JOURNAL DES DÉBATS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES - 1ER JUIN 1832
On lit dans le Moniteur de ce matin ;
"Nous continuons de publier les détails fournis par la correspondance du jour sur les tentatives de troubles qui se renouvellent et qui échouent dans plusieurs communes de l'Ouest.
"Aucun évènement n'a éclaté dans le Morbihan : seulement un ecclésiastique, prévenu d'embauchage a été arrêté. On a trouvé sur lui des écrits séditieux."
"L'instruction de l'affaire du pont de la Claye a donné lieu à des arrestations nouvelles. Une trentaine de malheureux paysans ont été conduits dans les prisons des Sables. Ils avouent tous leur crime, et déclarent que tous les hommes de la bande dont ils faisaient partie ont cédé aux suggestions de l'homme de confiance de M. de Meynard qui, le jour de l'échauffourée, avait été les chercher chez eux, et leur avait distribué 300 fr. ; ils sont tous de l'âge de 18 à 20 ans, habitant les marais de Challans, Soullans, Saint-Jean-de-Monts, Sallertaine, etc. Des visites domiciliaires se font sur plusieurs points. M. de Meynard qu'on a recherché chez M. Voineau, près de Bourbon, n'a pas été rencontré. L'ex-capitaine de gendarmerie Granseigne a dit, au début de son interrogatoire, qu'il avait été trompé ; qu'on lui avait assuré que tout était préparé pour un mouvement général."
"Un curé de la Vendée a été pris aussi dans la bande mise en déroute au pont de la Claye."
"La gendarmerie de l'arrondissement de Châteaubriant a rencontré des chouans aux environs de Saint-Mars ; elle leur a tué plusieurs hommes et a fait huit prisonniers. Il n'y avait sur ce point que vingt gendarmes ; un d'eux a été tué, un autre blessé."
"Dans l'Ille-et-Vilaine, les troupes, à la tête desquelles M. Berthois s'était mis à la poursuite d'une bande de chouans, n'ont rien trouvé. Des mandats d'amener ont été lancés, des visites domiciliaires ont eu lieu. Une flèche tricolore qui était placée sur l'église de la commune La-Chapelle-Janson avait été enlevée dans la nuit du 27 au 28 ; elle a été rétablie.
"L'ancien château de la Chapernière, près de Fallais (Maine-et-Loire), ayant été cerné, on y fait des perquisitions. En levant une trappe, on a découvert MM. de Civrac, l'ancien maire, Moricet et Cathelineau, qui étaient là. L'un d'eux ayant tiré un coup de pistolet, on y a riposté. M. Cathelineau a été tué ; les autres ont été arrêtés, et conduits à Chollet. On a trouvé sous cette trappe quatre pistolets, cent livres de poudre, et une quantité de plomb très considérable. Des paquets de proclamations ont été saisis dans le château."
"Les noms du duc d'Escars et de Bourmont continuent de circuler."
"Trois cents gardes nationaux du Mans se sont présentés volontairemnt, avec le plus grand enthousiasme, pour faire une excursion de quinze jours. Le général Guye s'est mis à leur tête ; il a établi son quartier-général à Chassillé. Des mandats ont été lancés contre MM. de Tilly. On a trouvé dans leur château des munitions et des armes.
"Onze chouans ont été arrêtés à la Suze, parmi lesquels se trouvent plusieurs de ceux qui avaient désarmé Chemiré-le-Gaudin."
On écrit de Château-Gontier, 28 mai :
"Nous sommes en état de guerre déclarée : depuis trois jours le canton de Grez a été le théâtre des combats presque continuels.
Je vous ai instruit de l'héroïque attaque faite à Chanay par trente hommes de ligne contre 400 chouans. La fusillade avait attiré tous les cantonnemens voisins. Les bandes en voulant fuir sont successivement tombées d'un détachement sur l'autre, en sorte que je ne puis trop vous dire où l'on s'est battu, car c'était un combat continuel.
Le 31e de ligne s'est conduit avec une intrépidité et un dévouement au-dessus de tout éloge. Le commandant Boyer, chef du 4e bataillon, à Château-Gontier ; le commandant Lamotte, du 3e bataillon, à Laval ; et le commandant Robert, du 2e bataillon à Sablé, se sont concentrés autour du foyer de l'insurrection, et tous les soldats sous leurs ordres ont rivalisé d'ardeur et de bravoure. Impossible de peindre le zèle, disons mieux, la fureur dont ils sont animés contre les chouans.
Outre le sergent-major tué à Chanay, nous n'avons perdu qu'un seul grenadier dans tous les détachemens du 4e bataillon ; un autre soldat a été blessé, mais peu dangereusement.
Quant aux chouans, on ne peut guère évaluer leur perte aujourd'hui à moins d'une centaine de tués et un grand nombre de blessés. Mais une perte bien importante pour les chouans, c'est celle de Guitter, dit Saint-Martin, ancien chef de bataillon des bandes, chevalier de Saint-Louis, homme puissant par son caractère et ses antécédens, possédant une immense influence sur l'esprit des paysans. Ce chef, à l'approche de nos soldats, voulait les haranguer et les engager à faire cause commune avec lui ; nos soldats lui ont répondu par des coups de fusil : il est tombé mort. On l'a rapporté hier à Château-Gontier. On a trouvé sur lui une lettre fort importante, qui révèle l'organisation complète du complot et sa mise en exécution pour la nuit du 23 au 24 mai, ce qui a été ponctuellement accompli.
Leroy, autre officier supérieur des chouans, a aussi été blessé, sinon tué. Le cheval sur lequel il était monté a été pris.
Hier notre garde nationale, rivalisant de zèle avec la ligne, a fait une sortie jusqu'à quatre lieues, pour aller à la rencontre d'un convoi de poudre qui nous a été amené dans la soirée par 150 volontaires de la garde nationale à Laval.
D'assez nombreuses arrestations ont été faites ; quelques unes peuvent conduire à la découverte de faits importans.
Aujourd'hui on a procédé à l'enterrement solennel du sergent-major et du grenadier tués par les chouans. Ses camarades de la ligne et un grand nombre de gardes nationaux l'ont escorté au champ du repos. Là, M. Mazurié, fils de notre commandant et sergent-major lui-même dans les grenadiers de la garde-nationale, s'est chargé de faire nos adieux communs à ces braves. Après avoir raconté, en peu de mots, la vie militaire et patriotique du sergent-major Héro, il a terminé ainsi son allocution : "Chers concitoyens, et vous, dignes camarades de la ligne, jurons, sur le cercueil de Héro, que, comme lui, le drapeau tricolore nous verra toujours groupés sous ses glorieuses couleurs ; jurons haine éternelle à l'étranger et aux scélérats qui l'appellent de leurs voeux parricides ! Serrons-nous en masse contre leurs bandes, faisons tous abjuration de nos systèmes et de nos théories ; n'ayons plus qu'un même sentiment, l'amour de notre belle patrie, qu'un but, la délivrance du pays, et qu'un point de ralliement, l'étendard de juillet ! Si nous gardons nos sermens, les mânes de Héro se réjouiront dans sa tombe."
Et aussitôt mille cris de Mort aux chouans ! ont une dernière fois salué la dépouille mortelle du brave qui a péri glorieusement sous leurs coups ! ... Une souscription a été immédiatement improvisée pour élever un monument funéraire à la gloire de l'intrépide sergent-major."
- Une lettre de Nort nous transmet les détails suivans sur l'affaire du Fresne, près Saint-Mars-du-Désert :
"M. le lieutenant de gendarmerie Barbot, avec 18 gendarmes, partit de Nort, dimanche 27, à 8 heures et demie du soir, pour la commune de Petit-Mars, afin de visiter les auberges suspectes entre ce bourg et celui de Saint-Mars-du-Désert. Arrivé au village du Fresne, à une heure de la nuit, il fit cerner une maison où il aperçut une lumière et y pénétra avec ses gendarmes, la bayonnette en avant, en sommant 25 à 30 individus qui s'y trouvaient armés, de se rendre. Pour toute réponse, ces individus crièrent aux armes, éteignirent les lumières, et accueillirent la troupe par une décharge de mousqueterie. Les gendarmes ripostèrent.
Après avoir fait feu, les chouans se jetèrent presque tous sur les gendarmes qui gardaient une porte de derrière, et les forcèrent : dans ce moment le brave et malheureux Meunier, qui leur opposait une vigoureuse résistance, reçut un coup de feu dans le ventre. Un chouan fut aussi blessé grièvement : Il se nomme Corbin (Pierre), de la commune de Ligne. Il a été transporté à Carquefou avec le gendarme Meunier.
Le lieutenant Barbot, dans cette affaire, où les gendarmes ont montré beaucoup de sang-froid et d'intrépidité, a arrêté les individus suivans : Coué (Pierre), de Saint-Mars-du-Désert, contre lequel il y avait un mandat d'amener ; Baudouin (Julien), de Carquefou, menuisier, également sous un mandat d'amener ; Rigaud (Ambroise, de Nantes, laboureur ; Joubert (Louis), de Nort ; Leloup (Charles), de Saint-Mars, laboureur ; Lera jeune, de Saint-Mars. Ces individus, pris à main armée, étaient au nombre des chouans de la maison de Fresne.
Joseph Laurette, propriétaire de cette maison, et qui vendait du vin en fraude, s'est sauvé avec sa femme. On a trouvé dans son armoire une petite médaille avec un ruban vert. En suivant les traces des chouans, on a trouvé un chapeau percé de balles et ensanglanté. Le 28, le lieutenant Barbot, qui a donné dans cette affaire une rude leçon à nos brigands légitimistes, a fait faire des recherches. On a remarqué des traînées de sang et des prés foulés comme si on avait traîné plusieurs cadavres. C'est probablement les hommes tués par les gendarmes, et que les chouans avaient emmenés pour cacher leurs pertes.
Nos gendarmes, qui se sont parfaitement conduits, croyaient leur lieutenant blessé, l'ayant vu ajusté presqu'à bout portant par les bandits.
Tous les prisonniers ont été conduits à Châteaubriant."
Hier le brigadier de gendarmerie Aubert, de Carquefou, avec sa brigade et un détachement de grenadiers du 32e, a rencontré les chouans auprès de ce bourg. Deux ont été pris. Les grenadiers ont poursuivi la bande, dont plusieurs ont été blessés étant en fuite. Un baril contenant 70 paquets de cartouches a été pris par nos soldats dans un taillis." (Le Breton.)
- On nous écrit de Cholet, 26 mai :
"La vigueur déployée par le général Solignac était bien nécessaire, et nous en voyons les résultats. Les troupes, avec des ordres donnés avec franchise et énergie, agissent sans hésitation, et chaque jour nous apprenons que des personnages importans du parti légitimiste sont entre les mains de l'autorité judiciaire.
Je vous ai annoncé que quelques individus notables avaient disparu de Beaupréau ; on pensait qu'ils devaient être les chefs du mouvement dont nous étions menacés ; aujourd'hui on en est sûr.
Hier, dimanche, deux heures après-midi, le lieutenant de gendarmerie Masion et le sous-lieutenant Regnier, du 29e, étaient partis de Beaupréau avec 30 fusilliers, et s'étaient dirigés sur le vieux château de la Chaperonnière. En y entrant, ils interrogent un métayer et une femme de la maison : Avez-vous vu les chouans ? - Non, répondent-ils d'une voix tremblante, nous sommes seuls ici. - Ces officiers ont des doutes, ils prennent un trousseau de clefs et commencent leurs perquisitions. Dans une chambre ils trouvent plusieurs gazettes légitimistes de fraîche date. Leurs soupçons s'augmentent, car le métayer ne lit probablement point les journaux, et ils continuent leurs recherches avec plus d'attention.
Ils trouvent un pistolet sous de la paille, puis une corde dont le bout soulevait une trape ; elle est levée, en dessous est une autre trappe ; on la lève encore ; l'officier du 29e s'y présente, et aussitôt Cathelineau, se montrant armé d'un pistolet, l'ajuste, la balle frise le visage de l'officier, qui saisit le fusil d'un soldat et étend mort Cathelineau.
Au même moment des cris de grâce se font entendre : c'était le vieux M. de Civrac, pair de France, et l'un des plus grands propriétaires de l'Anjou, qui déclarait se rendre, et M. Moricet, qui faisait la même déclaration. On s'empare de ces deux nobles messieurs, ainsi que de douze de leurs agens. Les recherches continuées font découvrir, dans divers endroits du château, plusieurs paires de pistolets d'arçon, 600 cartouches, 25 kilogrammes de bonne poudre, et quelques milliers de bons de fournitures, dont je vous envoie ci-joint le modèle, avec date de 1832. A chaque coin de ces bons se trouve une fleur de lys.
Le détachement conduisait toute la capture à Beaupréau ; mais le chef de bataillon accouru au devant du détachement, donne l'ordre de se rendre directement à Cholet, et par humanité prête son cheval à M. de Civrac. A deux heures du matin ils sont arrivés à Cholet, conduits à la gendarmerie et mis en sûreté avec les 12 individus pris et amenés avec eux. Ils ont été interrogés par M. le juge-de-paix. il serait difficile d'exprimer la joie des officiers du 29e, de tous les militaires et des habitans de Cholet qui sentent toute l'importance de cette prise. Le détachement vient de repartir en chantant des airs patriotiques.
M. de Civrac avait beaucoup d'influence à Beaupréau et dans les campagnes voisines. Cathelineau, jeune, vigoureux, enthousiaste et fanatique (l'on a trouvé sur lui, chapelets, scapulaire et crucifix d'argent), fils du fameux général vendéen, anobli par Louis XVIII, pensionné par Charles X, était un homme bien dangereux. M. Moricet, ex-receveur particulier, est aussi un chef de parti qui n'est pas sans influence. Il est à présumer que bien d'autres individus vont se trouver compromis.
A l'instant se fait l'enterrement de Cathelineau ; des gendarmes arrêtent un nommé Supiot, homme très suspect, qui suivait le corps.
Huit heures du soir, un détachement, venant de Beaupréau, amène un chouan avec un chapelet en sautoir sur la poitrine."
- Hier au soir, 10 heures et demie, des gendarmes de la troupe de ligne amenaient à Nantes trois chouans, arrêtés à Carquefou, avec un patriote, arrêté pour quelques propos inconséquens tenus au cabaret. Au moment où le bruit des chevaux s'est fait entendre, bien qu'il fût déjà tard, une nombreuse population s'est précipitée à leur rencontre. A ce seul mot répété tout haut : Ce sont des chouans qu'on amène, en un instant la place Royale a été couverte de monde et toutes les fenêtres illuminées. Une sage précaution avait été prise pendant que les gendarmes emmenaient le patriote par la place Royale, et détournaient l'attention : la troupe de ligne, prenant des rues détournées, conduisait les chouans à la prison. Grâce à cette mesure, ils y sont arrivés sains et saufs. Mais sur la place Royale, le prisonnier des gendarmes a failli être mis en pièce ; heureusement il a été reconnu. Nous ne saurions blâmer trop fortement ces manifestations d'une juste irritation du peuple, mais qui ne peut jamais l'autoriser à se faire justice lui-même. La personne d'un prisonnier doit être sacrée ; il est sous la sauve-garde des lois. D'ailleurs que ceux qui prennent part à ces scènes tumultueuses songent aux remords qu'excitaient en eux une funeste méprise ; que l'évènement sinistre qui eût pu arriver soit une leçon sévère, et que cette leçon ne soit perdue pour personnes. Que les patriotes apprennent à rester purs de tout excès ; que les carlistes y voient la preuve la plus positive de la haine profonde que leur parti inspire. (Le Breton.)
- Un détachement de gendarmerie d'infanterie, dirigée par le général d'Hermoncourt, ont cerné hier la demeure du sieur Lechauf, près Vallet, sur qui l'autorité avait l'oeil depuis longtemps. Les mesures ont été si bien prises, que personne n'a pu s'évader. Un domestique contre qui était déjà lancé un mandat d'amener, a été arrêté au moment où il s'élançait pour franchir un fossé. L'officier de gendarmerie qui commandait le détachement de son arme commence aussitôt les perquisitions à l'intérieur. On trouva dans une chambre haute le sieur Bascher, ancien officier de l'ex-garde royale, vainqueur du Trocadéro ; M. le comte de Ray fut également trouvé blotti sous un tas de foin ; il était en grand costume de chouan, en homme vert. Sous la table d'un pressoir étaient cachés 4 paires de pistolets à deux coups et à pistons, chargés jusqu'à la gueule. Dans l'autre coin de la maison on a également trouvé 4 poignards, un stylet, un sabre, une cocarde blanche, un moule à balles, une masse de plomb pesant 7 à 8 livres, un mandrin à cartouches, une grande quantité de balles et de cartouches, un cahier de chansons carliste, une ceinture à pistolets et des poires à poudre bien remplies. On croyait bien que M. Lechauf était dans sa maison, mais on n'a pu mettre la main sur lui. (Le Breton.)
- Les arrestations qui ont été faites dans le département des Deux-Sèvres ont produit le meilleur effet. Les fermiers qui veulent rester tranquilles, et ceux qui n'ont marché que par force, sont enchantés de la tournure que prennent les affaires des chouans, qui, déconfits sur tous les points, finiront peut-être par les laisser tranquilles.
Les départemens de la Vendée et de la Loire-Inférieure n'excitent plus non plus aucune inquiétude. Cet état de choses permettant à M. le lieutenant-général Solignac de s'absenter un moment de sa division, il part ce matin pour Angers, où il va prêter le secours de son talent et de son énergie à ses camarades de la Mayenne, de la Sarthe et d'Ille-et-Vilaine. La confiance des patriotes est entière dans le général Solignac. (Le Breton.)
- M. le préfet de Maine et Loire a publié la proclamation suivante :
Aux habitans de Maine-et-Loire.
Les partisans de la dynastie déchue, les soutiens des ordonnances du 25 juillet 1830, éternels ennemis du repos et du bonheur de la France, ont osé lever dans les départemens voisins l'étendard de la guerre civile ; leur châtiment sera aussi prompt que leur crime a été grand : car l'issue d'une lutte engagée entre une poignée de factieux et une nation tout entière ne saurait être ni longue ni incertaine. D'après toutes les nouvelles qui nous parviennent, notre brave armée, fidèle à son glorieux drapeau tricolore, a abordé les factieux avec courage et succès ; honneur aux braves ! Dans la Mayenne, dans la Sarthe et dans les Deux-Sèvres, comme à Marseille, nos soldats ont fait leur devoir. Les gardes nationales de ces départemens limitrophes sont accourues de toutes parts à la voix de leurs magistrats ; les soldats d'Holy-Rood n'ont point d'ennemis plus redoutables que ces bons citoyens prêts à défendre la patrie, le trône de juillet et la liberté. Jusqu'à ce jour notre département, agité par les intrigues des ennemis de la France, tourmenté par leurs émissaires, n'a pas vu des factieux se battre avec quelque régularité contre nos soldats ; mais si les circonstances devenaient plus graves, je n'hésiterais pas à faire un appel aux gardes nationales de Maine-et-Loire. Leur zèle, leur courage, leur patriotisme me sont connus depuis long-temps ; aussi suis-je convaincu que l'administration ne pourrait trouver de plus fermes soutiens, et l'Etat des défenseurs plus dévoués que nos soldats-citoyens.
F. BARTHELEMY
Angers, 29 mai 1832
Tous les chouans de l'arrondissement de Segré sont en armes. Bourmont est à leur tête. La ville de Segré est encore tranquille. On compte avec raison sur l'excellent esprit qui anime sa brave garde nationale.
Le duc d'Escars, ancien menin du duc d'Angoulême, est à la tête des brigands de la Mayenne.
Toutes les fois qu'ils se sont présentés devant nos troupes, qui partout sont admirablement secondées par les gardes nationales, ils ont été repoussés. Honneur à nos braves régimens !
Aussitôt que ces nouvelles ont été connues à Angers, la garde nationale s'est levée en masse. Au moment où nous écrivons ces lignes, elle est rassemblée sur le Champ-de-Mars. Rien ne saurait peindre son enthousiasme. Nous nous rendons à notre poste.
P.S. Il est décidé que les volontaires de la garde nationale se réuniront à onze heures, ainsi que l'artillerie avec ses pièces, pour se mettre de suite en marche. Ils iront coucher ce soir au Lion-d'Angers, et demain ils se rendront à Segré, sous les ordres du général Ordener, commandant le département." (Journal de Maine et Loire)
- Hier matin, un domestique monté sur un excellent cheval a été arrêté sur la route des Ponts-de-Cé. il portait en croupe, enveloppée dans un sac de toile, une très belle valise contenant un fusil de chasse, un poignard richement garni, plusieurs livres de poudre, etc. On assure que sur la lame du poignard était écrit : Vive Henri V. C'était évidemment l'approvisionnement de chouannerie de quelques uns de nos carlistes.
Livré à l'autorité, ce domestique a été écroué au château et interrogé aussitôt ; de nombreux mandats d'amener ont été lancés à la suite de cet interrogatoire. (Journal de Maine et Loire).
- L'arrondissement de Vitré était depuis quelques jours sillonné par de petits détachemens de chouans, les uns armés, les autres sans armes, et portant à leur chapeau des fleurs blanches. Samedi ces détachemens épars se réunirent, et enfin hier, dans la nuit, une estafette arriva annonçant à l'autorité que près de quatre cents de ces brigands étaient réunis en deux bandes, très bien armés environ aux deux tiers. La garde nationale et les troupes firent sur-le-champ une première battue, qui sans doute à suffi pour dissiper ces héros de la légitimité, car de nouveaux renforts ayant été envoyés hier, et une battue complète ayant eu lieu, l'on n'a pu découvrir un seul chouan.
Là se borne tout ce qui avait tant effrayé sur cet arrondissement. Aucun poste, aucun soldat, n'ont été massacrés, ainsi qu'on le disait.
On assurait ce matin que deux cents hommes de la garde nationale de Rennes devaient être mobilisés. Nous pouvons assurer que quel que soit le mécontentement des patriotes, ils comprendront que le moment des reproches n'est pas arrivé ; il faut d'abord écraser le serpent, puis on en jettera les débris au juste-milieu ; il y a droit, car son travail seul a porté ces fruits désastreux.
Ces évènemens ont engagé le premier magistrat du département à publier la proclamation suivante :
"Habitans d'Ile et Vilaine,
Des désordres ont eu lieu dans l'arrondissement de Vitré ; il y a eu des tentatives d'insurrection dans plusieurs communes ; des groupes d'hommes armés y ont paru et ont tenté de se faire suivre par des cultivateurs paisibles répandus dans les campagnes.
Que les habitans de ce département soient sans inquiétude ; ces projets insensés ne peuvent manquer d'être promptement déjoués et réprimés ; plusieurs individus qui se sont trouvés dans ces rassemblemens sont déjà arrêtés. Les cantonnemens, la garnison des villes, le bon esprit des gardes nationales en général, vont faire justice des efforts désespérés d'un parti qui ne peut méconnaître long-temps son impuissance. Des battues s'exécutent dans ce moment sur les points menacés. Les ennemis du repos public vont disparaître, selon leur usage, s'ils ne sont enfin livrés à la vengeance de la loi, qui, d'après les mesures prises et celles sollicitées du gouvernement, ne peut tarder à les atteindre.
Le préfet, CAHOUET."
(Auxiliaire Breton, journal de Rennes.)
- On nous écrit de Vitré, le 29 mai :
"Un engagement a eu lieu ce matin, à trois lieues de Vitré, entre un détachement de 40 hommes du 31e de ligne, qui escortait un convoi de poudre, et une bande de chouans forte de 100 à 150 hommes. Après quelques minutes de combat, les chouans ont pris la fuite, abandonnant 13 morts et plusieurs blessés. Parmi les nôtre, l'officier qui commandait le détachement, et 4 hommes ont été blessés. L'esprit des troupes est excellent, et leur ardeur sans exemple."
JOURNAL DES DÉBATS POLITIQUES ET LITTÉRAIRES
1er JUIN 1832

