DISCOURS RELATIF A MES DEUX FILS DANS L'ÉTERNITÉ, AUX CRIMES RÉCAPITULÉS DE LA RÉVOLUTION
DISCOURS
RELATIF A MES DEUX FILS
DANS L'ÉTERNITÉ,
AUX CRIMES RÉCAPITULÉS
DE LA RÉVOLUTION,
Et qui a pour objet de rendre à la Doctrine Evangélique la prééminence qu'elle avait, qui lui est dûe, et à ses Ministres la rétribution de droit.
O mes deux fils aînés, successivement décédés au printems de l'âge, vous n'habitez plus le terrestre séjour corrompu !
He ! qu'avez-vous perdu en cessant d'y être ? une vie pénible ! infortunée ! environnée des séductions trompeuses du vice !
Et quoique la sensibilité paternelle vous rappelle sans cesse à ma pensée, je ne bénis pas moins l'ÉTERNEL de vous avoir sitôt affranchis d'un monde corrupteur.
Vos jours presqu'écoulés dans la pureté de l'innocence, et terminés dans l'adolescence, me font présumer que le SOUVERAIN ARBITRE du Ciel et de la Terre n'a mis fin ici-bas à vos jeunes années, que pour vous garantir plus-tard du malheur affreux de la réprobation à laquelle les dangers multipliés des tentations criminelles vous auraient trop exposés depuis que les passions effrénées se sont étrangement substituées aux principes vrais et encourageans de la Religion.
Naguère assaillie dans toute la France par d'immoraux Révolutionnaires malheureusement investis du Pouvoir National, qui la gouvernèrent quelques tems d'après les inspirations de l'obscène immoralité, Déesse de la Débauche, qualifiée de Déesse de la Liberté ;
L'Auguste Religion, Ambassadrice du TRES-HAUT vers le Genre Humain dépravé dont elle épurait constamment les moeurs dissolues ;
Persécutée et poursuivie tout-à-coup sans relâche, jusques dans les Saints aziles qu'elle avait érigés à l'Auteur de la Nature ;
Ses Prêtres immédiatement insultés, puis arrêtés, emprisonnés et beaucoup d'égorgés ;
Cette fille du Ciel, indignée de tant d'impiétés, d'assassinats commis sur les Ministres du DIVIN RÉDEMPTEUR, abandonne éplorée les Villes, Bourgs, Villages et Hameaux Français, s'élance dans le sein de DIEU qui bientôt après, fait rentrer dans la poussière ces monstres incarnés qui se moquaient de la Religion, de ses Saints Mystères, en foulaient aux pieds, les attributs, les détruisaient publiquement par le fer et le feu, en présence des Corps Constitués qui avaient l'impudeur de prostituer aussi scandaleusement leur caractère ; qui spoliaient sacrilègement et avec dérision de toutes les églises, les vases sacrés, en enlevaient également ou détruisaient les autres objets précieux qu'ils nommaient dans leur délire, dans leur apostasie, les marques du Fanatisme ; mot outrageux dont ils apostrophaient la Religion elle-même ;
Qui transformaient ses temples sacrés en des temples ridicules, soi-disant de la Raison, en salles de spectacles, granges, magasins et écuries ;
Qui imaginaient de nouveaux supplices et sur la terre et sur l'eau ; des fusillades, des décharges de canons à mitraille, des bateaux à soupapes pour faire périr plus à la fois tous les citoyens riches ; jusques aux indigens et particulièrement la partie du Clergé dite réfractaire ; c'est-à-dire plus précisément tous ceux qui élevaient la voix contre leur scélératesse, même les personnages soupçonnés d'en être les antagonistes ;
Qui se partageaient comme autant de Cartouches, les biens des assassinés ; d'abord l'or, l'argent, les bijoux trouvés dans les domiciles des victimes de ces brigands, de ces meurtriers ;
Et ce qui augmentait l'indignation, l'horreur, au détriment des familles de ces infortunés, que ces usurpations monstrueuses réduisaient à la mendicité.
Vous animiez encore, mes enfans, vos corps mortels, quand ces abominations infernales déshonoraient la Patrie devenue plus esclave.
Vous en frémîtes comme moi d'indignation ! c'est alors que je vous dis :
La vengeance céleste s'apprête pour exterminer incessamment les principaux moteurs de ces iniquités, insatiables de sang humain et de richesses.
Ils ont enfin reçu quoique tardivement la récompense due à tant de forfaits.
Il n'en reste plus que l'odieuse mémoire.
Quels affreux effets de la Révolution Française, occasionnés par les dilapidations du trône, le libertinage sans frein qui les produisait, l'arbitraire de la tyrannie, et dans le commencement de laquelle les Bastilles s'écroulèrent, où la Cour emprisonnait, sans forme de procès, ses victimes dont plusieurs y avaient iniquement subi la mort !
L'arbitraire révoltant, la perversité, à son comble, de cette Cour déloyale, provoquent la convocation de l'Assemblée Nationale : à son avènement, elle applique de grands remèdes à de grands maux ; prend de sages mesures pour que les revenus de l'Etat ne soient plus dissipés en folles dépenses ;
Abolit ces infames prisons, ainsi que les orgueilleuses distinctions humaines, fabriqués par les Rois et vendues aux riches, à dessein d'en avoir beaucoup d'argent, et de s'en faire encore de nombreux soutiens pour asservir avec plus de succès le Peuple Français.
Les ci-devant Nobles, les Crésus cessent de pouvoir molester impunément en diverses circonstances quiconque n'est pas à leur niveau.
Les plaisirs innocens de la chasse, de la pêche deviennent communs à tous les Français.
La partie opulente du Clergé, mais inutile, est raisonnablement supprimée, pour en être les biens immenses employés à des établissemens utiles.
Les revenus prodigieux, scandaleux des Archevêques, des Evêques, et l'usage plus scandaleux encore qu'enfaisaient quelques-uns, en nécessitaient absolument la réduction.
Aussi furent-ils sagement restrains à 30.000 # annuelles, pour les titulaires d'alors, et 12.000 pour ceux qui leur succèderaient.
Une Convention convenable sort des mains des premiers Législateurs Français.
Elle donne à la France entière le droit délire ses Mandataires, ses Magistrats, tant au civil qu'au spirituel.
Prescrit au Clergé qu'elle salarie, le serment de s'y conformer en ce qu'elle le concerne.
Mais ses grands dignitaires le refuse, irrités de la nouvelle fixation du traitement Episcopal.
Les bons Curés qu'ils considéraient peu, parce qu'ils n'étaient pas, comme eux, aussi opulens, ou de si haute naissance, ou tout au moins anoblis, ne laissèrent pas à leur réquisition d'imiter la plupart cet exemple du refus à la Constitution civile du Clergé, et tous d'un commun accord, excepté quelques uns, préférèrent la destitution.
Au surplus, ils étaient libres, à cette condition, de n'y pas acquiescer.
Mais ceux d'entre-eux qui ne pensaient pas de même sur ce point, soit Evêques, soit Curés, et beaucoup d'autres Prêtres, ne croyant pas que les dogmes de la religion, s'opposassent à la prestation requise du serment, s'y soumirent d'emblée.
Pour moi, quoique je ne sois nullement Théologien, je sais néanmoins que l'Evangile prescrit l'obéissance aux Gouvernemens, quels qu'ils soyent.
Je sais encore qu'anciennement les Evêques étaient élus par l'Eglise ; or l'Eglise est composée des fidèles ; les ecclésiastiques en sont les ministres.
Le Peuple concourait donc aux nominations des Évêques et autres bénéfices à charge d'âmes.
Aussi les Papes de ce tems-là avaient grand soin de s'assurer si en effet elles étaient le résultat de la volonté libre de l'assemblée populaire.
Et ce ne fut, quant à la France, que par une innovation inouïe qui donna lieu au concordat passé entre Français I et Léon X, que le Peuple fut dépouillé de cette importante prérogative, du droit des élections aux bénéfices.
Ce concordat stipulant que les Rois de France nommeraient personnellement à l'avenir aux Archevêchés, Évêchés, Abbayes, etc.
Que les Papes avant d'en délivrer les bulles, recevaient des titulaires, la première année du revenu de ces dignités, une somme fixée en conséquence :
Les nouveaux Évêques, Curés et Vicaires nommés d'après l'esprit de l'Eglise et de la première Constitution Française, n'ont pas moins été taxés d'intrus, et le sont encore par leurs prédécesseurs insermentés.
Mais cette apostrophe chicanière ne leur a pas réussi ; si ce n'est d'écarter des Églises Paroissiales un nombre de bons Citoyens, qui apparemment ignorent la plupart le concordat non orthodoxe cité.
Mais les Ministres constitutionnels n'ont pas moins bien rempli, malgré cette qualification non méritée, les fonctions sacerdotales, qu'ils continuent encore avec le même zèle quoiqu'ils ne soyent plus salariés.
Néanmoins, il y a lieu de penser que les Législateurs actuels rectifieront la troisième Constitution, en ce qui regarde la religion catholique qui est la religion de la Nation Française.
Que le Clergé utile sera réintégré ;
Les Membres qui le composent, salariés ; car l'article qui permet la liberté de tous les cultes, est déjà reconnu très-défectueux. Les permettre de la sorte, c'est n'en reconnaître aucun.
Et le mot de religion, mot si attrayant aux âmes timorées, est proscrit de cette Constitution.
Cependant il est de la plus haute importance de rétablir la RELIGION dans toute son intégrité, pour régénérer les moeurs si dégénérées.
Et pour y parvenir, il faut
1° que les maîtres et maîtresses d'école connus pour en pratiquer les préceptes, les enseignent aux enfans des catholiques qui leur en contient l'éducation :
2° Que dans toutes les Églises Paroissiales, dont le nombre doit être proportionné à la population des cités, de zélés prédicateurs du christianisme tonnent en chaire, en présence du Peuple assemblé, contre l'irréligion dont les fêtes sacrilèges, sanguinaires, commis dans toute l'étendue du sol Français le couvre encore de deuil.
Maintenant la Nation désabusée de l'odieuse philosophie, de l'athéisme impie, du matérialisme immoral, entendrait avec le plus vif intérêt le langage convaincant de la parole de Dieu.
Mais ainsi qu'il est raisonnable autant qu'équitable, que quiconque exerce un état puisse en vivre ;
Vu que les Mandataires, les Magistrats, les divers Administrateurs de la République et leurs agens sont salariés :
Que les agriculteurs, les commerçans, les artistes, les artisans et les domestiques tirent une rétribution de leurs professions :
Il s'ensuit judicieusement que les Ministres de la religion, qui, ci-devant, vivaient du saint ministère, doivent y retrouver une honnête subsistance, dont l'interruption est une des oeuvres de l'athéisme, du matérialisme, du terrorisme.
Mais, comme plus de vingt millions de Français ne sont ni athées, ni matérialistes, ni terroristes, ils ne sauraient vouloir, ayant besoins, que les Prêtres leur administrent les salutaires effets de ce ministère sacré, ils ne sauraient vouloir, dis-je, qu'ils n'en soyent pas sustentés.
Etre aux autels, aux confessionnaux, en chaire, auprès des malades pour réconcilier ou achever de réconcilier avec le Tout-Puissant, les victimes de la mort ; cathéchiser les enfans ; voilà le titre honorable qui réclame fortement en leur faveur la restitution qui leur est dûe, et qui est d'autant plus aisée à faire, que des biens immenses confisqués sur le Clergé Français, il ne s'agirait que d'en extraire une faible partie pour faire ce grand acte de loyauté, que l'honneur, la raison, la justice et la religion commandent : conséquemment accorder annuellement, comme l'Assemblée Constituante l'a décrété, aux Évêques 12000 #, aux Curés des villes 3000 #, à ceux des campagnes 1200 #, et aux Vicaires à proportion.
Sans un retour prompt et public vers la doctrine de l'homme-Dieu, si diffamée par l'impiété, si déshonorée par le libertinage ;
Et sans la restitution instante à faire à l'état Ecclésiastique, pour en empêcher l'extinction ;
Les moeurs se pervertiront de plus en plus.
En vain des Législateurs continueraient de penser et croire qu'une morale toute humaine, par conséquent étrangère à la morale évangélique, peut suffire, sans revenir à cette dernière, pour rétablir l'ordre dans toute la République, en affermir les principes par l'organe seul des Administrations civiles.
L'expérience démontre et prouve l'insuffisance de ce système erroné.
Le libertinage s'accroît journellement ; les vols, les meurtres qui en émanent de toute part, répandent l'effroi.
O MES DEUX FILS ! qui êtes dans le sein de L'ÉTERNEL, je vous conjure de l'invoquer, non pour permettre en France le rétablissement d'une monarchie vexatoire, mais pour affermir sur les bases de la Justice et de la Religion le Gouvernement Républicain qui y a succédé : qu'il daigne en conséquence inspirer la majorité des Membres de la quatrième Représentation Nationale ! Ainsi soit-il.
GHÉQUIER
De l'Imprimerie de DROUILLARD
Rue de l'Union, n° 80
(Sans date)