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La Maraîchine Normande
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1 janvier 2014

LES RÉGICIDES SAINTONGEAIS

LES RÉGICIDES SAINTONGEAIS

Par Jacques LAMARE
Membre de l'Académie Montesquieu

GUILLOTINChacun sait que Guillotin est né à Saintes en 1738 et qu'il y passa son adolescence.
Professeur puis médecin et philanthrope, il demanda pour les condamnés un traitement égal devant le bourreau.
Chargé d'une notoriété dont il se serait bien passé, on donna abusivement son nom à la "guillotine".
La maturité de cet homme de bien se déroula donc durant cette période de répression excessive et sanguinaire qui prit le nom de "Terreur" et au cours de laquelle cet estimable personnage risqua de perdre lui-même la tête sous le couteau d'un instrument auquel on l'avait condamné, de toutes façons, à être associé à tout jamais.
Il aurait été tout aussi surpris de savoir que cette répugnante machine servirait à décoller le roi Louis XVI qui ne fut condamné à la peine capitale que dans une proportion de 366 voix contre 361.
Reflétant assez bien la mentalité des pourvoyeurs de mort, le Rochelais Billaud-Varennes déclarait : "Les décisions que l'on nous reproche tant, nous ne les voulions pas, le plus souvent, deux jours, un jour, avant de les prendre ; la crise seule les suscitait."
Il est certain que beaucoup craignirent d'être accusés de tiédeur.


Dispersés par la mort naturelle ou celle de la guillotine, les régicides atteignaient encore le nombre de 207 lors du Dix-huit Brumaire.
Il y en eut 202 parmi ces ennemis incorruptibles de la tyrannie pour aller lécher les bottes de Napoléon et se soumettre à sa férule, après avoir décapiter le "despotique" Louis XVI pourtant autrement plus débonnaire. Dame, il fallait bien se reclasser !
Parmi ces personnages, citons ceux qui touchent le pus près au pays charentais : Lozeau de Marennes ; le docteur Guillemardet qui fut Préfet de la Charente-Inférieure ; Niou, de Rochefort, député ; Vinet, de St-Ciers-du-Taillon, également député, qui renia ses erreurs politiques ; Bernard, de Saintes, qui vota la mort "afin de délivrer la terre des monstres qui la dévorent" ; Ribereau, député de la Charente. On compte aussi Bréard, puis Joseph  Echassériaux qui, bénéficiant de mesures de clémence, put venir résider à sa propriété des Arènes, près de Thénac.
Bonaparte eut plutôt du mépris pour ces individus. Quand à Louis XVIII, pourtant touché de plus près par le tragique destin de son frère, il fit preuve parfois d'une mansuétude inattendue.


Jacques Garnier naquit à Saintes, le 21 mars 1755, de Simon Garnier, Procureur au Présidial et au siège sénéchal de cette ville, et de Madeleine Avrard.
Il fit ses études dans cette ville et devint conseiller du roi et avocat au Présidial lorsque débuta la Révolution.
Il contribua à propager les principes nouveaux. En 1790, il fut élu maire de Saintes en remplacement de Gaudriaud, démissionnaire, et devint procureur-syndic de son département, le 28 juin 1790, puis député de la Convention, le 6 septembre 1792.
Sous le nom de "Garnier de Saintes", il prit place parmi les montagnards et vota la mort de Louis XVI "sans appel au peuple ni sursis".
Lors de la défection de Dumouriez, il proposa à la Convention (le 3 avril 1793) de s'emparer de tous les pouvoirs et de les faire exercer par un comité de douze membres : "attendu qu'il n'avait vu, jusqu'alors, que des traîtres au ministère".
Le 7 avril 1793, il proposa de décréter William Pitt.
Envoyé en mission, il visita le Mans, la Flèche, Alençon, La Rochelle, où il exerça sa rigueur contre les révoltés.
A Bordeaux, ensuite, il fit cesser la boucherie humaine organisée par son collègue Lacombe.
Il fut choisi comme président des Jacobins de Paris, le 20 vendémiaire, an III (14-10-1794).
Il tenta de sauver Carrier, bourreau célèbre par ses Mariages nantais".
Entré au Conseil des 500 comme secrétaire, en octobre 1795, il proposa une taxe sur les nouveaux enrichis, le 27 janvier 1798.
Sorti de ce conseil le 20 mai 1798, il fut nommé vice-Consul aux Etats-Unis par le Directoire, mais refusa ce poste et devint président du tribunal criminel de la Charente-Inférieure où il demeura onze ans - jusqu'en 1811 -, date de la suppression des tribunaux criminels.
Le 14 avril 1804, il signa le procès-verbal reconnaissant l'authenticité des reliques de St-Eutrope ! démarche plutôt inattendue.
On le trouve ensuite président du tribunal des Douanes à La Rochelle, jusqu'à leur suppression, en 1814.
Garnier, élu membre de la Chambre des Représentants, se rangea facilement au parti de Napoléon, malgré ses idées démocratiques.
A la Restauration, il fut compris dans l'ordonnance d'exil du 24 septembre 1815 et fut arrêté à Paris en août.
Evacué en Belgique, il fonda à Bruxelles le journal "le Surveillant" pour combattre la Restauration, mais cinq mois après les Pays-Bas l'expulsèrent et il gagna les États-Unis en 1816.
Naviguant sur l'Ohio avec son fils Athanase âgé de vingt-quatre ans, l'embarcation sur laquelle ils avaient pris place s'étant retournée, ils se noyèrent.
Jacques Garnier était Chevalier de la Légion d'Honneur (14-6-1804), Chevalier de l'Empire (12-11-1809) et Vice-Président honoraire de la Société d'Agriculture de Saintes (en 1806).
Il laissa des ouvrages tels : "La Neuvaine du bon Pasteur" (1792), "Le retour de la Vérité en France" (1815) ainsi que plusieurs autres récits.
Il eut aussi deux filles dont l'aînée, Magdeleine Désirée, née à Pons en 1789, morte en 1869, fut l'épouse de Pierre Boucheron, entrepreneur des Ponts & Chaussées, résidant en sa propriété de la Pinellerie, aujourd'hui Institution d'enseignement de Recouvrance.
La seconde, Clorine s'unit à André François Godet, officier au deuxième bataillon des ouvriers du Génie maritime à Brest ; ils eurent Marie-Anne Godet devenue épouse de Hilaire Cléoptas Morin.


D'une nature encore plus malléable (!) Joseph-Etienne Richard semble avoir été un champion parmi les "retourneurs de vestes".
Né à la Flèche en 1761 (18 septembre), il devint homme de Loi et député de la Sarthe à l'assemblée législative, puis à la Convention où il vota donc la mort de Louis XVI "sans appel et sans sursis".
Chargé de mission en 1793 dans les départements de l'ouest, il fut membre du Salut Public et on lui donna la charge de commissaire à l'Armée du Nord.
L'arrivée de Bonaparte suscita chez lui un zèle aussi subit que démonstratif à faire la cour à ce nouveau maître. Il en retira le titre de baron et la charge de préfet de la Haute-Garonne en 1800. Puis il obtint la préfecture de la Charente-Inférieure en remplacement de Guillemardet, en 1806, où sa diplomatie fit merveille pour se concilier les bonnes grâces des différents partis.
A la Restauration, il alla se jeter aux genoux du roi Louis XVIII qui consentit à le maintenir dans sa préfecture.
C'est à cette époque et dans sa fonction qu'il se montra favorable aux Religieuses Hospitalières de Pons ; il leur fit donner du mobilier et du linge provenant de l'hôpital de Tesson dévasté au cours de la Révolution. Ce sont ces mêmes religieuses qui devinrent les Ursulines de Pons rassemblées par l'abbé Barraud fondateur également de l'Institution diocésaine d'Enseignement Libre pour les garçons en 1822.
Le baron Richard donna sa démission mais, étant parvenu à rendre des services à la duchesse d'Angoulême, il réussit à obtenir une pension de six mille livres sur la cassette de Louis XVIII décidément d'une générosité de coeur peu ordinaire vis-à-vis de ce personnage qui avait participé à l'envoi de son frère à l'échafaud.
Ainsi le brave baron Richard, contrairement à Jacques Garnier, put jouir d'une paisible retraite à Saintes où les habitants admiratifs l'élurent conseiller municipal.
Dans cette ville, c'est à la propriété de la Bauche, paroisse de St-Palais, dépendant de l'ancienne seigneurie de Beaupuy qu'il choisit de résider.
Il mourut avec la considération générale dans la cité santone, rue de la Comédie - il ne pouvait mieux choisir - le 17 août 1834 à l'âge de 73 ans.

Aguiaine (Grandjean)
N° 97 - 1980/03

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