DISCOURS ET SERMENT DE M. THÉOPHILE ALLAIRE, CURÉ DE L'ÉGLISE PAROISSIALE DE MAGNÉ (79)
DISCOURS
DE M. THÉOPHILE ALLAIRE
Curé de l'église paroissiale de Magné - Niort, et ci-devant prieur-commendataire et aussi chanoine-titulaire de ladite église, lors de sa prestation du serment exigé par la loi du 26 décembre 1790
MESSIEURS,
Un vrai chrétien doit être essentiellement un bon citoyen. L'Apôtre des nations, Saint Paul, rappeloit sans cesse les premiers élèves du christiannisme à cette maxime salutaire, par ces paroles : "obéissez à ceux qui sont préposés pour vous commander".
C'est ainsi que ce génie sublime dont la prévoyance peignoit à ses yeux l'idolâtrie détruite, et des royaumes nouveaux qui s'établiroient par la croix du Sauveur, inspiroit que la religion de douceur qu'il tenoit du divin Maître pour la prêcher, ne devoit jamais servir de prétexte aux factions, ni détruire la tranquillité publique.
Quel bonheur pour le genre humain, si ce fondement de la charité n'avoit point été altéré par de frivoles interprétations, fruits empoisonnés de l'ambition et de l'avidité !
Ne le dissimulons pas, Messieurs, de l'oubli déplorable des principes évangéliques, nâquit l'égoïsme : celui-ci dominant en tiran ceux qui, par consécration personnelle, devoient donner l'exemple de toutes les vertus, les fit souvent former opposition à la docilité loyale des bons peuples.
"Rendre à Dieu ce qui appartient à Dieu, à César ce qui est dû à César" : voilà le pacte social dicté par la divinité. Elle a révélé les dogmes de notre foi ; ils sont inaltérables : elle en a fait le dépôt à son église ; tel est son patrimoine uniquement spirituel, source vive des célestes grâces : les canaux qui les fécondent sont les sacrements administrés par les Pasteurs, dont la mission héréditaire embrassoit l'univers, dès la naissance du christianisme, pour être perpétuée par les élections populaires.
Mais la démarcation des territoires habités par les fidèles, n'ayant point été limitée par le Rédempteur, qui déclare au contraire que "son royaume n'est pas de ce monde" ; cette démarcation temporelle, nécessaire à l'organisation des états, n'appartient qu'à la puissance législative, qui doit coopérer à ce que l'évangile soit par tout professé. L'accomplissement réciproque de ces relations produit l'heureux accord qui propage la religion par les lois de l'état, et fait fleurir l'état sous l'espoir des récompenses, ou la crainte des châtiments réservés par la religion à la transgression, ou à l'observance des lois.
Réclamer une autorité étrangère pour confirmer ces lois, seroit diviser l'empire pour y faire régner l'étranger ; et tout royaume divisé par deux puissances rivales court à sa perte, dit encore l'évangile.
Notre gloire aujourd'hui, Messieurs, est d'autant plus victorieuse que cette religion simple, révélée par un Dieu est la base unique des décisions réglementaires de l'Assemblée nationale. Elle les a puisé dans la source pure des libertés de l'église gallicane, précieux rempart élevé par la piété de nos pères, dès le berceau de la foi, soigneusement conservé pour faire échouer les entreprises des hommes, contre les règles Apostoliques.
Ainsi nous dévouons une obéissance éclairée à ceux mêmes que nous avons choisis dépositaires de la volonté générale. Les lois qu'ils rédigent sont celles que nous avons réclamées. Nous détestions depuis longtemps les abus qu'ils ont anéantis : et notre constitution bienfaisante est sous la surveillance paternelle du plus parfait citoyen, le meilleur des Rois.
Unissons donc, Messieurs, nos serments de fidélité, c'est l'hommage digne de la patrie. Cette mère intelligente veut faire marcher de front dans la carrière de l'honneur, si cher aux françois, tous ses enfants qu'elle a rendu libres. Elle confie ses plus chers intérêts à la gestion de ceux que les suffrages ont appelés à être ses fonctionnaires publics. Pour les encourager, elle varie les récompenses ; aux Officiers de judicature, organes intègres de ses lois ; Officiers d'armes, défenseurs intrépides de ses propriétés ; Officiers de religion, Pasteurs chargés de son culte, Serviteurs actifs des Serviteurs de Dieu.
Cependant, pour fixer sa confiance et prévenir de funestes abus, la patrie a droit de s'assurer de l'intégrité de chacun des élus par la foi du serment, nouvel hommage qu'elle multiplie en l'honneur de la religion. Il ne peut être un seul des élus : Non, Messieurs, il n'en peut pas être un seul qui ose éluder le serment sans se faire soupçonner de trahison ; et dans les cas affligeant du refus, sa tendresse même lui impose la nécessité de répudier le fonctionnaire désobéissant à la loi.
Quant à moi, chargé par la divine providence du régime de cette vaste paroisse depuis près de quarante ans ; daigne le ciel m'accorder la grâce de perpétuer ces sentiments religieux et patriotiques que je vous ai constamment annoncés. Dans cette espérance, recevez, MM. les Officiers municipaux assemblés au pied de cet autel ; et vous, cher troupeau que j'ai formé, recevez mon serment conforme à la loi, que je réitère dans la sincérité de mon âme.
"Je jure de veiller avec soin sur les fidèles de cette paroisse qui m'est confiée.
Je jure d'être fidèle à la Nation, à la loi et au Roi, et de maintenir, de tout mon pouvoir, la constitution décrétée par l'Assemblée nationale, et acceptée par le Roi".
La transcription de ce discours sur les registres de cette Municipalité a été aussitôt demandée, et faite par acclamation.
AFFICHES PATRIOTIQUES
DU DÉPARTEMENT DES DEUX-SEVRES
N° 50 - 3 janvier 1792
