rentrer dans leurs devoir et de respecter la Loy et suplions en mesme temps Ladministration de faire touts ses efforts pour nous procurer un curé ou un desservant constitutionnel et prandre les mesures nécessaires pour écarter les sieurs Routuraux et Fort.
Fait au lieu ordinaire de nos séances, le deux octobre mil sept cent quatre vingt onze.
Basty, maire ; Pierre Couturier ; Héry, greffier de la municipalité du breuil.
PIECE N° IX
La Chataigneraye, le 3 octobre (1791).
Voici cy joint mon cher collègue toute la pretretaille du Breuil, vous verre par mon Rapport y joint ce qui s'est passé ; on se porte Bien chez vous.
M. Beaumont sort dicy que la peur prend on Luy a dit qu'il était Reprehensible d'avoir été dire la messe au Breuil, qu'il ny Retourneroit plus sans estre autorizé par le département ; ainsy faites donc en sorte d'avoir un arêté qui l'y autorize. Je laisse tout à votre soin et vous embrasse de tout mon coeur ...
GUICHET,
(proc.-synd. du dist. de la Chataign.
PIECE N° X
Rapport fait de la Requète présantée par Les habitants du Breuil-Baret et des pièces y jointes
Considérant qu'il Résulte des pièces que pandant Le Séjour de M. Guilmotteau Curé Constitutionnel du Breuil aucun ou presques aucun des Signataires de la ditte Requeste n'a assisté à sa messe ny Eu de Confiance en Luy qu'au contraire Ils alloient en troupe a la messe des prestres non Conformistes dans Les paroisses voizines, que Le Séjour de MM. Rautureau Et fort dans cette paroisse paroit Estre un des puissants motifs des troubles qui y ont Eu Lieu.
Considérant que le départ de M. Guilmoteau laissoit Léglize absolument dézerte, puisque MM. Routureau Et fort avoient affecte de ny point dire la messe pandant son Séjour, et que la très grande majorité des signataires n'y assistoient point, qu'il Etoit de la prudence de la municipalité de s'assurer des Linges, ornements, vazes sacrées pour en éviter La dillapidation, et des clefs de Léglise pour éviter qu'elle ne fut souillée par La Retraite des Brigands, Et autres actions scandaleuzes auxquelles un vaste Bastiment inhabité, Et absolument abandonné peut donner Lieu.
Considérant encore qu'en vertu de Larresté du directoire, du 29 7bre dernier. La paroisse du Breuil se trouve autant que faire se peut dans ce moment desservie ; qu'il Rézulte du Rapport du procureur sindic que Le jour d'hier il ne s'est trouvé à La messe du prestre constitutionnel envoyé par le Directoire que deux des signataires de la Requeste quoyque tous les paroissiens ayent esté averty et qu'il en trouva un nombre qui venoient à La messe à la Chataigneraye a quy Il dit que M. Beaumont alloit La dire au Breuil à l'heure ordinaire, quelques uns Luy Répondirent qu'ils vouloient une meilleure messe, d'autres dirent des impertinances, Et d'autres gardèrent le silence et tous continuèrent leur Route.
Le Directoire ouy Le procureur sindic est d'avis qu'il y a Lieu d'approuver La Conduite de la municipalité du Breuil Baret, d'arrester que La Requeste Sera Renvoyée à M. Lévesque du département pour estre par luy pourvu à la desserte de laditte Paroisse jusqu'à La nomination d'un Curé et que deffances seront faites en vertu de la loi du treize may dernier, de Larresté du département du trente juillet aussy dernier à tous prestres non conformistes de dire la messe dans la ditte Eglize jusqu'à ce qu'elle soit desservie par un Curé ou desservant Constitutionnel, et en exécution des décrets des 27 novembre 1790 et 4 avril dernier, faire deffance au sieur Routureau de S'ymisser dans aucune fonction curialle dans laditte paroisse sous les peynes y enoncées ; enjoindre aux sieurs pouzin officier municipal et Couturier procureur de la Commune et autres notables d'estre plus circonspec à L'avenir, et de se Renfermer dans les fonctions qui Leur sont délégués, et de Les Remplir avec exactitude, Conformément à leur serment.
Fait en directoire à la Chataigneraye Le trois octobre 1791.
GUICHET, MOSNAY, DAVID.
Extrait du Registre des Délibérations du Directoire du District de La Chataigneraye
Séance du 29 novembre 1791, où assistoient MM. Drouin vice-président, Cayaud, Gauly et Daray ; présent le procureur syndic.
Sur ce qui a été exposé par le procureur sindic que le sieur Guilmotteau curé constitutionnel du Breuil-Barret fatigué des insultes Journallières qu'il éprouva de la majeure partie de ses paroissiens qui n'assistoient à aucun de ses offices et Craignant pour sa vie, a donné sa démission de cette cure pour aller prendre possession de celle de Vernou ; que par sa démission la cure du Breuil est devenue vacante et les Batiment curiaux désert ; que l'ancien maire par prévoyance avoit engagé Le nommé Giraud sacristin qui résidoit déjà dans l'intérieur de la Cure, de veiller tant aux bâtimens qu'aux Jardins ; que sur son invitation le nommé Giraud l'habite (!) la cuisine de la dite cure et remplit les fonctions de gardiataire ; que pour lui assurer une rétribution quelconque et constater sa qualité jusqu'à ce qu'il y ait un Curé nommé au Breuil-Barret, il requiert que nous ayons à confirmer ledit Giraud Gardiataire de la ditte Cure.
Le Directoire, après avoir délibéré sur le réquisitoire du procureur syndic, considérant que la cure du breuil Barret ne peut Rester sans gardiataire qui veille Tant à la Conservation des bâtimens que du Jardin déclare approuver la Conduite tenue par l'ancien maire du Breuil-Barret, en conséquence établit définitivement Giraud gardiataire de tous les objets curiaux de cette paroisse, Jusqu'à ce qu'il y ait un nouveau Curé de nommé, où que M. Levèque y ait envoyé un desservant ; laquelle Commission ledit Giraud a d'abondant accepté et s'est chargé de s'en acquitter dignement.
Arrête en outre qu'expédition du présent sera adressé tant au département qu'à la municipalité du Breuil-Barret.
Fait en directoire ... le 29 novembre 1791, etc. ...
A. POIRIER
Prêtre,
Professeur au Petit Séminaire de Mirville.
Annuaire de la Société d'émulation de la Vendée - 1911, 6e série - vol. 1, p. 195-235
AD85 - BIB PC 16/28




