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La Maraîchine Normande
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2 décembre 2013

INSTRUCTIONS POUR AGIR RIGOUREUSEMENT CONTRE LES CHOUANS - AU GÉNÉRAL HÉDOUVILLE

INSTRUCTIONS POUR AGIR RIGOUREUSEMENT CONTRE LES CHOUANS.

HEDOUVILLE



AU GÉNÉRAL HÉDOUVILLE, COMMANDANT EN CHEF L'ARMÉE D'ANGLETERRE.

Paris, 15 nivôse an VIII (5 janvier 1800).

Le Consul Bonaparte vient de recevoir, mon cher Général, votre lettre du 12 courant. Il me charge de vous écrire par courrier extraordinaire, et vient de me faire part de ses idées, que je vous transmets, en y mettant peu du mien.

Vous avez demandé 15.000 hommes : on vous en a donné au delà de ce nombre. En voici la récapitulation :

récapitulation



On vient d'envoyer un renfort de 500 hommes à Orléans. Chartres est muni de forces considérables ; Evreux de même. Toutes les fois que vous aurez besoin de 400 hommes tirés d'Orléans, de 600 extraits de Chartres, de 600 extraits d'Evreux, ils marcheront au premier ordre de votre part aux chefs qui les commandent. On leur a commandé de mettre ces détachements à votre disposition.

Le Premier Consul de la République pense qu'en ce moment toute nouvelle démarche pacifique devient inutile. Il faut tomber le plus promptement possible sur les rassemblements armés et les dissiper à l'instant par la force. C'est par ceux de Frotté et de Georges qu'il faut commencer. Pour contribuer à anéantir le premier, on va faire partir un régiment de cavalerie de 400 hommes pour le département de la Manche.

Le Premier Consul désire que vous fassiez placarder et distribuer partout l'arrêté, que vous trouverez dans les journaux, relatif aux honneurs funèbres accordés à Pie VI.

Malgré tout ce que l'on pourra faire, il sera impossible de rétablir l'ordre dans les départements de l'Ouest sans quelques actions militaires. Pour cela, il ne faut pas tenir les troupes dans les grandes villes ; il suffit que vous nommiez un bon chef pour leur garde nationale ; c'est à ces villes à se charger de leur propre défense et de celle de leur territoire.

Quant à l'article du désarmement, le Premier Consul n'entend pas, quel que soit le mal que cette mesure puisse produire d'abord, biaiser sur cet objet ; il faut que ce désarmement soit réel et entier.

Vous êtes investi, mon cher Général, de tous les pouvoirs, oui, de tous les pouvoirs ; agissez aussi librement que si vous étiez au milieu de l'Allemagne. Que les petits intérêts et les considérations individuelles disparaissent devant la nécessité de comprimer les rebelles et de faire respecter le Gouvernement.

La mesure d'avoir des conseils militaires à la suite des colonnes républicaines est inutile. Les Consuls pensent que les généraux doivent faire fusiller sur-le-champ les principaux rebelles pris les armes à la main.

Les cabales, les dénonciations, les intrigues dirigées contre vous, de quelque côté qu'elles viennent, seront vaines. Le Gouvernement vous soutiendra ; mais on jugera en militaire vos actions militaires ; elles seront examinées par un homme qui a l'habitude des mesures rigoureuses et énergiques, et qui est accoutumé à triompher dans toutes les occasions. Quelque rusés qu'on puisse croire les chouans, ils ne le sont pas autant que les Arabes du désert. Ils n'ont ni leur coup d'oeil ni leur vélocité : vous devrez les vaincre.

Le Premier Consul croit que ce serait donner un exemple salutaire que de brûler deux ou trois grosses communes choisies parmi celles qui se comporteront le plus mal. L'expérience lui a fait connaître qu'un grand acte de rigueur, dans des circonstances telles que celles dans lesquelles vous vous trouvez, était ce qu'il y avait de plus humain. La faiblesse seule est inhumanité.

Si vous le jugez à propos, mon Cher Général, vous pouvez envoyer à Paris, soit les prêtres, soit les chefs principaux des rebelles ; ils y seront bien reçus, et le Premier Consul les verra avec plaisir. Si Sapineau désire venir à Paris, vous pouvez l'autoriser à s'y rendre, en le faisant accompagner par un officier. Mais n'oubliez pas que le Gouvernement veut en finir, et qu'il sait que cette guerre civile ne sera terminée que lorsque les insurgés n'auront plus d'armes, et qu'on leur aura inspiré une grande terreur à la suite d'actes conformes à la modération, au bon ordre et à la justice.

Déployez donc, mon cher Général, dans cette importante occasion, de la vigueur. La vigueur seule peut vous faire réussir. Le Premier Consul ne paraît pas beaucoup approuver la seconde réunion des chefs des chouans. Aux armes donc ! aux armes ! Ils ont des canons, il faut s'en emparer. Ils se rassemblent dans certaines communes, brûlez-les. Après avoir fait tout ce que dicte la modération, il faut déployer de l'énergie, sans quoi cette modération n'est elle-même que faiblesse.

Par ordre du Premier Consul.

Correspondance militaire de Napoléon 1er
extraite de la correspondance générale
Tome deuxième
Paris - E. Plon et Cie, Imprimeurs - Éditeurs
10, rue Garancière.
1876

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