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La Maraîchine Normande
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26 février 2014

LE DÉPARTEMENT DES DEUX-SEVRES AU DÉBUT DE LA MONARCHIE DE JUILLET

MONARCHIE DE JUILLET

 

LE DÉPARTEMENT DES DEUX-SEVRES AU DÉBUT DE LA MONARCHIE DE JUILLET

La monarchie de Juillet eut des débuts pénibles ; elle du faire face aux assauts des légitimistes et des républicains. Paris fut agité pendant plusieurs années et Lyon vit, en 1833, un important soulèvement. La région de l'Ouest ne fut pas la moins troublée. Les légitimistes, toujours prêts à manifester leur activité, s'insurgent contre le roi-citoyen. Ce mouvement aboutit à l'aventure de la duchesse de Berry, qui tient du mélodrame.

carte-departement-des-deux-sevres-1881-001-616x728Dans les Deux-Sèvres, l'âme de ces révoltés était un nommé Diot, ancien sous-officier de gendarmerie sous la Restauration, démissionnaire en 1830. Il est resté légendaire dans le Bocage, qu'il terrorisa de 1830 à 1834. D'autres bandes gravitaient autour de la sienne ; elles avaient pour chefs Secondi et Bori, dit "Capitaine Noir". On désigne sous le nom de "chouannerie", ou plus exactement de "petite chouannerie", ces différents mouvements et les faits qui s'y rapportent. Ils relèvent davantage du brigandage que du soulèvement politique. Il ne s'agit plus d'armées organisées pour la défense d'une idée, mais plutôt de réfractaires au service militaire, d'insoumis, de "mauvaises têtes", pour lesquels la chouannerie était une occasion excellente de conserver l'anonymat et l'impunité. S'il est vrai que certains "chouans" portaient sur la poitrine le "Sacré-Coeur" classique des Vendéens de 1793, si d'autres se présentaient comme "soldats de Henri V", ils n'en constituaient pas moins qu'un mouvement sporadique.
Les légitimistes voyaient certes d'un bon oeil cette agitation qui, en créant un malaise dans notre région, gênait l'administration et inquiétait le gouvernement ; mais ceux qui faisaient figure de véritables chefs ne nourrissaient aucune illusion. La Rochejaquelein lui-même, persuadé de l'inutilité d'une prise d'armes, refusa son appui. C'est cependant à l'occasion d'un service funèbre dans cette famille que les personnalités légitimistes se réunissent et procèdent à un échange de vues. On pensa profiter des attroupements provoqués par Diot dans les Deux-Sèvres et par le maçon, Sortant aux environs de Pouzauges. La levée générale, fixée primitivement au 24 mai 1832 (en faveur de la duchesse de Berry), avait été remise au 4 juin. Le gouvernement ignorait à ce moment-là la présence de la duchesse de Berry dans l'Ouest ; mais l'agitation des esprits ne lui échappait pas et il avait pris des mesures de précaution. 50.000 hommes avaient été peu à peu concentrés en Bretagne, dans le Maine et en Vendée ; le 64e de ligne occupait Parthenay, le 29e Bressuire. De nombreuses compagnies de gendarmerie traquaient les réfractaires des classes 1829-1830, qui formaient le noyau des attroupements.
Le contre-ordre royaliste, lancé à la dernière heure, n'avait pas touché les Deux-Sèvres. Le 23 mai, Diot paraît à Chiché, à la tête de 2 ou 300 hommes. Il échange des coups de feu avec deux compagnies du 64e ; le lendemain, les postes voisins l'enveloppent dans les bois d'Amailloux et le dispersent sans grand'peine. Sur un officier pris, on trouva les ordres relatifs au soulèvement général et des documents concernant la constitution du 2e corps. Cette échauffourée marqua la fin de la "cinquième Vendée" et le dernier sursaut des tentatives légitimistes. Les chouans ne se distinguent plus que par des agressions sur la route, des assassinats à domicile, des cambriolages de perceptions, parmi lesquels l'assassinat de M. Ravix, maire de Lhoumois, le meurtre du fermier Pierre Aubry à la Grande-Maison, commune de Viennay, le pillage des perceptions de Mazières et de Benassay, restés tristement célèbres.
Il ne fallait donc pas s'étonner que l'administration soit particulièrement difficile dans le Bocage, où la loi municipale n'avait pu être appliquée (sauf à Thouars et en quelques communes environnantes), et où la garde nationale ne pouvait être essayée sans danger.
Plus de trois années furent nécessaires pour parvenir à un calme relatif, et c'est vers 1834 seulement que notre département commence à prendre une physionomie à peu près normale. Cette année-là vit la première réunion du Conseil général organisé sur des bases nouvelles. Il eut à se prononcer sur des questions d'une importance capitale. Le Préfet Léon Thiesse, administrateur de grande valeur, présenta à l'assemblée départementale un rapport magistral auquel nous nous sommmes souvent référé pour le présent travail.

On peut donc distinguer en 1834, dans le département des Deux-Sèvres, deux parties nettement distinctes. Le Nord où depuis 1830 la guerre civile règne à l'état latent. Cependant un changement notable s'est effectué dans cette région. L'apparition des bandes armées devient plus rare ; des rébellions politiques ont échoué et dégénéré en brigandage. La "Vendée" n'existe plus. Ces bandes traînent à leur suite un petit nombre de réfractaires ; c'est tout ce qui reste de la Chouannerie. Ces bandes, qui ne sont plus redoutables pour le gouvernement, le sont pour les populations. Leur apparition sème la terreur dans le bocage.
Afin d'en finir une bonne fois, les représentants des départements de l'Ouest firent de pressantes démarches auprès du gouvernement. Une loi accorda 2.000 gendarmes à pied pour cette région. Le département des Deux-Sèvres obtint 29 brigades. Le bocage fut entouré d'une sorte de réseau, ce qui permit de ramener assez promptement l'ordre dans cette région troublée.
La construction de routes stratégiques vint compléter ces mesures et faciliter la pacification définitive. Toute tentative d'ensemble paraissait vouée à l'insuccès.
Le nombre de réfractaires décroît sensiblement : de 98 en 1830, 85 en 1831, il tombe à 25 en 1833. La mobilisation de la réserve de 35.000 hommes en 1834 ne produit qu'un seul réfractaire sur 28 appelés. Le danger semble donc disparaître de ce côté-là, et c'est avec raison que le préfet peut dire : "La Vendée a donné sa démission".
Le Sud offre un aspect tout différent. Les idées "superstitieuse" et "nobiliaires" ne s'y montrent que par exception. Après de longs combats, le protestantisme est venu s'y établir auprès de la religion catholique, et ces deux confessions coexistent sans heurts. L'aisance règne, la terre est bien cultivée. 1789 et 1830 y ont été accueillis avec enthousiasme. On y distingue cependant quelques tendances républicaines, voire même socialistes, et aussi une entente anti-gouvernementale entre légitimistes et républicains. "Les uns attaquent l'autorité publique avec les armes de la démocratie, les autres parlent au nom du droit divin ; mais, chose remarquable, chose nouvelle, on voit quelquefois des principes antipathiques s'unir entre eux et former un "pacte monstrueux" dans un but de haine et de destruction".
Niort avait vu se dérouler le procès du journal l'Indépendant, lequel essayait de grouper toute la bourgeoisie libérale qui avait applaudi à la révolution de 1830. Il prenait en quelque sorte dans l'opposition la place de La Sentinelle, qui avait été courageuse, avant 1830, au point de s'attirer des poursuites, mais était devenue gouvernementale. L'Indépendant soutenait que la République était le seul gouvernement populaire, le seul logique, le seul durable. Son action inquiéta le pouvoir, qui réagit. Il fut poursuivi en 1833 par le Parquet royal, en la personne de son rédacteur en chef, Antonin Baugier, qui avait publié les toasts portés par trois cents républicains réunis en un banquet, "au triomphe de la République, à la chute du gouvernement anti-national qui pesait depuis trois ans sur le sol français. Un ardent républicain, Chabaudy, défendit l'Indépendant. Il rappela l'article 7 de la Charte : "Les Français ont le droit de publier, de faire imprimer leurs opinions". Il réclama le suffrage universel à la place d'une loi qui condamnait 32.800.000 habitants au "néant politique" et expliqua avec preuves l'expression incriminée : "gouvernement anti-national". Un gouvernement est national quand il émane du concours de tous ; il est anti-national toutes les fois qu'il a été imposé par la force ou par des hommes sans mandat. Or, le "gouvernement du 7 août n'était que l'oeuvre de 217 députés de Charles X". Après cette plaidoirie habile et vigoureuse, le ministère public n'osa plus requérir et le journal fut acquitté.
Cependant, nous croyons avec le préfet cette agitation plus superficielle que réelle. Dans l'immense majorité du département, les lois sont appliquées facilement et la plus grande harmonie règne entre les fonctionnaires. Les maires, notamment dans le sud, sont zélés et dévoués. Pour la partie nord, le préfet a quelque difficulté à assurer l'administration municipale. Dans quelques communes, il doit procéder à des nominations, car il ne lui semble pas prudent de recourir encore à l'élection.
A part quelques heurts sans conséquences entre maires et curés, le clergé donne dans son ensemble le témoignage d'une réserve "digne d'éloges". Il se conforme d'ailleurs aux instructions de l'évêque de Poitiers, Mgr de Bouillé.
Le recouvrement des impôts s'améliore successivement, même dans le Bocage, où l'annonce des sanctions a triomphé de résistances systématiques. ...

Extrait : Article de Roger Charbonneau - Secrétaire de la Société Historique des Deux-Sèvres.
Bulletin - vingt-quatrième et vingt-cinquième années - 1935-1936 - Niort - 1937

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