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La Maraîchine Normande
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12 mars 2014

BRESSUIRE (79) - LE CHATEAU

LE CHATEAU DE BRESSUIRE

CHATEAU DE BRESSUIRE


Les ouvrages qui composent le Château de Bressuire couvrent complètement un plateau granitique de plus de quatre hectares inabordable de presque tous les côtés et au pied duquel coule la petite rivière du Dolo. Cette importante forteresse, avec son plan si habilement conçu et ses transformations successives du XIe au XVIe siècle, constitue un des spécimens les plus curieux de l'architecture militaire française au moyen âge.
Il est fait mention du Château de Bressuire "Castrum quod vocatur Berzoriacum", pour la première fois, dans une charte de l'an 1029, appartenant au Cartulaire de Saint-Cyprien de Poitiers. Sa fondation remonte donc au commencement du XIe siècle, ou peut-être même à la fin du Xe. Un acte de 1060 nous donne le nom de son premier seigneur connu, Thibaud de Beaumont, qui fut le fondateur de l'église Notre-Dame de Bressuire. Les Beaumont relevaient féodalement de Thouars, et c'est ainsi que l'un d'eux prit part, en 1066, à la conquête de l'Angleterre sous la bannière de son suzerain.

 

plan château de Bressuire


C'est, croyons-nous, vers cette époque qu'il faut placer la construction des parties les plus anciennes qui subsistent du Château. Le premier établissement où l'emploi du bois devait dominer, excepté par une muraille construite en blocage. Un donjon rectangulaire (B), garni de contreforts, remplaça le donjon primitif, et une porte d'accès (C) fut ménagée sur le bord abrupt du coteau. De là, partit un grand mur (C D) également en blocage, et au point (D) fut placée une nouvelle porte identique à la première comme forme et comme dispositions.
La muraille du XIe siècle s'arrête actuellement là. Elle devait regagner, autrefois, la première enceinte, en suivant le même tracé que le mur (D X) reconstruit plus tard vers la fin du XIIe siècle. La muraille qui continue aujourd'hui la seconde enceinte, à partir du point D, est en effet sensiblement postérieure et se raccorde fort mal avec la direction primitive. Mais ces défenses n'avaient guère de valeur que par la situation exceptionnelle du plateau sur lequel elles s'élevaient, aussi, se transformèrent-elles bientôt complètement.
Un mur percé d'archères enveloppa le donjon pour le protéger contre la sape, puis un grand bâtiment (A) s'éleva dans la cour. La porte d'entrée (C) fut défendue par une tour (T), et des tours tantôt pleines, tantôt creuses, percées d'archères, furent accolées à la muraille (C D). La porte (B) fut bouchée, l'enceinte continuée, et une porte ouverte au point (G). Cette porte, suivant l'usage, fut flanquée de deux tours creuses à archères ; une autre petite porte, disposée de même, mais avec des tours pleines, fut ménagée en E pour servir de poterne. L'enceinte se dirigea de là, tout droit, vers la rivière gagnant les coteaux escarpés dont le Dolo baigne la base, et, après trois brusques détours, vint se rattacher à la première enceinte, au pied même du Donjon.


Enfin, une église, sous le vocable de saint Nicolas, fut élevée au milieu de l'immense cour ainsi formée. Erigée plus tard en paroisse, puis rattachée à Saint-Jean de Bressuire, cette église se composait d'une nef terminée par une abside probablement circulaire, coupée par un transept, avec deux absidioles pour les chapelles. Aux angles de la croisée du transept s'élevaient des faisceaux de colonnes portant le clocher.
C'est très vraisemblablement sous Raoul Ier de Beaumont que s'exécutèrent ces importantes transformations du Château. Une charte d'affranchissement de plusieurs obligations et corvées, accordée par lui à ses vassaux, en 1190, paraît coïncider avec l'achèvement des travaux.
Le Château commençait alors à prendre un aspect véritablement grandiose. Une enceinte de près de sept cents mètres, garnie de trente-huit tours, entourait la première forteresse, défendue elle-même par huit grosse tours pleines. Au midi et à l'ouest, des rochers à pics et des étangs profonds, facilement obtenus en barrant la rivière, rendaient l'attaque presque impossible ; au nord et à l'est, des fossés énormes empêchaient toute approche.


Les étroits et rapides coteaux placés à l'ouest, entre la muraille de l'enceinte et l'étang formé par la rivière, avaient eux-mêmes été rendus infranchissables. Craignant en effet que l'ennemi ne parvint à s'y glisser et à réussir ainsi dans une attaque du côté où l'on devait le moins s'y attendre, le baron de Bressuire, se montrant là encore habile ingénieur militaire, coupa le coteau abrupt par deux énormes cavaliers de terre (J et K). L'un d'eux (J), revêtu de maçonnerie, fut prolongé jusqu'à la rivière par un mur portant un escalier défendu par un parapet crénelé ; cet escalier faisait communiquer le château avec le fortin qui renfermait les pelles au moyen desquelles l'on pouvait mettre l'étant à sec.


L'art de l'attaque se perfectionnant tous les jours et la recherche du nouveau étant de tous les temps, ces défenses ne parurent bientôt plus suffisantes. L'entrée du Château fut transformée ; une tour unique, au milieu de laquelle fut noyée la porte primitive, remplaça les deux tours. Le long du couloir ainsi formé fut coupé par une seconde défense double, une herse et une porte ; en avant, presque au parement du mur, furent mis deux vantaux de bois à grande pentures de fer. Un pont dormant composé de poutrelles posées simplement sur deux grosses pièces de bois, par conséquent facilement démontable, acheva la défense de l'entrée. L'ennemi qui aurait franchi le fossé aurait donc été forcé de briser cinq obstacles avant de pénétrer dans la cour du Château. Cette énorme masse de maçonnerie fut couronnée d'une longue rangée de créneaux, et tout fut disposé dans le but d'en faire un véritable fort détaché pouvant se défendre seul. L'entrée primitive (C) de l'enceinte intérieure parut alors bien peu défendue ; on éleva en avant une nouvelle porte, fermée par une herse et par des vantaux de bois. Elle fut flanquée d'une tour (H) percée, à sa base, de galeries habilement disposées permettant des sorties faciles, quelles que fussent les points occupés par l'ennemi.


Saint-Nicolas-du-Château ne fut pas oublié ; son abside fut reconstruite et ornée de quatre contreforts formés chacun de trois colonnes accouplées. Une crypte, dans laquelle on descendait au moyen de deux escaliers placés dans l'église à droite et à gauche du choeur, fut ménagée sous l'abside et recouverte par des voûtes d'arêtes portées sur quatre mince colonnettes extrêmement fines et élégantes. Les bases des faisceaux de colonnes formant les quatre contreforts extérieurs de l'abside, donnent la date de ces travaux ; ils furent certainement exécutés vers la fin du XIIe siècle.


Deux grands murs (D X) et (L M), dont l'un (D X), construit très probablement au lieu et place de la première enceinte, coupèrent l'immense cour en trois parties ; grâce à cette disposition, l'ennemi eût-il réussi à s'emparer de la porte G, il n'eût pu arriver à l'entrée de l'enceinte intérieure ou au pied du donjon qu'après s'être emparé d'une nouvelle ligne de défenses, et ce, dans les conditions les plus défavorables. L'ancienne porte D, déjà bouchée, disparut, noyée dans une très grosse tour dite : Tour de la Fontaine, possédant quatre étages de défenses, commandant toute l'enceinte de l'Est et donnant au mur (D X) un solide point d'appui. De même, au milieu de la muraille du Château allant de la porte d'entrée à la rivière, fut élevée une tour (F) sensiblement égale comme dimensions à la tour précédente, commandant comme elle toute cette partie de l'enceinte, mais n'ayant que deux étages, creux au sommet. Une ouverture fut ménagée du côté du fossé, dans la salle correspondant aux chemins de ronde des courtines, et permit, au moyen d'une échelle mobile, de communiquer facilement et sans danger avec l'extérieur.
La petite poterne (E) fut bouchée et transformée en une défense à meurtrières.


Non content d'avoir savamment combiné toutes choses pour rendre les défenses indépendantes les unes des autres, le seigneur de Bressuire voulut encore, par une troisième enceinte, envelopper les deux côtés de son Château qui n'étaient pas protégés par des précipices ou de larges étangs, comme au Midi et à l'Ouest. Des fouilles faites en 1887 m'ont permis de retrouver de nombreux restes de cette troisième enceinte, entièrement disparue aujourd'hui, mais dont il restait encore en 1874 quelques tours en avant de la porte d'entrée. Sur toute la partie qui s'étend au Nord, depuis la porte du château jusqu'aux murs de ville, et à l'Est jusqu'à la porte (R) dite : Porte du Peyré, une troisième défense courut sur la crête du fossé précédent. Elle se composait, au levant, de tours creuses et de courtines percées d'archères défendues par un fossé ; au Nord, d'une forte palissade précédée d'un double fossé, les escarpements étant si proches qu'il était bien peu probable qu'on y tentât jamais l'escalade. On pénétrait dans cette première enceinte par une porte (P) couverte par une barbacane en terre et détruite depuis longtemps.


En 1214, l'armée de Philippe-Auguste, pour punir Jean de Beaumont d'avoir pris le parti de Jean sans Terre, brûla la ville, mais ne put rien contre le Château.


En 1370, à la fin de décembre, Du Guesclin poursuivant les Anglais battus à Pontvallain, près du Mans, les atteignit sous les murs de Bressuire, les massacra, et après un brillant assaut, s'empara de la ville et somma le Château de capituler. Malgré les énormes défenses qui leur faisaient la part si belle, les Anglais qui s'y étaient réfugiés, encore sous le coup de l'effroi causé par la vigueur des troupes de Du Guesclin et par le massacre de la veille, se rendirent à merci. Le connétable prit possession du Château au nom du roi de France, et y laissa une garnison.


En 1383, Louis de Beaumont leva une taxe sur la châtellenie pour réparer les fortifications et armer les murailles du château.
En 1420, Guy de Beaumont, son successeur, obtint dans le même but du Dauphin Charles, régent du royaume, l'octroi d'un impôt du dixième sur le vin vendu en détail.


aRMOIRIES DES BEAUMONTEnfin en 1441, Jacques de Beaumont devint seigneur de Bressuire. Chambellan et conseiller de Louis XI, lieutenant général en Saintonge, Poitou et Aunis, il exécuta au château d'importants travaux pour faire de cette forteresse une demeure seigneuriale digne de celui que le roi appelait : "Mon bon ami Monsieur de Bressuire". Tout d'abord il construisit, au Midi, un immense bâtiment fermant complètement la cour et se collant au donjon, et, pour cela, dérasa les vieilles constructions du XIe siècle, déjà modifiées au XIIe et au XIIIe, qui servaient d'habitations ainsi que les tours qui y étaient adossées. De belles fenêtres à élégants meneaux de pierre, à fines moulures prismatiques, laissèrent pénétrer largement l'air et la lumière dans la nouvelle demeure ; un escalier octogone permit de monter dans les appartements, et de grandes galeries de service en bois assurèrent extérieurement les communications entre les pièces du premier étage. La porte d'entrée de la cour du donjon fut-elle transformée et englobée dans les constructions nouvelles : elle fut surélevée et surmontée d'un grand pignon orné de crochets, correspondant par la hauteur aux pignons du château. La grand tour (T), voisine de la porte, fut en partie reconstruite, et, au sommet, fut ménagée pour les archives, une pièce qui donna son nom à la tour appelée depuis : Tour du Trésor. Enfin une galerie élégante, portée sur des mâchicoulis de pierre, fut réservée du côté de la ville, établissant une communication avec les nouvelles salles situées au-dessus de la porte d'entrée.
De splendides cheminées en granit, à moulures prismatiques d'une rare finesse, des solives moulurées et peintes indiquent, encore aujourd'hui, combien Jacques de Beaumont tenait à se créer un château en rapport avec sa haute situation, et digne de recevoir la visite de son royal maître, qui avait déjà séjourné quelques heures à Bressuire, en 1642. Jacques de Beaumont mourut à  l'âge de 70 ans, le 15 avril 1492, au château de la Mothe-Saint-Héraye, ne laissant que des filles.

 

CHATEAU DE BRESSUIRE FIN XVe


Thibaud de Beaumont, seigneur de la Forêt, qui avait épousé l'aînée, Jeanne, devint alors baron de Bressuire et mourut sans enfants, en 1510. Après lui, le Château revint à la seconde fille de Jacques, Philippe, épouse de Pierre de Laval-Montmorency.
Sous Jean de Laval, gentilhomme de la chambre du roi Charles IX, les protestants brûlèrent les églises et les monastères ; Saint-Nicolas-du-Château ne fut pas épargné. Après lui, Guy de Laval, pour payer ses dettes vendit sa baronnie à Philippe Strozzi, fils du maréchal de France (27 mai 1581). De la maison de Fiesque, à laquelle appartenait Philippe Strozzi et ses successeurs : Scipion, François et Charles Léon, la baronnie passa, par suite de vente, entre les mains de Marc-Antoine Le Petit de Verno, marquis de Chausseray. Celui-ci n'ayant pu payer le prix d'acquisition, la baronnie fut mise de nouveau en vente et adjugée, le 26 septembre 1675, au marquis de Dangeau, membre de l'Académie française. Elle passa par alliance, en 1729, dans la famille de Luynes.
C'est de cette époque que date un procès-verbal de visite qui constate que la conciergerie, les prisons et la tour du Trésor sont en bon état, mais que le surplus est tombé ou tombant en ruines. Enfin, le 30 mars 1730, un coup de vent renversa environ un tiers du château ; depuis lors il a été abandonné, et chacun est venu, sans scrupules, y chercher, pour construire, les matériaux dont il avait besoin. Mais il subsiste encore assez de ces fières ruines pour permettre de reconstituer fidèlement le château féodal et pour suivre les transformations successives que les fantaisies de ses puissants seigneurs ou les besoins de la défense ont apportées à sa physionomie pendant plus de cinq siècles : il y a donc un puissant intérêt pour l'histoire à les faire respecter et à les faire connaître.

L'auteur de cette Notice tient très vivement à remercier ici-même M. B. Bernard, l'heureux propriétaire du Château de Bressuire, d'avoir bien voulu supporter si obligeamment les longs et ennuyeux travaux de recherches exécutés de 1886 à 1891.

 

CHATEAU DE BRESSUIRE SALLE T

CHATEAU BRESSUIRE TOUR COTE NORD



Notice sur le Château de Bressuire en Poitou
par Raymond Barbaud, Architecte.
1891

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