Canalblog Tous les blogs Top blogs Emploi, Enseignement & Etudes Tous les blogs Emploi, Enseignement & Etudes
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La Maraîchine Normande
Publicité
19 février 2014

MONTAIGU (85) SOUS LA RÉVOLUTION - PRETRES : RAILLON Jacques - MARION Pierre-Hubert - POULAIN Charles-Dominique ...

MONTAIGU

RAILLON Jacques, curé de Saint-Jean.
MARION Pierre-Hubert, curé de Saint-Jacques.
POULAIN Charles-Dominique, curé de Saint-Nicolas.

 

paroisses de Montaigu



A l'époque de la Révolution, la ville de Montaigu comptait trois paroisses et une Collégiale.
M. Pierre-Jean Potel, curé de Saint-Jean, étant mort le 17 septembre 1790, Goupilleau (de Montaigu), qui était à la tête du mouvement révolutionnaire dans la ville, voulut hâter l'élection d'un curé constitutionnel, afin de mettre plus facilement la main sur le poste vacant. Mgr de Mercy, de son côté, s'empressa de pourvoir la cure de Saint-Jean, en y nommant l'abbé Jacques Raillon, un de ses compatriotes, qu'il avait amené avec lui du Dauphiné, et qui était professeur de seconde et de rhétorique au collège-séminaire de Luçon.

M. RAILLON n'avait alors que 28 ans, étant né en 1762 à Bourgoin (Isère). Les frères et amis protestèrent contre cette nomination précipitée ; mais le directoire du département donna raison à Mgr de Mercy, la Constitution civile du clergé n'ayant été promulguée que quelques jours après.
M. Raillon fut donc installé, n'hésita pas à refuser le serment, et dut céder la place au curé constitutionnel, qui fut élu en mai 1791. Il se rendit à Paris auprès de son évêque, et y publia une défense des prêtres insermentés sous le titre : Appel au peuple catholique (1792, in-8°). Peu après, il lui fallut obéir à la loi de déportation, et il rejoignit Mgr de Mercy en Suisse. De Soleure, l'évêque de Luçon écrivait à M. Paillou, le 22 octobre 1792 : "Parmi tous les dignes prêtres, je n'ai vu des nôtres que M. Raillon à qui j'ai lu une partie de vos lettres et qui a pleuré de joie avec moi en apprenant de vos nouvelles et de celles de ses frères ; il s'unit à moi dans tout ce que je vous dis pour eux ; il fait ma consolation, nous prions ensemble ; j'ai une chapelle dans la maison où je suis ; nous y disons la messe."
En 1798, les deux amis étaient séparés. De Lilienfeld, Mgr écrit brièvement, le 28 mai : "M. Raillon est à Florence." Il y était encore en 1801 : "Nous avons failli perdre M. Raillon a Florence ; il a eu une grosse maladie au physique et au moral ; on a été obligé de le mettre dans un hôpital où il est parfaitement soigné. Les nouvelles que m'en donne un ami, du 17 avril, sont rassurantes. Depuis quatre jours le moral était bien, le physique très faible ; on me donne des espérances, mais sans m'affranchir encore de toutes craintes : priez pour lui. J'ai peur, si Dieu nous le conserve, que les suites de sa maladie ne le rendent un ouvrier à peu près inutile." (Lettre à M. Paillou, du 14 mai 1801). Et plus loin : "M. Raillon, qui a failli mourir à Florence, et dont la raison avait été grandement altérée, était très bien au physique et au moral au 8 mai, et pensait aller achever sa convalescence dans sa famille, jusqu'à ce qu'il soit en état d'aller travailler à la vigne du Seigneur."
M. Raillon avait dû quitter Montaigu précipitamment en 1792. En février 1799 seulement, le citoyen Martineau, marchand de drap de soie à Luçon, réclamait à l'administration centrale du département le paiement d'un mémoire de 71 # que lui devait "le nommé Raillon, ex-curé de Montaigu, déporté." Cette dette, si tardivement révélée, resta probablement en souffrance, car, sans attaches en Vendée, M. Raillon ne revint pas dans le diocèse. En 1802, M. Portalis, conseiller d'Etat et prochain ministre des cultes, le prit pour précepteur de ses enfants. De là, M. Raillon devint successivement professeur d'éloquence sacrée à la faculté de théologie de Paris (1805), chanoine titulaire de Notre-Dame (1809), évêque d'Orléans (1810), diocèse qu'il administra sans avoir reçu les bulles d'intronisation (c'était au fort de la querelle du pape et de Napoléon), évêque de Dijon (1829), et archevêque d'Aix (1830), où il mourut en 1833.
Plus tard, Mgr Dupanloup ayant attaqué avec vivacité la mémoire de Mgr Raillon, M. Jacques Malroquier, neveu du prélat, protesta publiquement par une brochure intitulée : "Mgr Raillon et Mgr Dupanloup." On a, de M. Raillon, de nombreux mandements, des Idylles (1803, in-18) à la manière de Gesner, dédiées à Cambacérès ; un poème en prose : le Temple de l'Amitié, et une Histoire de saint Ambroise, en quatre volumes, encore inédite.
Mgr Sibour qui, avant d'être archevêque de Paris, avait été le secrétaire de quatre archevêques d'Aix, répondit en 1851 à une question de M. Dugast-Matifeux : "J'ai beaucoup connu et beaucoup aimé Mgr Raillon ... C'était un homme de beaucoup d'esprit, et d'un esprit très cultivé."


M. MARION

Il était né le 24 octobre 1734 à Monnières (Loire-Inférieure), de maître Louis Marion, greffier du marquisat de la Gallissonnière, et de demoiselle Catherine-Marguerite Hubert.

Marion Pierre-Hubert acte naissance

Pierre-Hubert pris possession en 1783 de la cure de Saint-Jacques à Montaigu, à laquelle était attachée la dignité de chanoine de la Collégiale de Saint-Maurice ; il avait alors 50 ans. Ayant refusé le serment en 1791, il ne put se résoudre à la déportation, et il resta dans le pays, de préférence à Saint-Georges de Montaigu, où il assura l'exercice secret du culte après le départ du curé de cette paroisse pour l'exil. Afin d'échapper aux perquisitions républicaines, il se cacha dans les Maines, puis à Boësse, puis à la Gerverie, se rapprochant toujours de la forêt de Grasla, qui, ainsi que les Maines, resta inabordable aux Bleus. Pas un de ceux qui s'y aventura n'en revint pas pour raconter aux autres ce qu'ils y avait vu. Les paroissiens de Saint-Georges s'étaient construit des abris de feuillages dans ces bois touffus défendus par des rivières. On montrait encore à la Gerverie, il y a peu d'années, le hangar où M. Marion disait habituellement la messe et où il bénit des mariages, jusqu'à sept le même jour.
Dans l'intérêt religieux des fidèles, M. Marion se soumit au serment du 7 vendémiaire an IV, puis à celui du 19 fructidor an V. Après le coup d'Etat de fructidor, plusieurs rapports décadaires mentionnent sa présence.
"MARION (Pierre), résidant à St-Georges depuis l'insurrection, vieillard ; a, dans tous les temps, prêché la soumission aux lois ; a obéi à la loi du 7 vendémiaire an IV et du 19 fructidor dernier."
Dans le rapport adressé par le préfet de la Vendée au ministre de l'Intérieur le 16 thermidor an IX, il est ainsi noté : "ancien curé, exerçant à Montaigu, a fait la promesse, a du mérite, mais vieux et infirme."
L'ancien curé de St-Jacques mourut peu de temps après, au Pallet (Loire-Inférieure), dans la famille de M. Blanchard d'Antières.

Montaigu pont St NicolasLa signature de M. Charles-Dominique POULAIN, précédemment curé de Treize-Septiers, paraît pour la première fois le 28 janvier 1782 sur les registres de la paroisse St-Nicolas de Montaigu ; il avait permuté avec M. Olivier Hugron. D'un caractère très liant et de relations aimables, M. Poulain se laissa entraîner par ses amis de bourgeoisie frondeuse de Montaigu dans le courant révolutionnaire. Il prêta le serment schismatique, mais il s'empressa de le rétracter, quand la marche des évènements lui fit comprendre où on le menait.
Les révolutionnaires au petit pied de Montaigu ne le lui pardonnèrent pas. Pendant la Terreur, il se cacha à la Bruffière. Des Bleus de l'armée du Nord l'y découvrirent et le ramenèrent à Montaigu, en octobre 1793, pour le fusiller sur le pont St-Nicolas, à titre d'exemple. Son corps fut jeté à l'eau et entraîné par le courant jusqu'au Moulin-Gros, où il fut recueilli par le meunier Luneau, et inhumé au bord de la rivière.
En mai 1825, M. Sidoli, curé de Montaigu, obtint de Mgr Soyer, évêque de Luçon, et de M. de Curzon, préfet de la Vendée, l'autorisation de rechercher le corps de M. Poulain afin de lui donner une sépulture honorable. Mais le courant avait miné le terrain ; on ne retrouva aucun vestige du cadavre, et le meunier Luneau attesta avoir vu, il y avait quelques années, les ossements surnager et suivre le courant.
La Collégiale de Saint-Maurice, fondée le 12 décembre 1356 par Maurice de Velluire, seigneur de Montaigu, desservie au XVIe siècle par onze chanoines et neuf vicaires, ne comptait plus en 1790 qu'un doyen, un chantre, un sous-chantre, un sacriste et deux chanoines. En fait, les canonicats de la Collégiale de Saint-Maurice semblent l'avoir été que d'honorables retraites, quelque chose comme le chapître de Saint-Denis du diocèse de Luçon.


A la Révolution, M. Mathurin FEUVRE, doyen depuis 1770, était d'un âge fort avancé, puisqu'il était déjà curé de la Guyonnière dès 1758. En 1789, il siégea à l'Assemblée électorale du Poitou, dont il signa le dernier procès-verbal ; en 1790, il fut nommé officier municipal à Montaigu. N'exerçant pas de ministère paroissial, le doyen de la Collégiale n'eut pas à prêter le serment de 1791. Tous les historiens de la Vendée, sans exception, tous ceux aussi qui n'ont fait que réunir des documents ou des notes sur cette terrible époque, faute d'avoir retrouvé trace de M. Feuvre après 1790, l'ont fait mourir dans le grand massacre de 1793, côte à côte avec les chanoines de la Collégiale, sans appuyer cette assertion d'aucune preuve quelconque.
Si ce n'est pas une méthode historique recommandable, c'est un moyen de se débarrasser honorablement du souci des recherches parfois laborieuses. Or M. Feuvre ne fut point massacré en 1793. Avant 1793, M. Feuvre s'était livré au commerce des grains ; il avait même été compromis dans une affaire d'accaparement, ce qui n'exclut pas sans doute, mais n'implique pas non plus la vocation du martyre. Nous le retrouvons du reste, en l'an VI, commissaire du directoire du district près l'administration municipale de la Garnache, poste modeste, mais qui, en pleine période de fructidor, laisse planer de fâcheux soupçons sur son attitude probable pendant la Révolution. Le document des Archives Nationales, qui nous a renseigné, ne laisse aucun doute sur l'identité du personnage, puisqu'il le qualifie encore, en l'an VI, d'ex-doyen de Saint-Maurice. A partir de 1798, la trace de M. Feuvre est définitivement perdue ; il est vrai qu'il avait au moins alors 70 ans.

 

Montaigu


L'influence de la famille Goupilleau à Montaigu n'avait pas dû être étrangère à l'élévation d'un de ses membres, M. Charles-François GOUPILLEAU à la dignité de la chanterie de la Collégiale. Ce chanoine, cousin des deux députés sous la Révolution, ne partageait pas leurs opinions avancées. Il resta à Montaigu, et, lors du soulèvement de la Vendée en mars 93, sauva la vie à M. Dugast-Matifeux fait prisonnier par les Vendéens, au moment même où se débattait son sort. Le chanoine put le faire évader, et le cacha dans le galetas de sa maison.
Le 21 septembre suivant, l'armée républicaine sous les ordres de Canclaux et de Kléber reprit Montaigu. Deux jours auparavant, après sa victoire à Torfou, l'armée catholique et royale avait chassé de Montaigu l'incapable Beysser, et jeté dans les citernes du château les cadavres des républicains tués dans l'action. Les soldats de Canclaux ne voulurent pas être en reste avec leurs adversaires ; ils massacrèrent tous les suspects, et comblèrent de leurs cadavres le puits du couvent des religieuses fontevristes de Saint-Sauveur. M. Goupilleau, assassiné dans un jardin situé au faubourg Saint-Nicolas, fut, avec beaucoup d'autres, victime de cette exécution sommaire.


Inférieure en dignité et en bénéfice à la Chanterie, la Sous-Chanterie de la Collégiale n'en était pas moins la plus grosse prébende, grâce à l'intérêt qu'y ajoutait la régie des biens de la famille Leclerc de Juigné, en possession du marquisat de Montaigu. M. Charles Joussemet, ancien curé de l'Ile-d'Yeu, avait joui longtemps de ce canonicat ; lorsqu'il mourut, en février 1776, ce fut M. François SAUVAGET, déjà chanoine de Montaigu, qui l'obtint à sa place, quoiqu'il eut pour compétiteur le chantre lui-même. M. Goupilleau, qui, plusieurs mois avant le décès du titulaire, s'était mis en campagne pour s'assurer la survivance. "Monté au faîte, il aspirait à descendre ... dans un nid mieux étoffé que le sien." (Mémoires de M. Louis Joussemet, curé de l'Ile-d'Yeu).
M. Sauvaget, né le 20 février 1742, à Vieillevigne, où son père était tanneur, paraît avoir été l'homme d'affaires actif et entendu de la Collégiale. Le doyen et les chanoines du chapitre de Luçon le choisirent pour leur fondé de pouvoirs, le 6 mars 1789, et, à ce titre, il vota à l'Assemblée générale des trois ordres des Marches du Poitou et de Bretagne, le 31 du même mois. Son mérite et aussi le patronage du seigneur du lieu le firent nommer maire de Montaigu en 1790 ; il fut réélu à ce poste le 13 septembre 1791 ; mais, pour n'avoir pas à installer le curé constitutionnel, le 10 octobre suivant, il donna sa démission la veille, ce qui lui valut une dénonciation en règle de Goupilleau (de Montaigu) à l'Assemblée nationale, mais ce qui ne l'empêcha pas d'être de nouveau réélu. M. Sauvaget avait refusé le serment schismatique ; car, s'il n'y était pas astreint comme chanoine de la Collégiale, il y était tenu comme principal du collège dont il cumulait aussi la direction. "Jamais homme plus inconstitutionnel, écrivait Goupilleau, ne pouvait remplir une place constitutionnelle. En démissionnant pour ne pas recevoir le curé légal, cet homme a outragé la loi. A présent qu'il s'est fait réélire, il pourra d'autant mieux prêcher la révolte contre la loi, outrager le vertueux curé constitutionnel, le harceler, le forcer à céder la place au curé inconstitutionnel qu'il protège."
L'affaire n'en resta pas là, car, un an après, Gensonné dénonçait encore à la tribune avec indignation "le fait des officiers municipaux de la ville de Montaigu qui avaient démissionné la veille de l'installation du curé constitutionnel, afin de ne s'y pas compromettre, et qui, le lendemain, s'étaient empressés de convoquer les électeurs pour se faire réélire. Ce serait vainement que vous prendriez des mesures contre les prêtres perturbateurs, si les agents des administrations ont la bassesse d'être de connivence avec eux."
M. Sauvaget tint bon, et, le 15 septembre 1793, Fayau (de Montaigu), chirurgien-major, écrivait, de Fontenay, à Goupilleau, alors député à la Convention : "Sauvaget, régent, Chaignon, régisseur, Faveron jeune, Auvynet fils aîné, forment le comité royaliste de Montaigu ... Les curés de la Grolle, de Puyraveau, le vicaire de la Boissière et quelques autres ne respirent que le meurtre et le sang."
M. Sauvaget avait été du petit nombre de ceux qui "ne respirant que le meurtre et le sang", avaient échappé au massacre républicain du 21 septembre, commis huit jours après la lettre si opportune de Fayau, et au puits du couvent des religieuses fontevristes de St-Sauveur. Du 21 avril 1795 au 20 octobre 1796, il signa, comme desservant, les registres de catholicité de St-Christophe-la-Chartreuse ; puis il exerça spécialement le ministère à St-Philbert-de-Bouaine.
Le coup d'Etat du 18 fructidor an V l'obligea à beaucoup de circonspection. Un rapport décadaire du commissaire Girard, daté de Rocheservière le 6 fructidor an VI, s'exprime ainsi sur son compte :
"Sauvaget, ex-sous-chantre de Montaigu, habitait la commune de Bouaine, et y exerçait la fonction de curé avant le 18 fructidor. Aujourd'hui il vit caché dans cette même commune, et fait en secret les fonctions de prêtre. Cet homme d'une santé faible m'a toujours paru d'un caractère pacifique et humain (Girard n'avait probablement pas lu Fayau). Mais il n'en prêche pas moins les maximes anti-républicaines. Son influence est très grande, d'autant plus qu'il jouit parmi le peuple de la réputation d'un homme vertueux."
La tourmente passée, M. Sauvaget reprit ostensiblement ses fonctions à St-Philbert de Bouaine. En 1799, le grand-vicaire M. Voyneau, l'autorisait à accorder des dispenses pour mariage. Le rapport préfectoral, de thermidor an IX le classe, comme "exerçant à Bouaine, parmi les prêtres disposés à faire la promesse, peu instruit, mais recommandable par son caractère doux et conciliant." Pour des motifs que nous ne connaissons pas, M. Sauvaget quitta Bouaine et le diocèse en 1803, fut nommé par l'évêque de Nantes curé de St-Hilaire-des-Bois, et mourut curé de cette paroisse le 12 janvier 1810.


M. Jean-Joseph JAGUENEAU, aumônier de l'hôpital de Montaigu en 1760, fut nommé, en 1790, chanoine et sacriste de la Collégiale. Le 25 juillet 1791, il assista, en cette qualité, aux obsèques de M. Julien-Gabriel Duchaffault, à Boufféré. Il habitait, à Montaigu, la même maison que son confrère, le chanoine Bretté de la Guibertière. Il ne fut point appelé à prêter le serment exigé en 1791. Il est de tradition dans sa famille qu'il fut massacré en mai 1793 par une patrouille envoyée dans la commune de Treize-Septiers où il s'était retiré. L'inhumation eut lieu dans le cimetière de la Bernardière le 24 mai 1793. L'acte porte simplement qu'il était décédé au village de l'Autrie.


M. François-Joseph BONNIN, chanoine de la Collégiale, avait été pourvu de ce canonicat en 1758, par résignation de son oncle, Louis Bonnin, précédent titulaire et sous-chantre. Le nouveau chanoine était fils d'un ancien sénéchal de Montaigu.
Sa prébende était médiocre, et eût été insuffisante, s'il n'avait eu un patrimoine personnel ; il vivait avec sa soeur. En 1789, lors des élections des délégués à l'Assemblée électorale de Poitiers, il reçut la procuration de M. Gandillon, sous-doyen du chapitre de Luçon, qui était électeur dans les Marches communes de Poitou et de Bretagne comme titulaire du prieuré royal de Saint-Laurent du Fougeré et chapelain des Gabard.
N'ayant pas eu à prêter ni à refuser le serment, M. Bonnin résidait encore à Montaigu lors de la prise de cette ville par les Républicains en 1793. Son père et sa soeur furent massacrés par les Bleus, et, par un raffinement de cruauté, leurs cadavres coupés en morceaux, allèrent rejoindre dans le puits des religieuses de Saint-Sauveur ceux des autres victimes.


Né au château de la Guibertière, en Saint-Martin des Noyers, en 1732, M. Augustin-Jacques-Joseph-Modeste BRETHÉ DE LA GUIBERTIERE avait été vicaire à Bois-de-Cené, puis curé de Saint-Gilles-sur-Vie (2 novembre 1768), avant d'être pourvu en 1774, d'une stalle de chanoine à la Collégiale de Saint-Maurice ; il habitait, à Montaigu, la même maison canoniale que M. Jagueneau. Un document du 10 décembre 1792, mentionne, parmi les domaines invendus de la Collégiale :
1° La maison du ci-devant doyenné ;
2° Celle occupée par Bonnin, ci-devant chanoine avec un petit jardin de l'autre côté de la rue ;
3° Celle occupée par Jagueneau et Brethé, ci-devant chanoines, avec les jardins y joignant ;
4° celle occupée par Goupilleau, ci-devant chanoine.
N'ayant pas été appelé à prêter le serment, M. Brethé de la Guibertière demeura à Montaigu tant que le souci de sa sécurité parut le lui permettre ; mais, quelques jours avant le massacre de ses confrères, il eut la prudence de s'éloigner, et de se retirer, d'abord à Saint-Aubin de Tiffauges, puis à la Pintrolière, dans la paroisse de Beaurepaire, où il mourut le 1er juillet 1794.
Jusqu'au mois de février 1791, il s'était réservé dans l'église de Saint-Gilles-sur-Vie le bénéfice des Coussy et la stipendie des Durand, estimés 146 # de revenus, avec charge de 2 messes par mois à 16 sols, et de 9 # 10 s. de décimes.
Le 9 thermidor an II, une pétition fut adressée au département par la "citoyenne Brethé de la Guibertière, et par le citoyen Louis Brochard, au nom et comme tuteur provisoire, nommé par police, des mineurs Adrien-François, Joséphine-Thérèse, Yolande-Rosalie Goulaine, enfants des défunts Goulaine et Brethé-Guibertière, tendant à obtenir radiation de la liste des émigrés du nom de Joseph Brethé-Guibertière, leur frère et oncle, ex-chanoine de Montaigu, décédé le 1er juillet 1794, et la réintégration provisoire de ses biens sequestrés attendu que ledit Brethé a toujours résidé jusqu'à son décès sur le territoire de la République, comme le prouvent : 1° un certificat du maire de Montaigu attestant que ledit Brethé, âgé de 60 ans, a fait partie de ladite Collégiale depuis plus de dix ans avant le mois de mars 1792 ; - 2° un certificat délivré par le maire de la commune de Saint-Aubin-de-Tiffauges attestant sa résidence depuis le 14 fructidor an Ier jusqu'au 25 germinal an II ; - 3° un certificat du maire de Beaurepaire du mois de Thermidor dernier, attestant sa résidence depuis le 25 germinal an II jusqu'au jour de son décès arrivé le 22 messidor suivant ; - 4° un acte de notoriété dressé par le juge de paix des Herbiers sur le décès dudit Brethé arrivé le 1er juillet 1794 (v.s.)" Le préfet de la Vendée accorda la radiation.


La carrière sacerdotale de M. Pierre GOILLANDEAU, né le 20 février 1753, n'est pas plus connue que la date de sa prise de possession d'un canonicat à la Collégiale de Saint-Maurice. Il n'eut pas à prêter le serment de 1791, échappa au massacre de 1793, se cacha dans le pays, et assista en août 1795, au Synode du Poiré, le 18ème sur 57. Le 16 juillet 1795, il signa avec la qualité de "prêtre aux Brouzils", la lettre adressée par quinze curés de la Vendée au général Hoche, pour le remercier de son attitude bienveillante à leur égard, et il continua à desservir la paroisse des Brouzils. Au coup d'Etat de fructidor, il crut sans doute plus opportun de ne pas priver les fidèles de la consolation du culte au prix d'un serment. Le rapport décadaire du 19 pluviôse an VI l'en félicite : "Pierre Goillandeau, chanoine de Montaigu, desservant les Brouzils, fut l'un des premiers à se soumettre au serment du 19 fructidor."
Extrait des registres des délibérations de l'administration municipal des Brouzils du 8 vendémiaire an VI de la République une et indivisible : "Conformément à la loi du 19 fructidor an V contenant des mesures de salut public, je soussigné Pierre Goillandeau, conformément à la loi du 25 vendémiaire an IV sur la police des cultes, déclare me conformer à l'article 6 de ladite loi ; je prête serment de haine à la royauté et à l'anarchie, d'attachement et de fidélité à la République et à la Constitution de l'an III.
Aux Brouzils, ce 8 vendémiaire an VI de la République.
P. GOILLANDEAU."
Cette concession alla justement contre le but que se proposait M. Goillandeau ; plusieurs familles catholiques cessèrent d'assister à sa messe ; néanmoins la majorité des fidèles ne l'abandonna pas ; un rapport du commissaire Vinet, du 1er floréal an VII, en témoigne : "La ci-devant église des Brouzils continue à être fréquentée par les rassemblements du peuple de tout sexe, les ci-devant jours de dimanches et de fêtes. Il ne s'y commet ni troubles, ni tumulte. Ces bonnes gens, fanatisés au possible, tiennent toujours à leurs anciennes habitudes. Ils se rendent là y faire leurs prières ; l'affluence y est grande, quoique les lieux n'y soient plus sortables, car la majeure partie est incendiée."
Dans le rapport préfectoral de thermidor an IX, M. Goillandeau est porté comme "exerçant aux Brouzils ; a fait la promesse ; talents médiocres, conduite fort sage."
Au rétablissement légal du culte, M. Paillou nomma M. Goillandeau à la cure des Brouzils. Le lundi de Pâques 1814, une attaque d'apoplexie le mit dans l'impossibilité d'exercer les fonctions sacerdotales. Mgr Paillou hésitait à lui donner un successeur de son vivant ; mais les habitants des Brouzils, voyant qu'il n'y avait aucun espoir de guérison, députèrent trois délégués auprès de l'évêque de la Rochelle, qui leur accorda un nouveau curé en la personne de M. Monnereau.

EDGAR BOURLOTON
La Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l'Ouest
1906

Publicité
Commentaires
R
Les contributions d'Edgar Bourloton ne sont pas à l'abri de quelques erreurs : <br /> <br /> - Ainsi, pour ce qui concerne les origines de la collégiale Saint-Maurice de Montaigu, qui a été fondée en 1438 par Jean III Harpedane (1408-1461), seigneur de Montaigu.<br /> <br /> - Aussi, pour la confusion entre le chanoine François Sauvaget et son frère Claude Sauvaget, maître principal du collège de Montaigu.<br /> <br /> - Et autres...
Répondre
La Maraîchine Normande
  • EN MÉMOIRE DU ROI LOUIS XVI, DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE ET DE LA FAMILLE ROYALE ; EN MÉMOIRE DES BRIGANDS ET DES CHOUANS ; EN MÉMOIRE DES HOMMES, FEMMES, VIEILLARDS, ENFANTS ASSASSINÉS, NOYÉS, GUILLOTINÉS, DÉPORTÉS ET MASSACRÉS ... PAR LA RIPOUBLIFRIC
  • Accueil du blog
  • Créer un blog avec CanalBlog
Publicité
Newsletter
Archives
Publicité
Derniers commentaires
Publicité
Publicité