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La Maraîchine Normande
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14 mai 2014

CHATEAU-GONTIER (53) - LE VIEUX LOUVRE, RUE TROUVÉE - MERCIER LA VENDÉE

CHATEAU-GONTIER
LE VIEUX LOUVRE - RUE TROUVÉE

Avant la Révolution, la rue Trouvée était, avec la Grande-Rue, la plus passante de la ville. Les quais actuels n'existant pas, cette rue continuait la route de Laval ; les diligences devaient la suivre avant de franchir le pont, pour traverser Château-Gontier et prendre le chemin d'Angers sur la rive droite. Aussi les auberges étaient-elles nombreuses au bout de la rue Trouvée : les Trois-Trompettes au carrefour des Forges, l'Ecu au carrefour de ce nom (place Quinefault actuelle), enfin le Louvre.
Ce dernier, depuis l'automne de 1784, était tenu par Pierre Mercier, venu du Lion-d'Angers où il dirigeait la Boule d'Or. Sa femme, Jeanne-Lucrèce Touzay, originaire de Querré, lui avait déjà donné huit enfants.

château-gontier le louvre, rue trouvée



PIERRE-MATHURIN, DIT LA VENDÉE. - le plus connu est l'aîné, Pierre-Mathurin. Né au Lion-d'Angers, [le 16 juillet 1774], il terminait de brillantes études à Beaupréau, en plein coeur des Mauges, quand éclata l'insurrection contre la levée des trois cent mille hommes.


Il rejoint les factieux, participe à l'attaque de Nantes, à la prise de Châtillon-sur-Sèvre, aux victoires de Martigné-Briand et de Vihiers, aux combats de Chantonnay, Mozé, Mûrs, Erigné. Bientôt, s'ouvre la campagne d'outre-Loire. C'est alors qu'un Morbihannais, qui avait déserté les troupes républicaines pour servir sous Bonchamps, dans les compagnies bretonnes, Georges Cadoudal, prit en amitié Pierre Mercier, de trois ans plus jeune que lui.


Les deux frères d'armes traversent Château-Gontier, s'arrêtent au Louvre où Cadoudal voit la belle Lucrèce, soeur de son ami, passent à Laval, à Fougères, luttent à Granville et subissent la débâcle du Mans.
Ils parcourent ensuite, le pays d'Auray, puis s'installent à Kerléano, dans la famille de Georges. Des gardes nationaux les y surprennent, dans la même chambre où traînent des fusils, des pistolets, des cartouches, un moule à balles ...


Conduits à la prison d'Auray, puis à Brest, au Fort-la-Loi, ils s'évadent, on ne sait trop comment, réorganisent la Chouannerie, rejettent la pacification de la Mabilais, se battent à Grand-Champ et se trouvent à Carnac pour la descente des émigrés.
Pierre reçoit le commandement d'une division, débarque avec Georges à la pointe de la presqu'île de Rhuys et défend, à ses côtés, le camp de Coëtlogon.
Entre les deux amis, quel singulier contraste ! Georges a les yeux gris, des favoris roux, une énorme tête bouclée sur une carrure d'athlète. Sa brusquerie généreuse, sa grandiloquence cordiale caractérisent la surabondance d'un tempérament fougueux. Pierre, au contraire, est pâle, élancé. Il porte des cheveux noirs et garde toujours une allure distinguée qui correspond à la finesse de son esprit, au choix de ses expressions, à la douceur de ses sentiments.


En septembre 1795, il part pour l'île d'Yeu, voit le comte d'Artois, prend le titre de major général ou général lieutenant, sollicite une suspension d'armes du général Hoche, retourne auprès de Monsieur, qui le reçoit à Edimbourg "avec satisfaction", apporte, en août 1799, l'ordre de préparer la guerre et dirige, en personne, l'attaque de Saint-Brieuc, dans la nuit du 26 au 27 octobre.


Après le Coup d'état de brumaire, il s'oppose à toute paix et lutte courageusement contre le désespoir général, à la conférence royaliste de Pouancé. Pendant ces longs pourparlers, Georges Cadoudal s'attarde près de Lucrèce Mercier, dans l'éclatante beauté de ses vingt-trois ans. Leur affection s'affirme indissoluble, mais les épousailles attendront le prochain retour du roi. Le chef sait se soumettre à ses propres ordres qui interdisent aux Chouans le mariage.
Depuis quelque temps, les Mercier ne tenaient plus l'hôtellerie du Louvre. Ils habitaient, rue Trouvée, une maison leur appartenant un peu plus loin que leur auberge et de l'autre côté. Les vieilles pierres existent encore qui ont pu surprendre l'adieu, fou d'espérance, lourd de tendresse, de celle qui allait devenir l'épouse du Christ, à celui qui, déjà, était le fiancé de l'échafaud.


En Bretagne, où les deux Chouans retournent bientôt, la lutte est devenue impossible. Tous deux se soumettent, à Vannes, le 14 février 1800. Le général La Vendée refuse de se rendre à Paris, malgré les conseils de Brune. Il gagne l'Angleterre, est nommé par Monsieur commandant en chef des Côtes-du-Nord, seconde le débarquement de Cadoudal à l'île d'Houat, est rappelé à Londres après Marengo, revient en Bretagne et tombe, victime d'une trahison, au village de Launay-Bergot, près la forêt de Loudéac, en la commune de La Motte (nuit du 20 au 21 janvier 1801). Il avait vingt-six ans.
Son cadavre resta trois jours devant la porte de Notre-Dame-des-Vertus. Après la désaffectation du cimetière de Loudéac, ses restes furent déposés à la chapelle de l'hôpital, puis enclos, par des religieuses pusillanimes, dans une cour et, enfin, dans un grenier. Transportés finalement à la cure de Saint-Thélo, ils furent pieusement recueillis par le fils du neveu et historien de Cadoudal, qui les unis à ceux de son inséparable frère d'armes, dans le monument de Kerléano.


L'auteur de ce geste chevaleresque, accompli en 1877, devint le général de Cadoudal. Il a bien voulu en relater les détails dans une lettre que M. Gauchet conserve comme une précieuse relique.
Pierre-Mathurin s'est vu attribuer par Lenôtre, sur la foi d'une vague tradition, je ne sais quel mariage clandestin. Cette imputation sans preuve ne paraît pas admissible. Les historiens connaissent parfaitement les Cadoudal et la famille Mercier. Ni les uns, ni les autres n'ont jamais fait la plus lointaine allusion à ce prétendu mariage, contraire aux ordres de Georges. Ni le général de Cadoudal, ni M. Gibert, petit-neveu des Mercier, n'en soufflèrent mot. Il est à croire que les informateurs de Lenôtre ont fait une confusion de nom. Celui de Mercier est, en effet, fort répandu, entre Laval et Château-Gontier.
Au demeurant, rien ne répugne davantage au caractère ouvert et à l'idéalisme de Mercier-la-Vendée qu'une union secrète. Ce Chouan incarnait les vertus qui manquaient à tant de ses compagnons. Puisaye, qui ne fut pas toujours son ami - au contraire - lui accorde "la piété d'un ange et la candeur d'un enfant, jointes à la présence d'esprit et à l'intrépidité d'un vieux guerrier et cette gaieté compagne assidue d'une conscience pure".
De sa prison d'Auray, Pierre-Mathurin écrivait à son père : "J'attends mon supplice avec la plus grande tranquillité. L'instant où je serai réuni à Dieu est loin d'avoir rien qui me répugne ..."
On a dit que la Vendée avait ses saints : Lescure, Cathelineau ; mais que la Chouannerie n'en connaissait pas. C'est une erreur. Elle en a connu au moins un, et ce saint, c'est Mercier-la-Vendée.

acte de naissance Mercier la Vendée



FRANCOIS dit FRÉDÉRIC. - La figure radieuse de Pierre-Mathurin a rejeté dans l'ombre celle de son puîné, François, que Lenôtre n'a pas connu.
Il est à peine âgé de 18 ans lorsqu'il apprend l'entrée triomphale des Vendéens à Angers. Dès qu'il connaît le soulèvement du Lion, il part, en compagnie de sa tante Touzé, le 26juin 1793, à trois heures de l'après-midi. Parvenu, le soir même, à Querré, il profite d'un attroupement pour ravir à un patriote son cheval équipé, deux pistolets et un fusil. A cette nouvelle, les autorités Jacobines de Château-Gontier interrogent le père et la mère Mercier, puis décident de les mettre en arrestation chez eux, sous la garde de deux fusiliers, à leurs frais, jusqu'à ce que leur fils soit de retour. Si cet ordre reçut pleine exécution, les sentinelles ne furent relevées qu'en octobre, par les avant-gardes vendéennes !
François suit l'armée catholique et royale ; il se fait arrêter aux environs de Laval et conduire au Carmel de Chartres, où sa mère, venue le réclamer, est écrouée à son tour. Élargi, sans doute en thermidor, il se met à chouanner dans la région de Fromentières, Azé, Chemazé, sous le sobriquet de Frédéric, parfois en qualité de capitaine, plus souvent comme second de Sabretout qu'il remplace après sa mort.
Un jour de mars 1796, il s'attarde dans les cabarets de Miré, pour arroser la victoire de Port-Joulain, est surpris par une colonne de gardes nationaux et massacré.

FÉLIX- ÉLIE. - Une mention est due à un autre frère Mercier, Félix-Élie, né en 1781. Tout enfant, il suivit son aîné et porta les dépêches de l'armée bretonne à celle du général d'Andigné.
Il devint notaire et fut maire du Lion-d'Angers, de 1816 à 1830. Une ordonnance royale lui permit "d'ajouter à son nom celui de la Vendée, que portait le général Mercier, maréchal de camp des armées du roi en Bretagne, où il a perdu la vie en combattant pour la défense du trône et de l'autel".

LE GÉNÉRAL VACHOT. - A l'hôtellerie du Louvre, s'installe, vers la fin de juillet 1794, un de ces singuliers généraux que la Convention tirait on ne sait d'où. Celui-là s'appelait Vachot et avait pour devise : "Exterminons les Chouans". En fait, il exterminait seulement les bouteilles. Sous le soleil de thermidor, les dieux ont soif ! Paroissien des mauvais lieux, dévot de l'alcool, il semble avoit été l'ancêtre de ce Bertrand, ivrogne épique qui traversa la vie comme un cabaret, sans trop connaître l'équilibre, et que Léon Bloy a montré s'effondrant dans la Mayenne, en 1871, "dernier titulaire de la transcendante soulographie des gallo-romains".
Le général se campe en dictateur, convoque au Louvre les corps constitués de la ville et des environs, traite tout le monde de suspect et, finalement, sur la plainte des sans-culottes, se voit sinon destituer du moins déplacer.

FETE DE LA RÉUNION. - Huit mois plus tard, il ne s'agit plus, au Louvre, d'exterminer les Chouans, mais de les embrasser ! Là, en effet, se réunissent républicains et rebelles, pour fêter la pacification de la Jaunaie.
Depuis le début de mars 1795, le chef de la division des Chouans de Château-Gontier, Joseph-Just Coquereau, est autorisé à établir au Louvre son quartier général et à y faire chère lie aux dépens de la République une et indivisible. Fesse-pinte incorrigible, il use et abuse du crédit. Mais c'est le 10 de ce mois, mémorable décadi, que la fête de la Réunion battit son plein, avec le général Lebley, Bancelin, président du district de Segré, de Dieusie, fils, Coquereau et Moquereau. Il y eut revue des troupes, danses, illuminations, dîner fraternel, suivi d'un repas plus fraternel encore, avec régalades offertes par Coquereau, roi de la beuverie, à une centaine de Chouans, parés de la cocarde tricolore.
La fraternisation du Louvre ne fut, au reste, qu'une ivresse !

MORT DES PARENTS MERCIER. - Peu après la fête de la Réunion, les parents Mercier quittèrent l'hôtellerie du Louvre pour habiter, comme on l'a dit, dans la même rue Trouvée, un immeuble leur appartenant.
Lenôtre affirme qu'ils moururent, "sans nul doute, du chagrin que leur avait causé le tragique trépas de leur fils aîné". Il est facile de consoler les lecteurs de Cadoudal. La mère de Pierre-Mathurin était morte, à 49 ans, six mois avant lui. Quand à son père, il lui survécut jusqu'en 1807.

LUCRECE. - Après ces décès, la pauvre Lucrèce se trouva toute seule dans la maison familiale où elle avait appris le dénouement tragique de ses fiançailles, le 25 juin 1804, en place de Grève ... Peut-être regretta-t-elle alors, de n'avoir pas répondu à l'appel, plein de douleur, que lui avait lancé le cher Georges, aussitôt après la mort de son frère d'armes, Pierre-Mathurin ...
Brisée par les angoisses et par les deuils, Lucrèce offrit, en 1807, sa demeure de la rue Trouvée, pour servir de gendarmerie, afin de venir en aide aux Ursulines dont le couvent hébergeait les gendarmes depuis 1805. Intelligente et pieuse comme son aîné, elle voulut mourir au monde qui l'avait tant torturée et s'ensevelit en Dieu, dans le cloître des Religieuses qu'elle aimait.

Extrait de l'article : Excursion dans le Haut-Anjou
Société Historique et Archéologique de l'Orne
Janvier 1937

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Commentaires
S
Hélas, je l'ignore. Peut-être qu'un lecteur de ce blog pourra vous renseigner, je l'espère.
Répondre
D
à qui appartient ce bâtiment (le Louvre)
Répondre
La Maraîchine Normande
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