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La Maraîchine Normande
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21 novembre 2013

LA COLONNE FUNÉRAIRE DE LA PEYRATTE (79)

LA COLONNE FUNÉRAIRE DE LA PEYRATTE

la croix hosannière de la Peyratte


Le petit monument qui se dresse au milieu de la place du village de la Peyratte n'est pas, comme on l'a écrit plusieurs fois, une lanterne des morts, mais seulement une ancienne croix de cimetière, qui s'appelle encore dans le pays la Croix Hosannière, et qui remonte fort probablement au XIIe siècle.

La partie supérieure seule est endommagée. Ce qui reste est plus que suffisant pour que l'on puisse se prononcer sur sa véritable destination. Les anciens du pays se rappellent d'ailleurs fort bien l'avoir vue tout entière en bon état. La croix qui surmontait cette colonne funéraire était encore en place, il y a une cinquantaine d'années. Elle a été renversée depuis, et maintenant elle se trouve à quelque distance du bourg, tout le monde peut la voir sur la route de Parthenay, non loin de la station du chemin de fer, qui doit desservir la Peyratte.

La croix de cimetière de la Peyratte diffère en quelques points (je laisse de côté les dimensions) de celle que nous trouvons presque aux portes de Niort, à Aiffres, et qui a été décrite par M. Charles Arnauld, dans les Monuments des Deux-Sèvres.

A la Peyratte, nous sommes en présence d'un massif carré flanqué de quatre demi-colonnes, les angles du massif formant des arêtes saillantes. A Aiffres, les arêtes n'existent pas. La croix d'Aiffres a la forme d'un quatre feuilles simple, elle ressemble aux piliers que l'on rencontre dans la nef des églises d'Airvault et Sainte-Croix de Parthenay. La croix de la Peyratte ressemble au contraire aux piliers de la nef de Parthenay-le-Vieux et de Saint-Jouin-les-Marnes.

Les deux types de piliers les plus fréquemment employés dans nos églises du XIIe siècle, se trouvent ainsi reproduits dans ces deux échantillons de croix de cimetière. Il serait curieux de retrouver d'autres exemples de ce même genre de monuments funéraires, qui reproduiraient le troisième type beaucoup plus rare de nos piliers romains : un massif carré flanqué sur chacun, ou seulement sur plusieurs de ses côtés, de deux demi-colonnes. Peut-être les églises de Lusignan (Vienne) ou de Nieul-sur-l'Autize (Vendée), qui nous présentent de si jolis échantillons de ce type particulier, ont-elles suscité dans leurs environs quelques-unes de ces intéressantes imitations.

croix hosannière de Aiffres


Une seconde différence, entre la croix de la Peyratte et celle d'Aiffres, se remarque dans l'espèce d'autel qui se trouvait régulièrement au pied de ces monuments. A Aiffres, nous n'avons qu'une simple tablette enchassée horizontalement dans l'une des quatre demi-colonnes ; à la Peyratte, c'est un massif de maçonnerie qui s'élève du sol.

A la Peyratte comme à Aiffres, nous sommes en présence d'un monument absolument plein, ne présentant à l'intérieur aucune cavité qui pût permettre de hisser une lampe. Ce seul détail eût suffi pour établir que la Peyratte ne possède pas de lanterne de morts.

Il ne reste plus, dans notre département, en fait de colonnes funéraires de cette dernière espèce que celle de Pers, décrite par M. Ch. Arnauld. Il en existait jadis une seconde, celle de Parthenay-le-Vieux, dont la lumière, prétendent les habitants du pays, se voyait de la Rochelle, mais elle a été démolie en 1792.
Dans la séance de la Société du 7 février 1883, à propos de la lecture de cette note sur la croix de la Peyratte, MM. Clavel et Breuillac signalèrent un petit monument quadrangulaire qu'ils se rappelaient avoir vu, jadis, à Parthenay, dans le jardin de M. Bonnet, ancien pharmacien, et qu'ils croyaient être l'ancienne lanterne des morts de Parthenay-le-Vieux, dont les débris auraient été précieusement recueillis et qui aurait été reconstruite par les soins de M. Bonnet. Le jardin ayant été exproprié, il y a trois ans, pour la construction de la ligne de chemin de fer, ils craignaient que le petit monument en question ne fût disparu. Informations prises auprès de M. Bélisaire Ledain, dont la compétence en tout ce qui touche Parthenay est bien connue, - la pyramide quadrangulaire, qui décorait le jardin de M. Bonnet, est tout simplement le "singulier et fort laid monument" qui s'élevait encore, il y a vingt-cinq ans au milieu de la place de la mairie de Parthenay.
"Il était là sur cette place, depuis 1820 environ, m'a-t-on toujours dit à Parthenay. Lorsque la ville jugea à propos de le faire disparaître vers 1860, je crois, M. Bonnet l'acheta et le plaça dans son jardin hors de la ville. Aujourd'hui le jardin, exproprié pour le chemin de fer, n'existe plus, mais le point où était la pyramide n'a pas été touché et elle y était encore debout l'été dernier. - Quant à croire que c'était là le vieux lampadaire de Parthenay, il me faudrait bien de bonnes preuves pour l'admettre ... Je ne vois rien de cela dans l'insignifiante pyramide du jardin Bonnet. S'il est certain qu'il y eût jadis un lampadaire à Parthenay-le-Vieux, il me paraît non moins certain qu'il est entièrement détruit." (Lettre de M. Bélisaire Ledain, 19 février 1883).

Nous sommes donc moins riches que nos voisins du département de la Vienne, qui possèdent les lanternes de Château-Larcher, d'Antigny, de Journet, et d'autres encore. Ils ont vu, dans les premiers mois de 1881, renverser celle de Saint-Léomer ; prenons garde que quelque jour une démolition fâcheuse ou quelque restauration maladroite ne vienne frapper l'unique échantillon qu'il nous est encore donné de posséder. Veillons sur notre précieuse colonne de Pers. Veillons aussi sur nos vieilles croix romanes.

La municipalité de la Peyratte se soucie sans doute fort peu de l'intérêt archéologique du monument qui est resté debout au milieu de son ancien cimetière. Il y aurait utilité à éveiller son attention. Rapporter la petite croix de l'endroit où elle a été transportée, et la replacer sur le sommet consolidé de la colonne à laquelle elle appartient, serait une besogne fort peu considérable et qui ne chargerait guère le budget de la commune. Permettez-moi, Messieurs, de faire appel en cette occasion à l'intérêt que vous portez tous à nos vieux monuments.

Je suis convaincu qu'une simple démarche de la Société amènerait la restauration et la conservation définitive de cet intéressant débris de l'époque romane.

Jos. BERTHELÉ
Bulletins de la Société statistique
du département des Deux-Sèvres
1884

Les souhaits de M. Berthelé ont semble-t-il été exaucés depuis l'édition de son article. Pour en juger, je vous invite à consulter le lien suivant, qui nous propose de beaux clichés de La Peyratte : http://www.mesvoyagesenfrance.com/D79/LA%20PEYRATTE.html

 

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