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La Maraîchine Normande
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16 janvier 2014

JANVIER 1794 - DEUX MARTYRS FLÉCHOIS - LES FRERES LÉGO

DEUX MARTYRS FLÉCHOIS
(1er Janvier 1794)

 

CHATEAU DES CARMES LA FLECHE



LES FRERES LÉGO

Les deux frères Légo appartenaient à une honnête famille roturière établie à La Flèche dès la fin du XVIIe siècle. Michel Légo y était alors "marchand tanneur", et, de Marie Cousin, son épouse, il avait eu, entre autres enfants, René Légo "marchand tailleur d'habits". Ce dernier épousait, en l'église Saint-Thomas, le 25 mai 1727, Marie Le Monnier, fille de Julien Augustin Le Monnier, premier huissier audiencier au siège royal de la Mairie de La Flèche, et de Marie Ducos. De cette union trois fils nous sont connus : Mathieu, né en 1730, Jacques-Louis, né en 1733, et Augustin-François-Michel, né en 1739.
Mathieu suivit la voie paternelle et devint, à son tour, "maître tailleur d'habits". Il épousa Renée Moreau dont il eut plusieurs enfants : Pierre Mathieu, baptisé le 3 juin 1762, et dont le parrain fut M. Pierre Légo, maire-chapelain de la cathédrale Saint-Maurille d'Angers, probablement son proche parent : René-Mathieu-Augustin et Jean. Ces deux derniers devaient rendre à jamais illustre leur nom familial, en versant leur sang pour la foi catholique.

 

acte de naissance mathieu-augustin Légo montage



L'aîné de ces deux frères, René-Mathieu-Augustin était né à La Flèche, le 5 octobre 1764. Voici l'acte que dressa de son baptême Me Jean Léger de Chamant, prêtre :
"Le cinquième jour d'octobre mil sept cent soixante quatre a été batisé par nous Jean Leger de Chemant prêtre vicaire soussigné René Mathieu Augustin né de ce jour fils de Mathieu Légo me tailleur d'habits et de Renée Moreau sa femme ; ont été parrain Me René Le Monnier notaire royal, et marraine Françoise Joly femme de Michel Dolbeau, maître menuisier dans cette paroisse qui ont signé avec nous :
Françoise Joly femme Dolbeau
R. Le Monnier
Mathieu Légo
Jean Léger de Chamant prêtre."

La Flèche était alors, comme elle le fut toujours, une pépinière de prêtres. Tout naturellement René-Mathieu-Augustin se sentit attiré vers le sanctuaire. Peu de temps après son ordination sacerdotale, il exerça le saint ministère comme vicaire au Plessis-Grammoire, près Angers.
En 1791, il refusa le serment schismatique, quitta son vicariat, et s'expatria. En compagnie de son frère il passa en Italie.

 

Acte de naissance de Jean Légo



Ce jeune frère, Jean (alias Jean-Baptiste), était de deux ans moins âgé que René ; nous avons relevé son acte de baptême :
"Le treizième jour de mai mil sept cent soixante six a été baptisé par nous vicaire soussigné Jean, né de ce jour, fils de Mathieu Légo, me tailleur d'habits et de Renée Moreau, sa femme. On été parrain Jean Légo, garçon tailleur d'habits, et marraine Anne Brosselais, fille, tous de cette paroisse qui ont signé avec nous (Signé) René Légo, Jean Légo, Mathieu Légo, Marie Brosselais, Anne Brosselais, Douay, prêtre."

Jean Légo dirigea sa vocation vers le sacerdoce, et il n'était probablement que diacre lorsqu'éclata la Révolution. Sans fonctions, il n'avait point à prêter le serment et pouvait rester en paix dans son pays. Mais, craignant sans doute que l'absence prolongée d'un évêque légitime ne nuisit à la réalisation de sa vocation, il se décida à quitter son pays, et à continuer, dans une contrée plus hospitalière, ses études cléricales. Il partit donc, accompagné de son frère aîné, vers l'Italie. Il reçut à Rome l'onction sacerdotale.

Engagé complètement dans la milice sacrée, il voulut, dans l'ardeur de son zèle, se consacrer aux âmes de ses frères et il reprit bientôt avec son frère le chemin de France. Tous deux revinrent au Plessis-Grammoire et y exercèrent, ainsi que dans tous les environs, au prix de bien des périls, le saint ministère.

Après la prise d'Angers par les Vendéens, en juin 1793, ils crurent pouvoir paraître en public, mais traqués de toutes parts, ils se réfugièrent à la suite de l'armée Vendéenne. M. de la Sorinière les signale, en son interrogatoire, comme accompagnant "les brigands".
Après le désastre du Mans (12-13 décembre 1793), ils errèrent çà et là dans la campagne et revinrent en leur ancienne paroisse.

Dans la soirée du 25 décembre 1793, la municipalité de la Cornuaille prévint en grand secret le commandant de la garde nationale de cette commune, le citoyen Gigault-Giraudais, que des réfractaires étaient probablement cachés dans la demeure du nommé Laurent Gillot.
Le renseignement était véridique, et, à 8 heures et demie, quatre prêtres étaient arrêtés chez lui ; messieurs René-Mathieu-Augustin et Jean-Baptiste Légo, Pierre Hermenot (Prêtre de l'Hôtel-Dieu d'Angers) et François Houssin (Curé de N.-D. des Brouzils (Vendée). Il était né à Ampoigné - Mayenne).
Gillot et ses hôtes sont aussitôt interrogés par les municipaux ; nous détachons ce qui concerne nos fléchois.

On demande à René-Mathieu-Augustin Légo :
Depuis quand et comment il a quitté son vicariat
- Depuis trois ans, répond-il.
On questionne son frère sur son ordination : "Il ne veut dire l'évêque qui l'a fait prêtre."

Séance tenante, la municipalité arrête que les détenus seront conduits par le commandant de la Garde nationale au Comité révolutionnaire d'Angers. Le lendemain, 26 décembre, le citoyen commandant, Girault-Giraudais, amène les prisonniers à Candé et demande à la municipalité de cette ville de vouloir bien les recevoir dans la maison d'arrêt et de les y garder jusqu'à ce que le citoyen Baudry, commandant de la force armée de Candé, puisse les faire conduire en sûreté à Angers. Cette autorisation est accordée.

 

ANGERS PLACE DES HALLES



Arrivés à Angers, nos deux prêtres furent enfermés à la prison nationale, située place des Halles.
Le 12 nivôse (1er janvier 1794), ils comparaissent devant la Commission Militaire, siégeant dans l'ancienne église des Jacobins.

Après avoir demandé à René-Mathieu-Augustin Légo, ses nom, prénoms, âge, qualité, les juges lui posent les questions suivantes :
D. - Ce qu'il a fait depuis qu'il a quitté son vicariat ?
R. - Il est allé se promener dans les pays étrangers.
D. - S'il est allé rendre visite au Pape ?
R. - Il a seulement été dans ses États.
D. - Pourquoi et depuis quand il est rentré en France.
R. - Il y est rentré depuis deux ans, et il est avec les brigands depuis le passage de la Loire.

A Jean-Baptiste Légo, les juges demandent :

D. - Quel est l'évêque qui l'a fait prêtre ?
R. - Celui qui les fait ordinairement à Rome.
D. - Combien il y a de temps qu'il suit les brigands ?
R. - Depuis leur passage de la Loire.
D. - S'il était caché chez un nommé Gillot ?
R. - Il y a passé une nuit étant exténué de fatigue.

Séance tenante, la Commission Militaire condamne à mort les deux frères Légo et leurs deux confrères, pour les motifs suivants : "Avoir entretenu des correspondances avec les brigands de la Vendée. - Avoir enfreint la loi relative à la déportation des prêtres réfractaires. - Avoir, après cette infraction à la loi, excité, suivi, ou maintenu la révolte qui a éclaté dans le département de la Vendée. - Avoir par leurs discours perfides, séduit les esprits faibles, en leur disant que pour être agréable à l'auteur de la nature et jouir d'un heureux avenir, il fallait massacrer tous les défenseurs de la République. - Avoir provoqué au rétablissement de la royauté et à l'anéantissement du peuple français."

Ce même jour, 1er janvier 1794, ils furent exécutés à quatre heures du soir, sur la place du Ralliement, en compagnie des deux autres prêtres. Ils s'embrassèrent aux pieds de l'échafaud.

LOUIS CALENDINI.
Annales Fléchoise et la Vallée du Loir
Janvier-Décembre 1914

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