LA POÉSIE CONTRE LE FISC
LA POÉSIE CONTRE LE FISC
Les abus fiscaux ont suscité jadis maintes épigrammes. En voici une dans laquelle un vieux poète du temps d'Henri IV imagine un dialogue entre le roi et son ministre des finances, à propos des impôts :
- Dans le besoin pressant qui vous menace,
Sire, il faudrait recourir aux impôts.
- Ah ! des impôts, laissons cela, de grâce,
Mon pauvre peuple a besoin de repos.
Le voulez-vous sucer jusqu'à la moelle ?
Je prétends, moi, qu'il n'en soit pas ainsi.
- Sire, songez quel est en tout ceci
Mon embarras ; songez que de la poêle
Qui tient la queue est le plus mal loti.
- Qui dit cela ? - Qui ? le proverbe, Sire.
- Ventre-Saint-Gris, le proverbe a menti,
Car, de par Dieu, c'est celui qu'on fait frire.
De tous les contrôleurs généraux des finances, le plus vilipendé par l'opinion fut, au XVIIIe siècle, l'abbé Terray. En ce temps-là, les hommes portaient manchon en hiver. A l'inauguration de l'hôtel des Monnaies, en 1775, Ferray arriva, portant, suspendu à son cou, un ample manchon de fourrure.
- Qu'a-t-il besoin d'un manchon ? s'écria la spirituelle Sophie Arnould, il a toujours les mains dans nos poches.
C'est pour Ferray qu'on fit cette épitaphe :
Ci-gît le père des impôts.
Dont chacun à l'âme ravie.
Que Dieu lui donne le repos
Qu'il nous ôta pendant sa vie !
Autre épitaphe d'un contrôleur des finances, M. de Silhouette, qui avait exprimé le désir de ne pas mourir avant d'avoir éteint la dette nationale :
Ci-gît un contrôleur digne qu'on le citât,
Aimant beaucoup la France et plus encor la vie,
Souhaitant seulement qu'elle lui fût ravie
Quand il aurait payé les dettes de l'État.
Épigramme à propos de l'augmentation des impôts sous le ministère de Calonne :
Calonne fait la chattemite
Et nous promet la poule au pot
Mais il demande double impôt.
Or, comment profiter d'un présent hypocrite,
Quand chacun, pour payer, a vendu sa marmite ?
Des vers d'Ernest Legouvé :
L'impôt ressemble fort au chiendent. Dans un pot,
En plein champ, au soleil, au froid, à la rafale,
Il prospère partout, grandit partout, s'étale
En toute climature ... Un ennemi survient ?
L'impôt monte ! ... De nous la peste se souvient ?
L'impôt monte ! ... L'on part un jour pour la croisade ?
L'impôt ! ... On en revient ? Impôt ! ... Le temps malade
Fait tout sécher ? Impôt ! ... Fait tout moisir ? Impôt ! ...
Guerre, inondation, grand trouble, grand repos ?
Impôts ! Impôts ! Impôts ! ... Et le beau, dans l'espèce,
C'est qu'une fois monté jamais l'impôt ne baisse !
Extrait de
Lisez-moi Historia
1934/07/05 (N9)

