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La Maraîchine Normande
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28 juillet 2014

LES HOCHETS DE LA VANITÉ - RUBANS ET PLAQUES SOUS LES DIVERS RÉGIMES

LES HOCHETS DE LA VANITÉ
RUBANS ET PLAQUES SOUS LES DIVERS RÉGIMES

En France, avant la Révolution, le roi décernait quatre ordres de chevalerie, conférant à ceux qui y étaient admis des distinctions extérieures, des avantages pécuniaires et parfois des privilèges transmissibles.
C'était l'ordre de Saint-Michel, institué par Louis XI le 1er août 1469 ; l'ordre du Saint-Esprit, créé par Henri III en décembre 1578 ; l'ordre de Saint-Louis, fondé par Louis XIV en avril 1696 ; l'Institution du Mérite militaire, établie par Louis XV le 10 mars 1739. A ces quatre ordres, on ajoutait les ordres royaux de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel, dont le roi était le chef souverain et le protecteur et dont il nommait le grand maître.
Quant aux ordres de Saint-Georges de Franche-Comté et de Saint-Hubert de Lorraine, c'étaient des confréries provinciales sans caractère national. Les ordres de l'Etoile, de l'Ecu d'Or, de l'Hermine, du Porc-Epic, du Fer d'Or, du Croissant, plus ou moins fantaisistes et imaginaires, avaient disparu de longue date.


En admettant la date de 1154 pour celle de l'établissement en France et de la reconnaissance par le roi Louis VII de l'ordre de Saint-Lazare, la monarchie, en sept siècles avait donc institué ou consacré cinq ordres comportant des décorations.


Ces ordres, sauf deux, étaient par essence des associations de piété : quatre sur cinq étaient fermés aux non-catholiques ; dans trois, des exercices quotidiens perpétuaient une dévotion spéciale au fondateur ; en réalité, ces ordres étaient bien plutôt des confréries.


L'ordre de Saint-Lazare, hospitalier à l'origine, et tel que les autres ordres de Terre-Sainte - Templiers, Ordre de Saint-Jean, Ordre Teutonique, - mais ayant pour vocation particulière les soins à donner aux lépreux, recevant, à ce titre, par l'Europe entière, des domaines pour établir des léproseries, ladreries et maladreries, relevait du Saint-Siège, quoi qu'il eût en France une existence royale depuis que Louis VII lui avait fait don de son domaine de Boigny, près Orléans. Malgré donc qu'il eût été aboli en 1490 par le pape Innocent VIII, il n'en subsista pas moins dans le royaume, comme d'ailleurs en Piémont, où il fut, en 1572, uni à l'ordre de Saint-Maurice.


A l'exemple du duc de Savoie, Henri IV ayant institué, en 1606, l'ordre de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, et en ayant obtenu l'approbation par le pape Paul V, requit de même la réunion de cet ordre à celui de Saint-Lazare, dont les biens se trouvèrent ainsi légitimement employés. Mais, de là, un caractère nettement religieux ; ce fut le pape qui donna les règles, et ces règles obligeaient chacun des chevaliers à la récitation quotidienne de l'office de la Vierge, à l'assistance régulière à la messe les samedis et les jours de fête, à l'abstinence de la viance les mercredis, à l'approche des sacrements les jours de fête de la Sainte-Vierge. Des bénéfices, prieurés, commanderies ou pensions, étaient réservés aux membres de l'ordre, qui ne pouvaient excéder le nombre de cent et devaient faire preuve de quatre degrés de noblesse paternelle.


L'ordre de Saint-Lazare, dont la grande maîtrise fut, durant quatre générations, héréditaire dans la famille de Nérestang avant d'être dévolue au marquis de Louvois, puis au marquis de Dangeau, ne prit une considération et ne reçut un air royal qu'à partir de la Régence, où Philippe d'Orléans retint la grande maîtrise pour son fils, le duc de Chartres, duquel elle passa au Dauphin, puis au comte de Provence. Dans le dernier état, selon le règlement donné le 3 août 1778 par Monsieur, frère du roi, les cent chevaliers, recrutés dans le militaire, étaient divisés en deux classes selon leur grade dans l'armée ; ils recevaient des pensions de plus en plus réduites et portaient pour décoration une croix d'or, émaillée de vert et de blanc, relevée aux quatre angles de fleurs de lis d'or, portant au centre, d'un côté l'image de saint Lazare, de l'autre celle de Notre-Dame, et suspendue au col par un ruban vert.


En 1779, une troisième classe - celle des chevaliers de Notre-Dame du Mont-Carmel - fut créée en faveur des officiers sortis de l'Ecole militaire ; leur croix, émaillée de rouge, portant l'image seule de la sainte Vierge, et, au revers, un trophée orné de trois fleurs de lis, était attachée à la boutonnière par un ruban cramoisi et donnait droit à une modeste pension de cent livres. Malgré la belle devise : Altavis et armis, que le comte de Provence avait donnée à l'ordre, le caractère militaire, même aux derniers temps, restait subordonné au caractère religieux, et, si les pensions ne manquaient point d'amateurs, le ruban vert manquait de prestige.
L'ordre de Saint-Michel fut, à l'origine, une association de dévotion et de prières, institué qu'il fut, ainsi que le dit le roi Louis XI, en l'édit constitutif de 1469, "à la gloire et louange de Dieu, notre créateur tout-puissant, et révérence de sa glorieuse Mère, et commémoration et honneur de Monsieur Saint-Michel Archange, premier chevalier, qui, pour la querelle de Dieu, victorieusement batailla contre le Dragon, ancien ennemi de nature humaine, et le trébucha du ciel ; et qui, en son lieu et oratoire appelé le Mont Saint-Michel, a toujours sûrement gardé, préservé et défendu, sans être pris, subjugué ne mis ès mains des anciens ennemis de notre royaume ..." Les trente-six chevaliers du début, que décorait "un collier d'or fait à coquilles lacées l'une avec l'autre d'un double las, assises sur chaînettes ou mailles d'or, au milieu duquel, sur un roc, a une image d'or de Monsieur Saint-Michel qui revient passant sur la poitrine", étaient tenus de réciter des prières quotidiennes, d'assister à des offices, de tenir chapitre en l'église de l'ordre, d'abord au Mont-Saint-Michel, puis à Vincennes et enfin aux Cordeliers à Paris.

 

Louis XIAccru jusqu'à cinquante chevaliers par Charles IX, conféré sans mesure par ses successeurs, en sorte qu'il devenait "le collier à toute bête", l'ordre de Saint-Michel qui, durant un siècle, avait été seul "l'Ordre du Roi", fut par Louis XIV, en 1665, ramené à cent membres. L'insigne émaillée de blanc, cantonnée de fleurs de lis, présentant au centre l'effigie de saint Michel, et suspendue à un large ruban noir porté en sautoir ou en écharpe. Il fut décerné à des artistes, des savants, des administrateurs, des commerçants, et des pensions y furent attachées. On n'exigea plus de preuves, et il conféra la noblesse. Le cordon de Saint-Michel dont avaient été honorés Rigaud, de Troy, Mansart, Vanloo, Vien, etc., était la très souhaitable récompense des grands talents, mais pour l'obtenir, il fallait être de la religion catholique, et, jusqu'à la fin, les chevaliers furent astreints à des prières, des offices et des cérémonies.


Quant à l'ordre du Saint-Esprit, créé le 31 décembre 1578, il est ainsi nommé en commémoration de la double grâce qu'Henri III, roi de France et de Pologne, reçut de Dieu le jour de la Pentecôte : en 1573, qu'il fut élu roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie, et en 1574, qu'il fut appelé au gouvernement de la Couronne très chrétienne. Les obligations religieuses qu'imposent les règles de l'ordre sont strictes : tous ceux qui y sont reçus sont tenus de réciter chaque jour un office spécial, de dire un chapelet d'un dizain et de réciter au lever des prières particulières.
L'insigne est un collier d'or fait de fleurs de lis, de chiffres entrelacés de noeuds et de trophées d'armes, auquel pend une croix d'or, émaillée de blanc, ornée dans les angles de fleurs de lis d'or et portant au centre, d'un côté une colombe, et de l'autre la marque de l'ordre de Saint-Michel : car tout chevalier du Saint-Esprit doit d'abord être reçu de Saint-Michel, ce pourquoi il est qualifié commandeur des Ordres du Roi. Le collier est pour les grands jours ; à l'ordinaire, la croix est suspendue à un ruban bleu clair, porté d'abord au col, puis en écharpe. Le nobre des chevaliers ne devait point excéder et n'excèda jamais cent, bien moins par la rigueur des preuves de noblesse exigées, car elles n'étaient que de trois races paternelles, que par la jalousie des gens de la Cour et la volonté des rois de maintenir et de garder le prestige d'un ordre le plus envié qui fût en Europe.

 

croix de Saint-Louis


L'ordre de Saint-Louis était le seul qui n'obligeât pas à des habitudes quotidiennes de dévotion particulière ; néanmoins, tout chevalier devait, à sa réception, prêter le serment de vivre et mourir dans la religion catholique ; aux jou et fête de saint Louis, il devait "entendre dévotement la messe pour demander à Dieu qu'il lui plût de répandre ses bénédictions sur le roi, sur sa maison royale et sur son Etat". L'ordre, "purement militaire", avait été institué pour récompenser la vertu, le mérite et les services rendus dans les armées par les officiers gentilhommes. Au contraire de tous les autres, il était divisé en trois classes : grands-croix, commandeurs et chevaliers. L'insigne, suspendu à un ruban couleur de feu, était une croix d'or émaillée de blanc, ornée de fleurs de lis dans les angles, portant au centre, d'un côté, l'image de saint Louis, et de l'autre une épée flamboyante dans une couronne de lauriers.


Les conditions pour l'obtenir, les pensions qui y étaient attachées, le nombre des titulaires de chaque grade ont essentiellement varié durant un siècle : ainsi, si aux grands-croix, huit en 1696, dix, puis douze en 1719, treize en 1754, vingt-quatre en 1761, vingt-sept en 1771, quarante en 1779, la pension de 6.000 livres à l'origine paraît avoir été constamment attachée, les commandeurs qui, de vingt-quatre en 1696, avaient crû à quatre-vingts en 1779, ne recevaient que 3.000 livres uniformément : encore combien les recevaient ? Quant aux chevaliers, dont le nombre était illimité, certains seulement étaient gratifiés de pensions de 800 à 2.000 livres ; il y en avait cent vingt-huit au début ; il y en a quatre cent dix en 1761, près du double en 1779, mais le chiffre des pensions descend, entre 800 et 200 livres. L'accroissement continu des élus avait entraîné la diminution du prestige moral comme des avantages matériels et, à la Révolution, les derniers conseillers de Louis XVI achevèrent d'avilir l'ordre en le prodiguant pour susciter de douteux dévouements.

 

Mérite militaire


Les officiers protestants, employés dans les régiments étrangers au service du roi, se plaignant de ne point participer aux agréments de l'ordre de saint Louis dans lequel ils ne pouvaient être reçus, Louis XV leur donna satisfaction par l'Institution du Mérite militaire. Le serment prêté n'eut rien de confessionnel ; nulle dévotion ne fut imposée, mais ce ne fut point là un ordre, l'Institution n'en porta point le nom, elle n'eut point de chapitre, elle ne comporta point de dignités, des degrés seulement, correspondant sans doute aux dignités de l'ordre de saint Louis, mais non qualifiés de même.


Ainsi, lorsque, par le décret du 30 juillet 1791, l'assemblée constituante supprima en France, pour jamais, "tout ordre, toute corporation, tout signe extérieur qui supposait des distinctions de naissance", ce qu'elle abolit en réalité, ce fut, pour cent grands seigneurs, le port du ruban bleu clair du Saint-Esprit ; pour cent bourgeois qui eussent été fort empêchés de faire des preuves de Saint-Michel ; pour cent officiers ou employés de l'administration de la guerre, parmi lesquels on n'en eût guère trouvé qui fussent nobles d'extraction, le ruban vert de Saint-Lazare ; pour quelques officiers, tous Allemands ou Suisses, le ruban bleu foncé du Mérite militaire ; enfin, pour un grand nombre d'anciens officiers, la plupart gentilshommes, mais grandement mélangés de roturiers, le ruban couleur de feu de Saint-Louis.


En cent ans, la France de la Révolution a créé et institué quatre fois plus de rubans que la France de la Monarchie en sept siècles. La Royauté avait cinq rubans, la République en a vingt, sans compter les rubans des médailles commémoratives. Le nombre de ceux qui les porte est illimité, et combien plus le nombre de ceux qui les sollicitent.

FRÉDÉRIC MASSON
Extrait :
Lisez-moi Historia
Numéro 22 - 20 janvier 1935

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