JEAN-BAPTISTE COSTER DIT DE SAINT-VICTOR
JEAN-BAPTISTE COSTER DIT DE SAINT-VICTOR
Une silhouette romantique
Le Spinalien Coster
Don Juan conspirateur
Un Spinalien dont l'existence aventureuse est fort méconnue, c'est bien Jean-Baptiste Coster.
Notre confrère Saurel,grand spécialiste de romans historiques, aurait là un sujet tout trouvé.
Coster était né à Épinal le 2 février 1771 d'une vieille famille de bourgeoisie lorraine.
En 1791, il s'engagea au 8e Chasseurs à cheval, mais bientôt, cédant à ses convictions royalistes, il émigra et combattit dans l'armée de Condé.
Puis il rentre clandestinement en France, se joint aux Chouans de Puisaye et commande la division de Vitré ; Louis XVIII, exilé, le nomme colonel, chef de division de l'Armée catholique et royale, chevalier de Saint-Louis.
Traduit devant un conseil de guerre républicain à Avranches, il s'évade et s'enfuit à Londres avec Puisaye, puis au Canada.
Revenu en Angleterre, l'ancien lieutenant de Charette s'abouche avec St-Régent et Cadoudal.
On prépare le fameux attentat de la machine infernale ; Jean-Baptiste Coster, devenu Saint-Victor dans la clandestinité royaliste, se rend à Paris et prépare le complot.
Après l'affreuse explosion de la rue Nicaise (3 nivôse an IX), la police recherche en vain Coster dit Saint-Victor ; il se cachait à l'hôtel de Béarn, rue Feydeau. Le 30 nivôse à 7 heures du matin, les policiers font irruption dans sa chambre, au 3e sur la cour.
Ils trouvent une vieille paire de bottes, un chapeau à trois cornes galonné d'or et une valise vide. Coster était parti la veille, après avoir payé sa note.
Dans le même hôtel se trouvait un Coster de Nancy, cousin de notre héros : la police négligea de l'interroger. Par contre, elle arrêta un autre Coster, auteur dramatique, sans lien de parenté avec Jean-Baptiste.
Les recherches continuèrent plusieurs années ; Coster était de tous les complots de Cadoudal, mais il était introuvable.
Il finit cependant par être raflé avec Cadoudal et toute son équipe de conspirateurs, et passa en jugement avec eux, huit jours après le sénatus consulte qui remplaçait le premier Consul par Napoléon 1er.
Au tribunal, notre Spinalien fit bonne mine : jeune, élégant, séduisant, il lorgnait avec une jumelle de théâtre les jolies femmes massées dans le prétoire.
On racontait qu'il avait reçu un soir l'hospitalité d'une jolie actrice en vogue ; tout à coup le protecteur était survenu : c'était Napoléon. Coster eut pu le poignarder, mais noblesse oblige ! C'eut été de mauvais goût.
Aux questions posées, Coster répondait brièvement, avec dédain parfois, mordant délicatement le revers de ses ongles.
Il y eut dix-neuf condamnations à mort, dont Coster Saint-Victor, en compagnie d'Armand de Polignac, Cadoudal, d'Hozler, etc. Mais les aristocrates furent grâciés. On n'exécuta que les roturiers.
C'était le moment où le Franc-Comtois Pichegru venait d'être trouvé étranglé dans sa prison. Suicide, disaient les bonapartistes.
- Quant à Pichegru, disait Coster en allant au supplice, nous nous verrons probablement ce soir et il nous dira s'il s'est véritablement étranglé lui-même.
Le 25 juin 1804, les condamnés furent menés en place de Grève. Coster invita ses compagnons à faire la prière en commun. Il récitait et les autres répondaient ; il obtint l'assistance de l'abbé Voisin, curé de Saint-Etienne, et mourut bravement.
[Jean Bossu, La Liberté de l'Est, 31 août 1953.]