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La Maraîchine Normande
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9 septembre 2014

UN FUTUR PAIR DE FRANCE EN VENDÉE - LE GÉNÉRAL BEKER, COMTE DE MONS

UN FUTUR PAIR DE FRANCE EN VENDÉE
LE GÉNÉRAL BEKER, COMTE DE MONS

Les colonnes infernales, les tribunaux révolutionnaires, les noyades de Nantes ont laissé si triste souvenir dans notre région que l'on représenterait volontiers les officiers et les soldats des armées de la République en Vendée comme des barbares brutaux et pillards. Il y eut pourtant parmi eux beaucoup d'hommes de devoir qui ne pensèrent qu'à servir la France et qui, dans ces circonstances, eurent le souci d'alléger aux Vendéens le poids de la guerre. Le général Beker et beaucoup des officiers supérieurs de son entourage furent de ceux-là.

 

Beker général


Nicolas-Léonard Bagert ou Beker, naquit à Obernai (Bas-Rhin) le 13 janvier 1770 de Lienhart Bagert et de Francisca Dietrich dans une famille dont un des ancêtres avait, dit-on, été anobli par l'empereur d'Autriche après avoir enlevé un étendard turc à la bataille de Peterwaradin en 1716.

 

acte naissance général Beker


Il fut élevé au collège de Jésuites de Molsheim dont un de ses oncles était supérieur et, le 29 décembre 1786, il s'engagea dans le régiment de Languedoc-Dragons qui devint ensuite le 6e régiment de Chasseurs à cheval.
Le 10 février 1790, il était brigadier ; le 20 décembre 1792, maréchal des logis ; enfin sous-lieutenant au 6e Hussards le 20 avril 1793. Après la victoire de Wattignies (16 octobre 1793) où il se signala, il fut nommé lieutenant. C'est après cette bataille qu'une division, sous le commandement du général Duquesnoy, fut détachée de l'armée du Nord pour aller renforcer en Vendée l'armée de l'Ouest.


Le lieutenant Beker fut attaché comme aide de camp au général Bonnaire qui faisait partie de cette division. Une lettre existant dans les papiers de Beker montre qu'il fut alors chargé de précéder la colonne pour préparer logements et vivres :
"Il est ordonné au citoyen Beker aide de camp du général Bonnaire d'aler en avant de l'armée du Nord qui marche contre les rebelles de préparer les logements de cette armée et d'acquérir des officiers municipaux tout ce qui peut être utile à cette armée en logemens, munitions, vivres et fourages. Cet officier sera accompagné pour le même objet du citoyen Deschamps, adjoint aux adjudants généraux.
A Alençon, le premier nivôse l'an 2 de la République française une et indivisible" (21 décembre 1793).
Le chef de brigade et de l'état-major de l'armée,
signé : Rivaux".


Peu de mois après, en priairial an II (juin 1794), le général Beker sauva de la destruction la ville de la Châtaigneraie. Le général Bonnaire avait en effet reçu du comité de Salut public - c'était au temps de Robespierre - l'ordre de détruire la ville. Selon le témoignage de Savary, ce furent les observations de Beker qui déterminèrent son chef à épargner ce chef-lieu de district. On écrivit aux représentants du peuple en mission en Vendée pour leur exposer que cette ville était un centre important nécessaire aux opérations de l'armée républicaine et que la détruire serait s'aliéner entièrement les populations. L'ordre fut rapporté. Le témoignage de cet acte de courage est corroboré par cette phrase d'une lettre de Lacépède, grand chancelier de la Légion d'honneur, à Villermé alors capitaine adjoint à l'état-major général de l'armée à Saint-Malo :
"Je ne laisserai pas ignorer à sa Majesté que vous avez partagé avec le général Bonnaire et Mr le général Beker l'honneur et le danger de préserver deux villes françaises de la destruction à laquelle elles avaient été condamnées à l'époque terrible de nos discordes civiles". (25 brumaire an XIV, 16 novembre 1805).


On conçoit que le certificat délivré au général Beker lorsqu'il quitta la Châtaigneraie soit des plus élogieux :
"Nous maire et officiers municipaux de la commune de la Châtaigneraie, chef-lieu de district, département de la Vendée, soussignés, certifions que le citoyen Beker, adjudant général chef de brigade a résidé en cette commune à différentes époques pendant quatorze mois, qu'il s'y est comporté avec le zèle, la prudence et le courage que demandent les fonctions militaires dont il a été chargé et que cet officier s'est acquis pendant son séjour en cette commune l'estime et la considération des habitants, dont il emporte les regrets par une conduite vraiment digne d'éloges, en foi de quoi nous lui avons délivré le présent certificat à la maison commune de la Châtaigneraie, le quatrième des jours complémentaires de l'an trois de la République une et indivisible" (20 septembre 1795).(Signé) Defontaine l'aîné, maire ; Joffrion, Pr sind. ; Cacault, offr Mpl ; Dehargues, Offr Mpal ; Pouzin, Offr M."


L'autre ville à laquelle fait allusion la lettre de Lacépède était, d'après Martha-Beker, le chef-lieu même du département.

On le croira volontiers en lisant la lettre que Testard, président de l'administration municipale de Fontenay adressa au général le 3 ventôse an IV (22 février 1796) :
"L'administration municipale, citoyen, m'a chargée de vous transmettre son arrêté de ce jour. Elle se flatte que vous y verrez un témoignage éclatant de sa satisfaction de la conduite sage et mesurée que vous n'avez cessé de tenir depuis que vous résidez dans ses murs et des services que vous avez rendus à la chose publique.
Je suis aussi chargé citoyen de vous exprimer les sentiments personnels de mes collègues et vous ne pourrez douter de ceux des habitants de cette commune et des miens.
Je souhaite que, si nous sommes encore condamnés à éprouver le fléau de la guerre, le bien du service vous appelle à nouveau dans nos murs. Vous y retrouverez autant d'amis que de citoyens".


L'arrêté dont le texte accompagnait cette lettre était le suivant :
"Séance du 3 ventôse, présidée par le citoyen Testard, où assistaient les citoyens Goutrot, Reverseau, Taupier, Deniau, Cre Pre, et Loyau, Sre en Chef.
L'administration municipale a reçu une lettre de l'adjudant-général Beker par laquelle il lui fait part que le ministre de la Guerre lui a fait passer une lettre de service pour l'armée des Alpes et invite l'administration à lui délivrer un certificat de sa conduite depuis le mois de prairial l'an 2e qu'il est employé à l'armée de l'Ouest.
Elle déclare à l'unanimité que le général emporte son estime et ses regrets et charge son président de lui transmettre expédition du présent arrêté".


Les papiers de Beker contiennent beaucoup de lettres des généraux Canclaux, Grouchy et Hédouville qui, tout en montrant l'amicale estime en laquelle ils tenaient l'adjudant-général, donnent de nombreux détails sur la guerre de Vendée à cette époque. Si les dimensions de cet annuaire ne permettent pas de les publier ici, peut-être cette publication pourra-t-elle être entreprise plus tard. ...


Ces lettres et d'autres papiers du général Beker font connaître qu'il fut nommé adjudant-général chef de bataillon le 29 nivôse an III (18 janvier 1795) et adjudant-général chef de brigade le 25 prairial an III (13 juin 1795), et que, le 13 fructidor an III (30 août 1795), il fut mis à la disposition du général Grouchy à Fontenay.


On trouve aussi dans ces papiers un ordre du général Grouchy en date du 5 vendémiaire an IV (27 septembre 1795) le chargeant de partir de Sainte-Hermine avec une colonne de plus de 3.000 hommes pour prendre la position du Pont-Charrault et y demeurer campé jusqu'à nouvel ordre. La date à laquelle cet ordre devait être exécuté est restée en blanc.


Le 26 mars 1795, le général Beker reçut la mission d'aller à la recherche de Stofflet pour lui faire connaître les intentions pacifiques des représentants du peuple et entamer des pourparlers avec lui. Beker réussit pleinement dans cette mission, qui pouvait être dangereuse, et il raconta les péripéties au général Beaupuy dans une lettre qui a déjà été plusieurs fois publiée.


Dans cette lettre on lit notamment :
"Je commence à croire, mon cher général, que nous parviendrons à pacifier cette partie de la Vendée, sans être forcés de recommencer les hostilités ... Nos troupes, que l'on maintient dans les bornes d'une discipline sévère, n'inspirent plus la même terreur aux habitants de ces contrées et la confiance semble renaître".


Enfin il reçut des lettres de service pour l'armée des Alpes, en date du 11 nivôse an IV (1er janvier 1796) et, bientôt après, de nouvelles lettres pour l'armée du Nord où il fut investi du commandement de la place d'Utrecht.


Après qu'il eut quitté la Vendée, il continua cependant de se préoccuper de la pacification de l'Ouest et ses papiers contiennent un brouillon de rapport de sa main sur ce sujet. Ce texte daté du 1er nivôse an VIII (22 décembre 1799) se termine ainsi :
"Le gouvernement fera bien de réorganiser les états-majors de cette armée, d'en exclure les paresseux, les ignorants et les pillards, qui contrarient les meilleures dispositions par leur inaptitude et leur immoralité, et de les remplacer par des officiers qui joignent à une conduite sagement exemplaire l'activité et les connaissances de leur état, qualités nécessaires dans un pays alternativement soumis à toutes les horreurs de la guerre civile et dans lequel la persuasion doit faire autant de progrès que les armes."


Au portrait de cet officier idéal ressemblait bien l'auteur de ce rapport tel que nous le montrent sa conduite en Vendée et les règles d'honneur qu'il observa toujours dans la suite de sa brillante carrière.

 

Napoléon sur le Bellérophon


Ce n'est pas ici le lieu de décrire l'ensemble de cette carrière qui, en dehors de ces quelques mois, est étrangère à la Vendée. Qu'on me permette cependant de rappeler le rôle d'importance historique jouée par le général lorsque, chargé du commandement de la garde impériale, il accompagna l'Empereur en 1815 depuis la Malmaison jusqu'à l'Ile d'Aix avant que celui-ci ne s'embarque sur le Bellérophon.


Les documents inédits appartenant à la famille de Bonnevie permettraient d'écrire un nouveau livre sur l'histoire de ce voyage déjà étudié par Henry Houssaye. C'est à bord du Bellérophon que Napoléon, remettant au grand maréchal Bertrand la croix de la Légion d'honneur qu'il portait, le chargea de la remettre au général Beker pour son filleul, le fils du général (Le général Beker à la comtesse Beker, née Desaix, Rochefort, le 16 juillet 1815 : "En embrassant notre cher enfant, dis lui que son parrain m'a donné une petite croix d'or pour lui"). ...

 

acte décès général Beker


Le lieutenant-général Beker, comte de Mons, pair de France, membre du conseil général du Puy-de-Dôme, grand croix de la Légion d'Honneur, commandeur de Saint-Louis, mourut en son château de Mons le 18 novembre 1840. Le 20, en présence de Félix Martha-Beker, comte de Mons, et d'Hyppolite, comte de Bonnevie, il fut inhumé au cimetière d'Aubiat (Puy-de-Dôme) où sa tombe se voit encore aujourd'hui.

 

Tombe du général Beker

épitaphe tombe général Beker


Il avait épousé à Paris le 20 octobre 1800, Françoise-Antoinette Desaix, fille de Gilbert-Antoine Desaix (ou des Aix), seigneur de Veygoux, et soeur du général Desaix, le vainqueur de Marengo (1). Le général Bonaparte, Joséphine, Hortense et Eugène de Beauharnais, Duroc, Moreau, Gouvion-Saint-Cyr, Hédouville, Lauriston, Rapp assistaient à cette cérémonie.


De ce mariage naquit à Clermont-Ferrand le 4 prairial an X (24 mai 1802) un fils, Victor Napoléon Beker, qui fut baptisé par le cardinal Fesch dans la chapelle du palais de Fontainebleau le 4 novembre 1810 et qui eut pour parrain et marraine l'Empereur et l'impératrice Marie-Louise.


Antoinette Desaix mourut en 1816 et son fils en 1829. N'ayant pas de successeur direct, le général Beker adopta le fils de sa soeur, Félix Martha-Beker, dont il fit l'héritier de son titre et de son majorat de Mons ainsi que de tous ses papiers et souvenirs.


Félix Martha-Beker, comte de Mons, député du Puy-de-Dôme, président du conseil général de ce département, ingénieur du corps des mines, maire d'Aubiat, mourut le 13 octobre 1885 laissant pour seule héritière sa fille, la comtesse de Bonnevie, qui elle-même mourut en 1908 (?), ne laissant qu'un fils, Henri, comte de Bonnevie, mort en 1924, dont les descendants possèdent aujourd'hui les papiers du général Beker. ...

(1) Ce nom est souvent prononcé à tort comme s'il s'écrivait Dessexe, peut-être par suite d'une confusion avec le général Desaix, d'origine savoyarde, totalement différent du général Desaix dont il n'atteignit pas la notoriété. Le nom de se dernier doit se prononcer comme s'il s'écrivait des Aix.
Louis-Charles-Antoine Desaix de Veygoux, né le 17 août 1768, tué à Marengo le 14 juin 1800, était aide de camp du prince de Broglie à l'armée du Rhin lorsqu'il fut destitué pour avoir protesté contre le 10 soût et emprisonné pendant deux mois. Envoyé de nouveau à l'armée du Rhin, il s'y distingua en défendant Kehl. Plus tard, il conquit la haute Egypte, où on l'appelait le sultant juste.

R. DE SAINT-JOUAN
Société d'émulation de la Vendée
1954

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