DEMANDE DE PENSION PAR RENÉE BORDEREAU, DITE LANGEVIN
Demande de pension par Renée Bordereau, dite Langevin,
demoiselle ayant fait toutes les guerres de la Vendée,
déguisée en homme. 3 blessures. Certificats des chefs.
AU ROI
"Sire,
La nommée Renée Bordereau, dite Langevin, de Cholet, département de Maine-et-Loire, qui a eu le bonheur d'être présentée à Votre Majesté dernièrement, prend respectueusement la liberté de lui exposer :
Qu'elle est la seule paysanne encore existante qui, déguisée sous les habits d'homme, ait fait avec honneur et bravoure toutes les guerres de la Vendée sous les ordres de MM. La Rochejaquelein, Stofflet, Lescure, etc., dont elle a les certificats.
Ses principes de dévouement à l'auguste famille des Bourbons et l'inviolable attachement de tous ses parents à leur roi Louis XVI lui firent prendre la résolution de dévouer sa faible existence au service du roi. Déguisée en homme, elle s'enrôla dans les armées royales de la Vendée, cherchant le danger et la gloire aux postes les plus périlleux. Elle reçut 3 blessures, la première d'une balle à la jambe droite, à l'affaire de Montigny, un coup de sabre au bras droit à l'affaire de Laval, une balle au-dessus de l'oeil gauche à l'affaire de Luçon.
Le père de l'exposante fut massacré sous ses yeux dans sa demeure, à raison de son attachement à son roi.
La guerre de la Vendée finie, l'exposante trouva un asile chez un bon parent, à Cholet. Mais, peu de temps après, des ennemis de la Royauté la firent arrêter, chargée de chaînes, de prisons en prisons et enfin jusqu'au mont Saint-Michel, dont elle n'est sortie qu'au fortuné retour de Votre Majesté.
Quarante-deux des parents de l'exposante ont été tués durant la guerre de la Vendée, son père est mort de la suite de ses blessures et a laissé deux enfants en bas âge et sans pain.
L'exposante, d'une famille honnête mais non fortunée, n'a aucun moyen d'existence, elle n'a pas d'asile sur la terre et n'a vécu pendant vingt ans que des secours qu'elle doit à l'estime de ses camarades, son seul espoir et celui de deux de ses nièces ne repose que sur les bontés de Votre Majesté.
Une pension, Sire, ferait son bonheur pour le reste d'une vie qu'elle est toujours prête à donner pour son Roi.
Elle implore ce bienfait de Votre Majesté de laquelle elle est, avec le plus profond respect,
Sire,
De Votre Majesté,
La très humble, très obéissante et soumise sujette."
En marge de la demande on lit ces attestations :
"Il est à notre parfaite connaissance que le contenu en la présente est conforme à la plus exacte vérité.
Paris, le 24 décembre 1814.
DE SAPINAUD, général en chef vendéen,
D. DU PÉRAY, officier général vendéen,
DE VALLOIS, officier général vendéen."
Revue de l'Anjou
Janvier et Février 1891
Tome XXII
