SAINT-PIAT (28) - LOUIS ET NOËL DUCORPS, CHOUANS
LOUIS DUCORPS dit "Dauny" ou "Duval", né à Saint-Piat (Eure-et-Loir).
[Fils de Pierre Ducorps, vigneron, et de Marie Drouet, né le 6 avril 1755 à Saint-Piat (28)]
Lors de l'insurrection du Sancerrois, à laquelle il prit une part active avec le grade de capitaine, il fut arrêté et condamné à dix années de fers ; au bout de treize mois, il s'évada et se retira à Orléans.
Quatre ou cinq mois après, Mallet découvrit sa demeure et le fit venir à Rouen. Mallet avoit auprès de lui deux jeunes gens nommés Louis et Auguste, qui paroissoient commander sous ses ordres.
Un de ces jeunes gens plaça Ducorps chez Monnier, maître de pension, qui demeuroit alors à Rouen.
Sa mission étoit d'enrôler pour l'armée royale ; il recruta trente jeunes gens ; il avoit deux louis par mois. Monnier quitta Rouen pour s'établir à Aumale, où il pouvoit servir plus utilement le parti des rebelles.
Louis Ducorps le suivit et demeura chez lui.
Plusieurs années après, il reçut de Mallet, prenant la qualité de commandant en chef pour le roi, un brevet de capitaine, ainsi conçu :
"Au nom du roi, en vertu de l'autorisation spéciale de Son Altesse Royale, Monsieur, frère du roi, lieutenant général du royaume, nous, François de Mallet, maréchal des camps et armées du roi, chevalier de l'ordre du Mérite militaire, commandant en chef provisoirement pour le roi, dans l'arrondissement de Haute-Normandie et sur la rive droite de la Seine. En raison des bons et loyaux services rendus par monsieur Louis Ducorps, de son expérience et vigilance à la guerre, de son attachement aux principes de la religion et de la monarchie, nous l'avons nommé et nommons provisoirement, par ces présentes, capitaine d'infanterie dans la quatrième division, pour prendre rang, en cette qualité, parmi les autres capitaines des armées royales, et pour jouir des droits, titres et prérogatives accordés à cet emploi. Ordonnons à tous les fidèles sujets de S.M. de le reconnaître en cette qualité, et de lui obéir en tout ce qu'il commandera pour le bien du service.
Donné à notre quartier général de Rouen, le 7 décembre de l'an de grâce 1799.
Signé : De Mallet."
Les débarquemens successifs des conspirateurs eurent lieu, et ce fut Louis Ducorps qui fut chargé de les conduire de Preusseville à Aumale, et d'Aumale à Feuquière, et même à Caille-Fontaine. Il faisoit leurs commissions, il alloit dans ces différens endroits prévenir de leur arrivée, et ensuite il leur servoit de guide.
Il avoit acheté pour ces sortes de commissions et pour le transport de paquets, un cheval moyennant la somme de 300 livres, qui lui avoit été fournie par Lemaire.
Il lui étoit payé quatre à cinq louis par mois.
Les conspirateurs ne lui avoient pas laissé ignorer que leur projet étoit de renverser le gouvernement et de mettre un Bourbon sur le trône.
Parmi les conjurés qu'il a vus chez Monnier, et auxquels il a servi de guide, il a indiqué Georges, Lemaire, Raoul, Jules et Armand Polignac, Armand Gaillard, Lemercier, Lelan, Jean Pierre, Jean Louis, Tamerlan et Picot sous le nom de Joseph.
Il a reconnu également Lemercier et Jean Louis pour les avoir conduits à Caille-Fontaine chez la femme Lesueur, et leur avoir parlé du linge qui lui avoit été donné par eux chez Monnier.
Il a fait un voyage à Paris. Il a été chez Denand, rue du Bacq, pour remettre de la part de Lemaire, une lettre à Raoul Gaillard.
Il n'eût pas manqué de se trouver à Paris pour l'action. Il a quitté la maison de Monnier et de sa femme, quand ils ont été arrêtés, et il l'a été lui-même, le 22 germinal, chez sa mère, à Saint-Piat, où il s'étoit réfugié.
Il a d'abord nié tous les faits, ensuite il les a avoués, et a déclaré que c'étoit Mallet qui l'avoit entraîné.
Il prétend qu'on a dans le principe abusé de son inexpérience et ensuite de sa misère et de ses malheurs.
Mis en jugement avec les autres conjurés, il fut condamné à mort et exécuté en place de Grève, le 6 messidor an XII (25 juin 1804) à onze heures du matin.
NOËL-GUILLAUME DUCORPS, né le 8 février 1762 à Saint-Piat (Eure-et-Loir), frère de Louis.
Officier en Berry sous Mallet et Phelyppeaux ; lieutenant dans la Haute-Normandie sous Mallet en décembre 1799. - Arrêté, puis jugé, avec son frère, il fut acquitté, le 21 juin 1804. - Chevalier de Saint-Louis le 20 août 1823.
Sources :
Miroir de la France - N° XIII - 1804 - Volume 13 - Procès de Georges ...
Les derniers jours du Consulat - Claude Fauriel - 1886
Procès instruit par la Cour de Justice criminelle et spéciale du département, contre Georges, Moreau et autres prévenus de conspiration contre la personne du Premier Consul - Tome premier - par Breton de la Martinière - 1804



