1784 - SAINT-MAIXENT (79) - CHICHÉ (79) - VOLS D'AÉROSTATS
SAINT-MAIXENT premier Mai 1784 - AÉROSTAT
Le 28 d'Avril dernier, sur les six heures du soir, dans la place vis-à-vis le Château de cette Ville, on a lancé un Aérostat de 18 pieds de hauteur. Le diamètre de sa circonférence, dont la plus considérable étoit de 32 pieds, avoit 10 pieds 8 pouces. Sa circonférence adaptée au foyer avoit 12 pieds & son diamètre 4. Sa pointe avoit 10 pieds, & sa masse 8. Au premier moment de son élan il a plané sur toute la Ville, dirigeant son voyage de l'Est vers l'Ouest : un petit vent frais du Nord lui fit ensuite porter sa course vers le Sud.
Deux Martinets en se croisant dans leur vol, sembloient le suivre pour lui rendre de loin leurs hommages. On le vit alors se plonger dans un nuage : peu de temps après on ne le distinguoit plus. Sur les huit heures il descendit très-doucement dans un pré dépendant de la métairie de la Chevalerie, située en la paroisse de Souvigné, à la distance de cinq quarts de lieues du lieu de son départ.
Les Paysans s'armoient déjà de fourches & de fusils pour détruire le Ballon, lorsqu'un particulier de cette Ville qui se trouva là par hasard & deux jeunes gens qui avoient en courant épié le vol de l'Aérostat, s'opposèrent à l'entreprise meurtrière des Paysans ; les deux jeunes gens s'emparèrent du Voyageur Aérien, le portèrent en triomphe chez son Auteur, qui leur en témoigne sa reconnaissance, & qui a tout lieu d'être satisfait du succès de son Ballon, qui a très-peu de déchirures, & qui peut être relancé avec le même succès.
Un Chevalier de S. Louis, résidant à Poitiers, & un Officier qui l'accompagnoit, étoient ce jour-là en cette ville : ils ont, avec un concours nombreux des deux sexes, joui avec un plaisir singulier de cet agréable spectacle.
Extrait :
Annonces, Affiches, Nouvelles
et Avis divers
de la Province du Poitou,
Apanage de Monseigneur, COMTE D'ARTOIS.
Année 1784 - 13 mai.
VOYAGE DE L'AÉROSTAT NOMMÉ LE SUFFREN - JUILLET 1784
Il partit de Nantes le 14 du mois dernier à 10 heures du soir. Il étoit monté par M. Coustard, Chevalier de St Louis, & M. Mouchet, Prêtre de l'Oratoire, Professeur de physique. Ces deux intrépides Voyageurs, après avoir couru beaucoup de dangers par une suite des accidens que la Machine éprouva lors de sa charge, faite avec du gaz tiré du zinc par l'acide vitriolique, se virent obligés de descendre au lieu de Gesté, près Chollet, à plus de 8 lieues du point de départ. Ce trajet fut de 58 minutes.
L'Aérostat dégagé du lest qui fesoit leur poids, leur échappa, & vint tomber vers les 9 heures du soir du même jour, au village de la Jaunière, paroisse de Chiché, près Bressuire en Poitou, à environ 20 lieues de Nantes. Il fut recueilli par des paysans qui le transportèrent sur une voiture à Bressuire, par ordre de M. le Maire de cette Ville, dès qu'il en fut averti. On est venu le réclamer : reporté à Nantes, on prétend qu'il doit être lancé une seconde fois, après qu'il aura été réparé.
Tous les habitans des différens hameaux sur lesquels il voguoit dans sa course aérienne, fuyoient d'effroi en l'apercevant, ou se mettoient à genoux. On croit que son ascension a été de 15 à 1800 toises. Il étoit en taffetas verni & sa forme sphérique avoit un diamètre de 30 pieds 4 pouces. Il étoit doré dans plusieurs de ses parties & superbement décoré. Son départ avoit été précédé, par celui d'un petit Aérostat, aussi en taffetas verni, de 8 pieds 2 pouces de diamètre, de même forme, lancé le 11, & qui est tombé près Rochefort, dans la paroisse de Bouillé-Saint-Paul, où il a été recueilli par M. Duchastel, Trésorier de France honoraire au Bureau des Finances de Poitiers. Il a été remis, ainsi que l'autre, aux Parties intéressées. On trouve le procès-verbal de cette Expérience dans l'Affiche de Bretagne, n° 25, & le détail des honneurs que l'on a rendus aux deux Voyageurs à leur retour.
Extrait :
Annonces, Affiches, Nouvelles
et Avis divers
de la Province du Poitou,
Apanage de Monseigneur, COMTE D'ARTOIS.
Année 1784

