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La Maraîchine Normande
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25 octobre 2014

1815 - SAINT-GILLES-CROIX-DE-VIE (85) - LA MORT DU GÉNÉRAL PIERRE-ANDRÉ-GODEFROIS GROSBON

LA MORT DU GÉNÉRAL GROSBON, EN 1815

 

 

st gilles 3

 

 

Le général Grosbon fut tué dans le clocher de Saint-Gilles, en 1815. Il y a trente ans, la chose était de notoriété publique, aussi bien aux Sables qu'à Saint-Gilles, et le fait est raconté par Crétineau-Joly.


D'après cet historien, il observait les Vendéens par une petite fenêtre du clocher, lorsqu'un paysan qui l'aperçut lui tira un coup de fusil et le tua. 

Mais une autre version, que j'ai recueillie d'un témoins oculaire, donne à sa mort une autre cause. Grosbon aurait eu la fantaisie d'insulter les Vendéens d'une manière peu digne d'un général, et il eût payé de la vie sa vilaine incartade.


En 1852 et les années suivantes, j'avais pour maçon le nommé Jacques Boutaud, originaire de la Petite-Boissière, près de Châtillon. Il prit part à l'insurrection de 1815, et il était de l'expédition de Saint-Gilles.


Un jour il se mit à me raconter sa campagne, et je dois dire qu'il en parlait sans aucun enthousiasme.

"Nous étions de vrais innocents, me disait-il ; pour la plupart nous n'avions jamais manié un fusil. Aussi, quoique nous fusions près de deux mille hommes à Saint-Gilles, deux cents soldats bien décidés eussent pu, à leur choix, nous jeter tous à la mer ou à la rivière."


Cependant Boutaud n'était pas le premier venu, car on lui donna le commandement de quarante hommes, avec la mission de garder les bateaux qu'on avait rassemblés pour le passage de la rivière. Il les garda si bien, que les habitants de Croix-de-Vie et de Saint-Gilles vinrent les enlever sous son nez. Quand on voulut s'en servir, il n'en restait plus un seul ; il fallut les requérir de nouveau.


- Pourtant, lui dis-je, vous vous êtes battus à Saint-Gilles, puisque vous avez tué un général ...
- Un général ! nous n'avons tué ni général ni soldats, car nous ne nous sommes pas battus du tout, et ce fut fort heureux pour nous ; ceux qui vous ont dit le contraire vous ont trompé.
- Apparemment que vous n'avez pas tout vu, car le général Grosbon fut tué à Saint-Gilles ; c'est une chose connue et tout à fait certaine ; moi-même, j'ai vu dix fois sa tombe dans le cimetière des Sables.
- Ce n'est pas possible ! Il n'y eut qu'un seul coup de fusil tiré à Saint-Gilles ; il fut tiré à côté de moi, j'en suis parfaitement sûr.
- Ce coup de fusil ne fut-il point tiré sur le clocher ?
- Oui, c'est vrai.
- Eh bien ! racontez-moi l'histoire de ce coup de fusil ; peut-être serons-nous d'accord ensuite.


- Voici : pendant que nous étions tous à nous morfondre, en attendant nos chefs, qui étaient allés je ne sais où, un homme parut dans l'une des fenêtres du clocher, et il se mit dans une position plus qu'insolente. Le nommé Debry, de Châtillon, qui avait fait la première guerre et n'avait pas froid aux yeux comme nous, se tourna vers moi et me dit : "Vois-tu ce polisson, là-haut ? Apparemment qu'il a besoin de l'apothicaire : je vais lui en servir". En disant ces mots, il le mit en joue, et lui envoya son coup de fusil.


- Avez-vous cru que cet homme avait été tué ?
- Je ne le croyais pas, ou pour mieux dire, je n'en savais rien, et Debry n'en savait rien non plus, car je l'ai vu bien des fois depuis ; or jamais il ne m'en a parlé.
- N'avez-vous rien remarqué, après que Debry eut tiré ? Cet homme est-il resté à sa place ? A-t-il fait quelque mouvement ? Quelqu'un a-t-il paru à côté de lui ?
- Cet homme disparut aussitôt dans le clocher ; il eut l'air de glisser le long du mur, et je crus remarquer une sorte de mouvement de bascule, comme si la tête eût emporté le reste et fût descendue la première.


Tel fut le récit de Boutaud. Je ne puis contrôler son témoignage, mais il avait l'air tout à fait de bonne foi. Pour moi, je suis certain de reproduire fidèlement sa narration ; je n'y ai fait d'autre changement que de traduire plusieurs de ses expressions.

L'abbé AUGEREAU
Revue de Bretagne et de Vendée
vingt-troisième année
Cinquième série - Tome V - Année 1879

 

acte de naissance général Grosbon

 

 

PIERRE-ANDRÉ-GODEFROIS GROSBON, Maréchal de Camp, Baron d'Empire, est né le 5 janvier 1767, baptisé le 6, à Saint-Méen-le-Grand (35). Grièvement blessé à Saint-Gilles-sur-Vie, il est ramené aux Sables-d'Olonne et meurt le 7 juin 1815. (AD35 - AD85)

 

acte de décès général Grosbon

 

Soldat dans le régiment d’infanterie de Penthièvre, le 26 mars 1784, il passa dans les grenadiers le 5 juin 1785, et obtint son congé le 25 novembre 1790.

Nommé capitaine de la garde nationale de son canton le 24 décembre, et major le 1" janvier 1791, il entra, comme volontaire, dans le 3e bataillon d’Ille-et-Vilaine le 10 août 1792, et y fut élu capitaine au moment du départ de ce bataillon pour l’armée des côtes de Brest le 25 août de la même année.

Chef de bataillon à l’armée des côtes de La Rochelle le 23 septembre 1793, il fut blessé d’un coup de feu à la cuisse droite à l’affaire du bois de Chenet, en Vendée, en attaquant une colonne de huit cents chouans qu’il défit,,et auxquels il enleva deux pièces de 4 et un caisson. A l’armée des côtes de Cherbourg, "il reprit aux environs de Mortagne, le 28 floréal, un convoi considérable de munitions et un détachement de cent volontaires delà Côte-d’Or, dont les Vendéens s’étaient emparés le matin.

Le 20 fructidor, se trouvant au Pont-Charron avec quatre hommes, il fit mettre bas les armes à vingt-cinq révoltés, et, le 4 messidor an III, il mit en déroute, avec 300 hommes, une colonne de 1 200 royalistes, lui fit soixante prisonniers, et reprit cinquante voitures chargées de grains provenant du pillage de la ville de Josselin.

Le 18 germinal an IV, à la descente des Anglo-Émigrés dans la presqu’île de Quiberon, il s’élança dans l’eau avec son cheval, retint une chaloupe remplie d’émigrés qui furent faits prisonniers, et reçut, le même jour, dans une charge, un coup de sabre à l’épaule gauche.

Compris, avec son grade, dans l’organisation de la 52e demi-brigade de bataille, à l’armée des côtes de l’Océan, le 1er vendémiaire an V, il fit partie de l’armée d’Angleterre pendant les ans VI, VII et VIII, et vint en Italie en l’an IX.

Au passage du Mincio, le 5 nivôse, il franchit le fleuve sur le premier pont, à la tête de trois compagnies de grenadiers de la 52e, enleva- de vive force les avant-postes de Valeggio, s’y maintint malgré le feu de l’ennemi, et, dans la journée, il se porta le premier sur le pont du château en tête de la brigade Buisson, s’empara de deux pièces de canon, et contribua beaucoup à la reddition de cette forteresse.

Compris, comme membre de la Légion-d’Honneur, dans la promotion du 25 prairial an XII, il fit, avec distinction, la campagne de l’an XIV en Italie à la tête d’un régiment de.grenadiers dont le maréchal Masséna lui avait confié le commandement.

Passé dans le pays de Naples en 1806, il vint en Toscane en 1808, fit la campagne de 1809 sous les ordres du vice-roi, reçut une balle dans le bas-ventre au passage de la Piave le 8 mai, et fut promu au grade de major dans le (30° régiment le 30 du même mois. Baron de l’Empire par lettres patentes du 1" juillet, il assista le 5 à la première journée de Wagram, où une balle lui fracassa la jambe gauche. -

Le 27 du même mois, il fut promu colonel du 53e’ de ligne qu’il commanda dans les États-Romains jusqu’à la fin de 1811, et fit, à sa tête, la campagne de Russie dans les rangs du &’ corps. Il entra en Italie au commencement de 1813, fut nommé officier de la Légion-d’Honneur le 12 février, et vint concourir à la formation du corps d’observation de l’Adige.

Blessé d’un coup de feu à la main droite, à l’affaire de Tchernolz, au delà de la Piave, le 15 septembre, il obtint le grade de général de brigade le 1" janvier 1814., rentra en France à la paix et fut envoyé en non-activité.

Au retour de Napoléon, le général Travot confia au général Grosbon, le 26 mai 1815, le commandement des gardes nationales actives de Nantes.

A la tête de ces troupes, il marcha sur les royalistes qu’il défit au village de Saint-Gilles le 3 juin ; mais, blessé dans l’action, il fut ramené, par ses soldats, aux Sables-d'Olonne, où il mourut le 7 du même mois.

Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850
par Charles Mullié
1851

 

Dans les insurrections vendéennes qui suivirent, des chants ... contaient l'histoire de la campagne ; ils étaient anecdotiques. L'un est resté populaire chez les Maraîchins. Il se rapporte à un épisode conté en ces termes par le R.P. Ingold et l'abbé Boutin dans leur Notice sur Saint-Gilles, qui fait partie des Paysages et Monuments du Poitou, de Robuchon :


"Au commencement de juin 1815, tandis que le généralissime royaliste Louis de La Rochejaquelein protégeait un débarquement de munitions à Croix-de-Vie, le général Grosbon surveillait avec une longue-vue, du haut du clocher de Saint-Gilles, les mouvements des royalistes.
Un paysan le voit et parie avec son voisin qu'il va l'abattre d'un coup de sa canardière :
- Tiens, gas, dit-il, tu vois bien c'te lunette là-bas, eh bien, j'te parie une bouteille de vin que j'la f... à bas d'un coup de fusil ..."


Le reste est expliqué par la chanson, reproduite dans le livre de M. Robuchon :


Oh ! Oh !
A bas la République
Gai ! Gai !
Vive la Royauté (ter)

Oh ! Oh !
De Croix-d'Vie à Saint-Gilles,
Gai ! Gai !
L'débarquement s'faisait (ter)

Oh ! Oh !
Chez Guillon, de Saint-Gilles,
Gai ! Gai !
L'tirant à déjeuner (ter)

Oh ! Oh !
Le général Grosbon
Gai ! Gai !
Montit dans le clocher (ter)

Oh ! Oh !
Une ball' maraîchine
Gai ! Gai !
Li poquit pre le nez (ter)

Oh ! Oh !
Les bourgeois de Saint-Gilles
Gai ! Gai !
Montirant le chercher (ter)

Oh ! Oh !
De Saint-Gilles on l'emmène
Gai ! Gai !
A Land'Vieill', chez Brunet (ter)

Oh ! Oh !
De Land' Vieill' on l'trimballe
Gai ! Gai !
Chez Kuchaud à Voiré (ter)

Oh ! Oh !
A Olonne, chez Duteille
Gai ! Gai !
Le l'avant charrié (ter)

Oh ! Oh !
Les médecins dans Sables
Gai ! Gai !
Védirant le sougner (ter)

Oh ! Oh !
La médecin' fut bonne
Gai ! Gai !
A le fit bé crever (ter)

Oh ! Oh !
Dans le cimetièr' dans Sables
Gai ! Gai !
Le l'avant ensabié (ter)

On n'enterre pas plus gaîment les gens. ...

Extrait du Journal Le Ménestrel
3590 - 66e année - n° 2
Dimanche 14 janvier 1900

 

 

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