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La Maraîchine Normande
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26 juillet 2014

YVETOT (76) - ETIENNE ET AUGUSTE LENUD

YVETOT - ETIENNE ET AUGUSTE LENUD

 

Yvetot château



La famille Lenud habitait Yvetot avant la révolution. Il y avait d'abord Etienne Lenud, qui fut l'un des deux derniers échevins de la principauté d'Yvetot en 1788, et ensuite Auguste Lenud, son neveu, tous deux qualifiés homme de loi.


Etienne Lenud, qui fut juge au présidial de Caudebec, n'a pas comme son neveu, joué un rôle important à Yvetot pendant la révolution. Mais Auguste Lenud s'y fit particulièrement remarquer.
Nommé d'abord procureur de la Commune, le 11 décembre 1792, par le Conseil général d'Yvetot, il y a laissé, comme terroriste, des souvenirs peu glorieux.
Le 17 août 1792, il signa avec les citoyens Harnois, maire, Louis Honnet, Beudot, Lefrançois, Ruault (curé), Morel, Carpentier et Dubronnelle, notables, l'arrestation de trente-quatre citoyens regardés comme suspects.
Le 8 nivôse an II, aux termes de la loi du 14 frimaire précédent, le procureur de la Commune devait être remplacé par un agent national.
A cet effet, il fut procédé à l'épuration du citoyen Lenud, qui fut nommé immédiatement, à l'unanimité du Conseil général, agent national du district montagnard d'Yvetot.


Les 16 et 30 ventôse an III, le Comité de Surveillance de l'arrondissement d'Yvetot, dont Auguste Lenud était secrétaire, fit arrêter sur les motifs les plus futiles un grand nombre d'habitants notables du district d'Yvetot, parmi lesquels Etienne Lenud, dénoncé comme suspect par son propre neveu.


Au moment où il fut arrêté, Etienne Lenud qui était âgé de quarante-sept ans, habitait Caudebec-en-Caux. Il était marié et avait deux enfants : une fille âgée de onze ans, et un garçon âgé de six ans.


Il fut arrêté sur l'ordre du Comité de Surveillance de la commune de Caudebec, après avoir été destitué de ses fonctions de juge du tribunal du district par arrêté des représentants du peuple Lacroix, Legendre et Louchet. Le motif de son arrestation  était que, d'après le rapport de plusieurs membres du Comité de Surveillance et membres également de la Société Populaire, "il avait dû prononcer différents discours dans ses discussions à la Société desquels il résultait qu'on devait croire que la Convention Nationale n'était pas libre à l'époque des 31 mai et 2 juin ; qu'elle a délibéré sous les baïonnettes ; enfin il aurait sollicité vivement la Société Populaire de donner son adhésion à l'arrêté du département qui semblait indiquer aux citoyens, ses administrés, la voie de l'insurrection et l'envoi d'une force départementale contre Paris".


La révocation, puis l'arrestation d'Etienne Lenud provoquèrent dans la ville de Caudebec une vive émotion. D'ailleurs, elle n'était pas la seule qui ait motivé dans le district un certain mécontentement. Venant après celles des citoyens Pitet, incarcéré pour avoir omis de déclarer son suif, et Hebran qui s'était toujours montré un ardent républicain, elle parut d'autant plus arbitraire que jamais jusqu'alors Etienne Lenud n'avait donné lieu, dans sa vie publique, à la moindre critique. Aussi, la Société Populaire, le Comité de Surveillance, qui venaient d'être renouvelés, et la grande majorité des habitants de Caudebec, dans une Assemblée Générale, prirent-ils sa défense. La Société Populaire qui, sur la foi du dénonciateur, l'avait exclu, le rappela dans son sein ; la Société Populaire d'Yvetot se montra également favorable à Etienne Lenud, si bien que, devant les protestations qui lui arrivaient de toutes parts, le représentant du peuple Siblot, alors en mission dans le département, et succédant à Louchet, Legendre et Lacroix, ordonna sa mise en liberté provisoire.


Toutefois une enquête fut prescrite et menée conjointement par la Société Populaire et le Comité de Surveillance de Caudebec. Le 15 floréal, la Société Populaire en remettait au district les conclusions qui établissaient que jamais Etienne Lenud n'avait sollicité l'adhésion de la Société Populaire à certaines mesures, considérées comme réactionnaires, prises par le directoire du département de la Seine-Inférieure ; de même, elle reconnut l'inanité des propos qu'on faisait tenir à Lenud concernant la Convention.


Le Comité de Surveillance s'arrêta aux mêmes conclusions. Il avait cependant poussé son enquête encore plus loin que la Société Populaire car il avait fait vérifier tous les papiers d'Etienne Lenud, et on n'y trouva rien qui puisse en faire un suspect, loin de là, à telle enseigne le discours qu'il prononça contre les rebelles de la Vendée, et dénotant le patriotisme le mieux prononcé ; en outre on trouva chez lui des médaillons représentant les bustes de Marat, Le Pelletier, Chalier et Robespierre, ce qui, ajoutait le Comité dans son rapport, "annonce l'attachement dudit Lenud aux véritables patriotes".


A la suite de ces rapports, Lenud recouvra complètement sa liberté et fut nommé agent national du district en remplacement de son neveu, qui fut destitué par le Conseil Général.


Etienne Lenud, juge à Caudebec, avait cédé sa maison à la ville d'Yvetot pour y installer les archives et les bureaux du district lors de sa translation, le 2 frimaire an II.


Désirant reprendre sa maison, il avait demandé à la Commune qu'elle la lui rendit. Mais en attendant que des réparations y fussent faites, il habita une maison qui avait été, avant la révolution, la résidence de la comtesse d'Albon, laquelle maison était auparavant occupée par Auguste Lenud qui, à cause de son ancien titre de terroriste, était méprisé de la population yvetotaise ; c'est pourquoi, au 24 germinal an IV, il était parti d'Yvetot sans esprit de retour.


On ne savait, à Yvetot, en quel endroit il s'était retiré. Il est probable que c'est à cette époque qu'il fit élection de domicile à Neufchâtel et je suis porté à croire que de terroriste il était devenu, comme tant d'autres, ardent bonapartiste ; c'est lui, et non son oncle, qui fut président du tribunal civil en 1808. D'ailleurs, Etienne Lenud était suppléant du tribunal civil, en 1806, à Yvetot, qu'il ne dut jamais quitter.

L.P. LEFEVRE
La Normandie Littéraire
1909 (A24, T14)

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