COMBRAND (79) - 29 NOVEMBRE 1904 - TRANSLATION DES CENDRES DU GÉNÉRAL DE MARIGNY DANS LE NOUVEAU CIMETIERE
UN HÉROS DE LA VENDÉE MILITAIRE
Le 29 novembre 1904, a eu lieu à Combrand une imposante et touchante cérémonie.
A l'occasion de la translation, dans le nouveau cimetière, des restes d'une sainte religieuse, d'un ancien curé de la paroisse, M. l'abbé Vion, et de l'illustre chef vendéen le général de Marigny, un service funèbre était célébré pour les défunts de la paroisse, en présence d'un grand concours de fidèles.
A l'église, M. le curé de Rorthais a fait verser bien des larmes en rappelant, avec éloquence, nos devoirs envers ceux que la mort a ravis.
Puis, au cimetière, notre excellent ami, M. Savary de Beauregard, député, habitant de Combrand, a retracé, en un langage saisissant et en termes éloquemment émus, la glorieuse carrière du général de Marigny.
Nous sommes heureux de pouvoir publier ce superbe discours qui a produit la plus profonde impression et que les amis de la Revue du Bas-Poitou liront certainement avec le plus vif intérêt.
DISCOURS DE M. SAVARY DE BEAUREGARD
MESSIEURS, MES CHERS AMIS,
Ne vous semble-t-il pas qu'en ouvrant les tombeaux où reposaient ces restes, pour les transporter dans cette terre bénite, nous avons évoqué tout un monde de souvenirs amers sans doute, mais glorieux et consolants.
Une voix pieuse et éloquente, en vous parlant tout à l'heure du culte que nous devions aux morts, vous a rappelé les bienfaits d'un vieux curé de cette paroisse, l'abbé Vion, que les plus âgés d'entre nous ont connu. On vous a dit aussi les vertus d'une humble religieuse, plus heureuse que ses soeurs puisqu'elle a reçu sa récompense avant d'aboir subi les tristesses de la persécution.
En regardant hier encore remuer le sol de notre antique cimetière, où chaque coup de pioche découvrait des ossements, je pensais à toutes ces générations ensevelies à l'ombre du sanctuaire, à tous nos devanciers connus ou inconnus, qui avant nous ont éprouvé les vicissitudes de la vie, ses joies, ses douleurs, purifiées ou consolées par la pensée de Dieu, et qui se sont endormis là sous la protection de la Croix, dans l'attente de la résurrection. Et je me disais : Malgré les efforts de l'impiété triomphante, non, il n'est pas possible que les fils de tant de chrétiens abandonnent jamais la Foi des ancêtres !
Comment, en effet, ne garderions-nous pas jalousement la sainte Religion pour laquelle il n'y a guère plus d'un siècle nos aïeux versaient si courageusement leur sang ?
Ah ! si pour un instant le général de Marigny, dont nous portons les cendres, pouvait rompre le silence de la mort, il nous ferait frémir d'orgueil et de honte en nous montrant l'héroïsme de ces enfants, de ces femmes, de ces hommes, qui nous ont transmis avec la vie, la Foi ! Nous frémirions d'orgueil en pensant que ces géants qui affrontaient le martyre avec tant d'abnégation étaient nos pères ; nous frémirions de honte en comparant à leurs vertus surhumaines notre indifférence et notre lâcheté.
Puisqu'on m'a réservé l'honneur de vous rappeler la mémoire du général de Marigny, souffrez qu'en quelques mots je vous résume son existence, bien courte, hélas ! mais glorieusement remplie.
D'une vieille famille normande, Marigny naquit le 2 novembre 1754, à Luçon, chez des parents de sa mère ; son père, lieutenant de vaisseau, mourut jeune laissant une veuve et quatre enfants dont le futur général vendéen était l'aîné. De ces quatre enfants, seule fit souche Flore de Marigny, épouse du baron de Mont de Benque, arrière grand'mère de Madame Dutfoy que nous espérions avoir aujourd'hui avec nous et qui mérite toute notre reconnaissance pour la générosité avec laquelle elle a voulu contribuer à assurer à son grand-oncle une sépulture qui perpétuera son souvenir.
De bonne heure, Marigny se décida à suivre la carrière de son père et à entrer dans la marine. Nommé chevalier de Saint-Lazare dès sa sortie de l'école navale, nous le voyons combattant contre l'Angleterre dans la guerre d'Amérique, tantôt sous les ordres du chef d'escadre d'Estaing, tantôt sous le pavillon de l'amiral du Chaffault. Il obtint bientôt d'être attaché au port de Rochefort, où il était spécialement chargé de l'artillerie et de la défense des côtes ; c'est lui qui fit construire la jetée qui protège le port des Sables-d'Olonne. En juin 1789, il méritait la croix de chevalier de Saint-Louis.
Les évènements atroces prédits par le bienheureux Père de Montfort approchaient ; un souffle de folie tour à tour généreuse ou cruelle troublait les cerveaux ; bien avant d'éclater dans la rue, la Révolution croissait dans les esprits. De réels abus rendaient nécessaires des réformes, qui pour être profitables à la nation auraient dû être sagement mûries et que, d'ailleurs, tous, grands et petits, réclamaient. Mais une révolution pacifique n'aurait pas fait l'affaire des meneurs, auxquels il fallait du sang, des vengeances et du pillage. Bientôt sur toute la surface de la malheureuse France ce ne furent que meurtres et immondes orgies.
Au milieu de ces tempêtes, un coin cependant restait calme, c'était le nôtre. Là n'avaient jamais existé les abus qui, dans certaines provinces, soulevaient les colères populaires contre la vieille société vermoulue. Nos populations vivaient dans une paix profonde, en complète harmonie avec un clergé plein de zèle et une noblesse peu fortunée mais serviable et consciente de ses devoirs.
Comme le disait l'illustre évêque de Poitiers, Monseigneur Pie, quand le 28 février 1857 il prononçait en l'église de Saint-Aubin l'éloge funèbre de Victoire de Donissan, veuve de Lescure, Marquise de la Rochejaquelein : "La noblesse dans ce pays avait assez foi en elle-même pour ne pas rechercher cette grandeur factice qui a besoin de se rehausser par la fierté et elle avait surtout une foi religieuse assez vive, assez pratique, pour comprendre que de chrétien à chrétien, de Français à Français, ce qui veut dire d'homme libre à homme libre, la distance du rang ne doit se laisser apercevoir que par la supériorité de l'éducation et des bienfaits. - Le peuple, de son côté, savait que ses maîtres ne cherchaient jamais à l'humilier, ni à l'asservir : de là ce phénomène, une noblesse simple, affable, honorée, s'appuyant sur un peuple fier et indépendant".
On conçoit quelle durent être la révolte et l'indignation de nos pères quand ils virent traquer comme des criminels leurs prêtres vénérés, remplacés à l'autel par des apostats, des intrus comme on les appelait, quand ils virent emprisonner des maîtres qui étaient pour eux des protecteurs et des amis. De mois en mois le mécontentement grandissait, mais tout se bornait à des protestations plus ou moins violentes, parce que ceux qui auraient pu prendre la direction d'un mouvement insurrectionnel étaient les premiers à le déconseiller et même à le réprouver.
Pendant l'année 1791, le Marquis de Lescure, nouvellement marié, était venu chercher la tranquillité et l'oubli dans son château de Clisson en Boismé ; il y vivait très retiré avec les parents de sa femme et ses cousins, Henry de la Rochejaquelein et Marigny. Ce dernier, d'une force prodigieuse et d'une humeur joviale, était très populaire dans les paroisses voisines. Grand chasseur il trinquait volontiers et avait rapporté de ses longs voyages en Amérique d'excellentes recettes, qui lui permettaient de rendre de réels services à une époque où les médecins étaient rares.
Dans ce temps-là les communications n'étaient pas faciles dans notre Bocage, les nouvelles n'y parvenaient guère et les habitants de Clisson étaient peu renseignés sur la marche des évènements. Ils apprirent cependant, au mois de février 1792, les dangers qui menaçaient l'infortuné Louis XVI. Tout de suite ils partirent pour Paris, bien décidés à se faire tuer, s'il le fallait, pour défendre le Roi.
Par un hasard providentiel, ils échappèrent au massacre du 10 août et n'ayant plus rien à faire à Paris ils revinrent à Clisson, où ils vivaient plus isolés que jamais. - Chose curieuse, pendant que Paris, les grandes villes, la plupart de nos Provinces étaient le théâtre de scènes monstrueuses, pendant que de sinistres assassins faisaient tomber les têtes les plus illustres de France, pendant qu'une populace en délire conduisait à l'échafaud le fils de saint Louis, les habitants de Clisson demeuraient dans une sécurité relative, grâce au respect et à l'affection dont ils étaient entourés.
Cependant une étincelle allait mettre le feu aux poudres : la Convention menacée par la coalition européenne venait de décréter la levée forcée de trois cent mille hommes et nos jeunes gens, jusque-là exempts du service militaire, exaspérés par les violences chaque jour commises par les délégués du pouvoir, refusèrent énergiquement de servir un gouvernement qu'ils considéraient avec raison comme révolutionnaire et néfaste pour leur pays. Plusieurs cantons de l'Anjou s'étaient soulevés, quand les jeunes gens des Echaubrognes et de Saint-Aubin vinrent à la Durbellière chercher Henry de la Rochejaquelein et le forcèrent à se mettre à leur tête. La situation devenait de plus en plus inquiétante ; des bandes de volontaires révolutionnaires terrorisaient le pays, emprisonnaient les suspects, s'attaquaient aux chaumières comme aux châteaux.
Un beau matin, les gendarmes de Bressuire étaient venus à Clisson arrêter Lescure, Marigny et leurs parents. On voulut d'abord les enfermer dans la prison de la ville, mais un farouche révolutionnaire, le nommé Allain, épicier et fournisseur du château de Clisson, obtint de garder les prisonniers chez lui. Cela devait les sauver. En effet, quelques jours plus tard, quatre cents Marseillais, furieux d'avoir été battus aux Aubiers par Henry de la Rochejaquelein dont les vigoureux soldats n'avaient pourtant que des fourches et des bâtons, tuèrent sans pitié les prisonniers qui remplissaient la prison.
Le 2 mai 1793, le bruit s'étant répandu que les Vendéens venaient de prendre Argenton et marchaient sur Bressuire, l'armée révolutionnaire se replia sur Thouars accompagnée dans sa retraite par la plupart des habitants de la ville. Lescure et Marigny purent donc sans encombre regagner Clisson, où La Rochejaquelein lui-même vint leur apprendre que l'armée catholique et royale, c'est ainsi qu'on l'appelait déjà, campait à Bressuire et se préparait à marcher sur Thouars. Vous pensez bien, Messieurs, que Lescure et Marigny se seraient considérés comme des lâches s'ils avaient hésité un instant à suivre des héros parmi lesquels beaucoup étaient leurs ouvriers, leurs fermiers, leurs meilleurs amis.
Ils arrivent à Bressuire et tout de suite Lescure est choisi comme chef par toutes les paroisses du canton ; à Marigny, on confie l'artillerie, forte de douze pièces de canons, toutes prises aux révolutionnaires ; parmi ces pièces était la célèbre Marie-Jeanne dont les soldats de la grande guerre aimaient à raconter la terrible puissance. Dès le lendemain de leur arrivée, le 5 mai 1793, Lescure et Marigny contribuaient largement à la prise de Thouars, où aucun excès ne fut commis par les vainqueurs qui s'emparèrent seulement d'une quantité énorme d'armes et de munitions.
Sans perdre un instant, Marigny s'empresse de mettre en lieu sûr ces approvisionnements dans le vaste château de Mortagne, qui se trouvait au coeur du pays soulevé et où il organisa son principal arsenal. Cela ne l'empêcha pas de prendre part à la victoire de la Châtaigneraye le 13 mai et d'assister le 16 mai au désastre de Fontenay, où les Vendéens, pris de panique, abandonnèrent toute leur artillerie.
Fou de douleur à la vue de cette perte qui lui semblait irréparable, Marigny fut pris de désespoir et, en arrivant au château de la Boulaye près Mallièvre, il jeta ses pistolets sur une table en jurant qu'il ne se battrait plus. Lescure rentrait au même moment ; prenant son cousin par le bras, il le conduisit dans un champ voisin où des Vendéens en armes récitaient dévotement le chapelet : Voyons, Marigny, s'écria-t-il, en lui montrant ce touchant spectacle, oserais-tu désespérer encore quand ces braves gens te donnent l'exemple de la confiance ! Marigny redevint lui-même et ne songea plus qu'à prendre sa revanche.
L'occasion ne devait pas se faire attendre. Le 25 mai la grande armée catholique et royale venge sa défaite du 16, reprend Fontenay et ses canons avec toute l'artillerie des bleus. Au premier rang pendant la bataille, Marigny mérita d'être au premier rang, à l'honneur. En signe de joie et de reconnaissance envers le Dieu qui donne la victoire les soldats voulurent faire entrer leur canon la Marie-Jeanne dans l'église de Fontenay et pendant le chant du Te Deum le général dut se tenir debout près de la fameuse pièce comme pour le garder.
Le 9 juin, nous le retrouvons à la prise de Saumur, où il arrête net un cavalier fuyard en abattant l'encolure de son cheval d'un seul coup de sabre. A cette époque maudite les nuits comme les jours se passaient en alertes et en combats. Notre infortuné pays était condamné à une dévastation totale parce que nos pères s'étaient levés en masse pour défendre leurs foyers et leurs autels, pensant à bon droit qu'en tout temps l'autel est le rempart du foyer, la religion étant la sauvegarde de la famille dont elle garantit l'avenir et la dignité.
Le 3 juillet de cette terrible année 1793, le farouche Westermann envahissait Châtillon et massacrait les malades et les blessés réfugiés à l'hôpital. Prévenus de ces horreurs, les Vendéens accourent et, le 5 juillet, ils taillent en pièces l'armée de Westermann dans les rues mêmes de la ville. Transporté par la colère, Marigny frappe sans relâche ; c'est alors que le saint du Poitou, Lescure, l'apercevant dans la mêlée lui crie : "Arrête, Marigny, tu es trop cruel, tu périras par l'épée." "Laisse-moi, répond Marigny, laisse-moi venger sur ces monstres les crimes qu'ils ont commis."
Nous rencontrons encore notre général le 5 septembre à la victoire de Chantonnay, le 19 septembre à la bataille sanglante de Torfou, les 9 et 11 octobre sous les murs de Châtillon, mais il ne paraît pas avoir assisté à la défaite de la Tremblaye, près Cholet, où son cousin Lescure fut mortellement blessé d'une balle au front.
Cernée de toute part par les armées révolutionnaires, l'héroïque Vendée semblait à bout de force. Vaincus à Cholet, nos malheureux soldats, malgré leurs généraux, s'enfuient vers la Loire ; ils espèrent qu'après avoir traversé le fleuve ils pourront un instant respirer, se refaire. N'écoutant ni les ordres ni les prières de leurs chefs, ils passent la Loire, suivis d'une foule lamentable de femmes, d'enfants, de blessés, de fugitifs. Impuissant témoin de cette affreuse déroute, Marigny parvient à sauver son artillerie par des prodiges de courage et d'énergie. Sur la voie douloureuse que vont suivre désormais les débris de la grande armée catholique et royale, partout Marigny se distinguera par sa téméraire valeur et son invisible force d'âme, toujours il sera au poste le plus périlleux, défiant la mort ; mais, la mort qui l'épargne dans l'ivresse glorieuse des combats lui réserve un sort plus cruel.
Après la dispersion de l'armée à Savenay, Marigny parvient à repasser la Loire ; il arrive à la Girardière, château abandonné, appartenant à M. Serin de la Cordinière. La Rochejaquelein vient d'être tué, Stofflet, trop dur pour ses hommes, n'est pas aimé. Ceux du pays de Cerizay se réunissent autour de Marigny, qui parvient bientôt à surprendre et à défaire plusieurs détachements révolutionnaires.
Le 18 avril 1794, avec une poignée de braves, il voulut se rendre au château de Clisson pour y constater les ravages accumulés par les colonnes infernales et sans doute pour revoir encore ces lieux où jadis, jeune officier de marine, il avait coulé des jours si heureux dans l'intimité de Lescure et de La Rochejaquelein, tous deux tombés martyrs de leur Foi religieuse et politique.
Pendant cette triste visite on l'avertit qu'une troupe considérable d'incendiaires arrive de Niort, pillant et brûlant toutes les fermes qui sont encore debout. Dans toutes les paroisses environnantes retentit le son lugubre du tocsin. Les Vendéens que le feu a chassés de leurs demeures, ceux qui errent à travers les ruines et les champs dévastés, attendant l'heure de la vengeance, accourent vers Clisson et se groupent autour de Marigny qu'ils croyaient mort, et qu'ils considèrent comme leur sauveur.
C'était le jour du Vendredi-Saint, une croix de pierre était là dans les allées du parc ; nos pères qui tous pleuraient des parents, des amis, leurs biens emportés et ravis par l'affreuse tourmente, nos pères entonnent le chant de douleur et d'espérance : O crux ave spes unica ! Puis ils foncent sur les révolutionnaires avec une telle violence qu'ils les culbutent en un instant, en tuent des milliers et dégagent enfin la contrée des hordes sauvages qui y mettaient tout à feu et à sang.
Cet exploit devait être le dernier de notre général, l'orgueil froissé et la jalousie qui s'emparent parfois des âmes les plus nobles au point de leur inspirer les crimes les plus abominables, devaient donner le coup de mort au héros qui souvent se vantait d'être invulnérable dans la bataille, malgré sa légendaire témérité.
Charette et surtout Stofflet ne lui pardonnaient pas l'influence qu'il exerçait sur les anciens soldats de Lescure et de La Rochejaquelein ; ils lui pardonnaient encore moins l'indépendance de son caractère. Un jour, profitant d'une circonstance malheureuse, où Marigny avait eu le tort de céder au mécontentement de ses hommes et de ses officiers, et avait abandonné Charette et Stofflet à leurs propres forces la veille d'une bataille, ceux-ci le traduisirent devant un conseil de guerre où il fut condamné à mort.
Prévenu de cette sentence, Marigny n'y voulut pas croire ; il se refusait à penser que des Vendéens pussent accomplir un pareil forfait ; malgré les instances de ses amis, il persistait à vivre seul, sans escorte, à la Girardière, où il se reposait des fatigues de la guerre dans un calme relatif dû en grande partie au prestige de son invincible courage. Nul soldat vendéen, en effet, ne devait participer à ce crime odieux, dont la responsabilité ternira à jamais la mémoire de Stofflet.
Le 10 juillet 1794, on entendait un feu de peloton dans la direction de la Girardière, c'étaient des déserteurs allemands à la solde de Stofflet qui venaient d'exécuter l'inique sentence. Marigny avait demandé un prêtre, ces misérables lui refusèrent cette suprême consolation. Il obtint cinq minutes pour se recueillir, puis descendant dans son jardin, il commanda lui-même le feu.
Ainsi périt, à moins de quarante ans, l'un des généraux les plus populaires et les plus illustres de notre Vendée.
Après ce meurtre inexcusable nos pères, Messieurs, ne voulurent plus suivre d'autres chefs. Ils suspendirent à leurs foyers déserts, ou ils cachèrent dans les vieux chênes leurs armes désormais inutiles. Mais si la rouille a émoussé les épées et rongé l'acier des fusils, le temps n'a pas effacé le souvenir de Marigny.
Inhumé dans notre vieux cimetière le jour même de sa mort en présence de Hay, métayer à la Girardière, de Forestier, réfugié au même lieu, Pierre Gamard et de François Nau, réfugiés à la Billardière, Marigny n'a pas été oublié ; pour soustraire son corps aux profanations possibles ses amis crurent devoir cacher le lieu de sa sépulture, mais les survivants de la grande guerre venaient en secret s'agenouiller sur le gazon sous lequel il dormait, pour pleurer et prier.
Longtemps après, on fit savoir à la veuve de Lescure, à la Marquise de La Rochejaquelein, que deux vieillards de Combrand connaissaient l'endroit où reposait la dépouille mortelle de son cousin. C'est alors que de concert avec M. de Mont de Benque, neveu et filleul de Marigny, elle fit élever le modeste monument que nous allons transporter ici.
Qui donc, habitants de Combrand, qui donc d'entre nous aurait consenti à laisser à l'abandon les restes de ce vaillant parmi les vaillants ? Nous aussi nous traversons des temps difficiles et l'avenir semble nous réserver des épreuves plus cruelles encore, mais désormais quand nous viendrons prier dans ce cimetière, nous penserons à Marigny, à ses valeureux soldats ; nous demanderons à ces martyrs de nous donner leur courage, de nous garder la Foi !!
H. DE BEAUREGARD
REVUE DU BAS-POITOU
18ème Année - 1ère livraison
1905



