SAINT-PIERRE-DU-CHEMIN (85) - 1918 - ÉQUIPÉE OU ESCAPADE ?
SAINT-PIERRE-DU-CHEMIN
ÉQUIPÉE OU ESCAPADE ?
De quel nom traiter l'entreprise hasardeuse de deux fillettes de six et sept ans, les jeunes L.B. et M.V., le 1er avril dernier ?
C'était le lundi de Pâques, le jour où nous lisons, à la messe, le récit du voyage de deux disciples du Sauveur de Jérusalem à Emmaüs.
Est-ce pour imiter ce voyage que nos deux fillettes, quittant le bourg après la grand'messe, s'en allèrent, parapluie sous le bras, devisant ensemble, cueillant les premières fleurs du printemps et humant à pleins poumons l'air frais d'une belle journée ? On ne peut savoir, au juste, quelles réflexions entraînèrent nos deux jeunes voyageuses, qui, après plusieurs heures de marche, arrivèrent enfin à l'Absie. Mais, au bout de ces douze kilomètres, une déception les attendait. Quel poisson d'avril ! La "tantine" à qui elles venaient faire visite était absente ce jour-là. Pas de "galette pacaude" à se mettre sous la dent, pas la moindre petite "graissée" ! ... Toutefois, avant de partir, elles s'empressèrent de confier leurs petites commissions au portier du logis, maître Jeannot lapin, qui parut très sensible à cet honneur.
Déçues, mais non découragées, nos enfants prennent le chemin du retour, sans tarder davantage. C'était sagesse. Déjà le jour baissait, les fleurs avaient moins de sourires, les oiseaux avaient regagné leurs nids et les grands arbres de la forêt de Chantemerle s'agitaient en murmurant sous la forte brise du soir.
Mais pendant que nos deux petites imprudentes devenaient moins hardies à mesure que la nuit approchait, il y avait grand émoi au bourg de Saint-Pierre. Après de minutieuses recherches, toutes infructueuses, sur les routes qui aboutissent au bourg, on parvint enfin à savoir que deux petites filles avaient été rencontrées, dans les premières heures de l'après-midi, sur la route des Gerbaudières ; puis, des renseignements plus précis, venant sur le tard, indiquèrent les noms des enfants rencontrées. Plus de doute. C'étaient bien nos deux absentes, au devant desquelles partirent plusieurs cyclistes. Bientôt rejointes, elles furent ramenées, non pas triomphalement, mais au milieu d'une inquiétude qui n'était pas encore apaisée.
Une telle sortie aurait pu se transformer en une aventure des plus tragiques, car les vols d'enfants ne sont pas des faits inouïs. "Tout est bien qui finit bien !" Le proverbe ne saurait avoir son entière application dans le cas présent, et l'on comprendra la réserve que je veux y faire, quand j'aurai tiré de ce fait la morale que voici. Aux mères, je dis : Veillez sur vos enfants ; et aux enfants : Ne quittez pas vos mères !
Bulletin paroissial
Saint-Pierre-du-Chemin
1918
