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La Maraîchine Normande
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3 octobre 2013

ST-DOMINGUE - BOISMÉ (79) - CHARLES-FRANCOIS-CYPRIEN DE RIEUX-SONGY

 

RIEUX SONGY

Charles François Cyprien de RIEUX-SONGY est né le 31 décembre 1778 au Cap Français (Saint-Domingue), du mariage de Mr Joseph Claude Valentin, comte de RIEUX SONGY et de Demoiselle Catherine Charlotte de RIEUX. Il épouse en 1822 Demoiselle Lucie Duvergier de La Rochejaquelein, apportant le château du Fresne-Chabot dans cette famille. Lucie est née au Château de la Durbelière à Saint-Aubin-de-Baubigné, le 8 avril 1788. Elle décède au Fresne-Chabot - Nueil-sur-Argent, le 27 novembre 1862, à l'âge de 75 ans.

LUCIE DUVERGIER

Dans le « Recueil de notes, observations et pièces » publié pour le Lieutenant-Général Canuel en 1818, nous trouvons une description physique de Charles-François-Cyprien de Rieux-Songy : taille d'un mètre quatre-vingt-deux centimètres, cheveux et sourcils châtains, front haut, yeux gris-bleus, nez court, bouche moyenne, menton à fossette, visage ovale.

« Il avait fait la guerre aux îles, puis en Espagne sous Napoléon, et fut Colonel d'Infanterie. » (1)

En 1818, le Comte de Rieux-Songy est accusé d'avoir pris part à la prétendue "conspiration du bord de l'eau", conspiration ourdie contre la politique de Louis XVIII jugée trop libérale, il est arrêté ainsi que le vicomte de Chappedelaine, J.B. de Joannis et D. de Romilly sur l'ordre de Bellart . Le chef supposé de cette soi-disant conjuration, le général Canuel, sera arrêté un peu plus tard et mis au secret pendant sept jours.

 

canuel général

« Le 2 juillet, un commissaire de police, avec sept ou huit hommes, vient à cinq heures du matin, envahir l'appartement de M. de Rieux-Songy, hôtel des Sept-Frères, rue de Grenelle-Saint-Honoré, où logeait le général Canuel ; il le réveille en sursaut ; il l'invite à se lever pour livrer ses papiers. M. de Songy fait observer au commissaire que c'était sans doute une mystification qu'on voulait faire à la justice. Le commissaire poursuivit son expédition. Après l'examen et l'enlèvement des papiers, il conduit M. de Songy à la police, et de là au Palais-de-Justice, devant M. Meslier, qui procéda d'abord au dépouillement des papiers, après quoi ils furent tous remis à M. de Songy, sauf six pièces qu'il a signées, et qui sont restées jointes à son premier interrogatoire. A la suite de cet interrogatoire, il est conduit au greffe, et de là transféré, à sept heures du soir, à l'hôtel de la Force, où il est confiné au secret.

 

le conservateur

(Le Conservateur - Paris - 1818)

 

Le 13 août, M. de Songy est amené de nouveau devant M. Meslier, pour y prêter un second interrogatoire, à la suite duquel, après quarante-trois jours, le secret est levé ; et quelques jours après, il en prête un troisième."

 

Interrogatoire de M. le comte de Rieux-Songy.

(Premier interrogatoire, du 2 juillet)

M. le juge d'instruction, après les questions d'usage, me fit les demandes suivantes :

D. Avez-vous connaissance d'une conspiration tendante à changer la forme du Gouvernement et la plus grande partie des hommes en place, laquelle conspiration devait éclater le 24 juin, et avait été ajournée à un autre temps ?

R. Je ne connais pas cette conspiration ; et s'il y en eût eu une contre le Roi et son Gouvernement, je serais sans doute le dernier à qui on en aurait fait la confidence parce que mes opinions politiques et mon dévoûment invariable à Sa Majesté, étaient connus de tous ceux qui avaient le moindre rapport avec moi.

D. Il paraît cependant que vous êtes désigné comme l'agent le plus actif de cette conspiration, et que vous deviez vous rendre dans la Vendée pour la faire soulever.

R. Dites-moi qui vous a fait de pareils contes, et je vous prouverai aisément leur absurdité.

D. Vous avez expédié fréquemment et vous receviez de même des courriers de la Vendée.

R. C'est une fable ridicule. Depuis long-temps ma correspondance avec ce pays était devenue presque nulle, parce que n'ayant plus l'espoir de rien obtenir, et fatigué des justes plaintes des Vendéens, je n'écrivais plus dans ce pays : pendant long-temps ma qualité de chef d'état-major de l'armée de la Rochejaquelein m'avait effectivement entraîné dans une grande correspondance, puisque j'étais chargé de toutes les réclamations des soldats et des officiers de ce corps d'armée ; mais je vous répète que l'inutilité de mes démarches pour eux avait mis fin à cette correspondance. Plus de deux milles lettres que j'ai chez moi, et que j'offre de produire à la justice, peuvent justifier la nature de cette correspondance, que j'ai reçue par la poste et par des occasions, afin d'éviter les ports de lettres.

D. Pourquoi le commissaire de police n'a-t-il pas pris ces lettres ?

R. Le commissaire de police, ainsi que les gens qui visitaient mes papiers avec lui, paraissaient ne chercher que des dates nouvelles ; ils ont laissé ces lettres chez moi, ainsi que mes contrôles et une infinité d'autres papiers, parce qu'ils les ont trouvés apparemment trop anciens et trop poudreux.

D. N'assistiez-vous pas à des réunions secrètes dans lesquelles on s'occupait du changement de Gouvernement ?

R. Non, monsieur. Mais dites-moi, je vous prie, où se tenaient ces réunions ; car il me serait aisé de vous prouver que c'est encore une fausseté, ou du moins, si elles ont existé, que je n'y ai jamais été.

D. N'assistiez-vous pas à celles qui ont eu lieu chez M. de Chappedelaine, où l'on s'occupait de la conspiration ?

R. J'allais souvent le soir chez M. de Chappedelaine, mais je n'y ai jamais rien entendu dire qui pouvait me faire soupçonner une conspiration.

D. Quelles étaient les personnes que vous y voyiez ordinairement ?

R. Le général Canuel, le colonel Montcrif, M. Duchayla ; j'y ai vu une fois M. Roussiale, et M. et Mme de Saussin.

D. Ne deviez-vous pas aller faire un voyage dans la Vendée il y a quelque temps ?

R. J'avais effectivement annoncé à mes amis, qui m'en avaient vivement sollicité, que je devais aller les voir au printemps dernier, et leur faire mes adieux avant de quitter la France ; mais je ne voulus pas m'éloigner du général Canuel, au milieu des tracasseries qu'on lui avait suscitées sur les affaires de Lyon, et au moment de son procès contre les sieurs Sainneville et Fabvier : d'ailleurs, une association dans laquelle MM. Canuel et de Joannis m'avaient admis, et qui avait pour but de répandre le nouveau procédé de M. de Joannis sur la carbonisation du bois, fut encore le motif qui me fit renoncer à ce voyage.

D. Depuis quand connaissez-vous le général Canuel ?

R. C'est au 20 mars 1815, et au champ d'honneur dans la Vendée, que j'ai fait sa connaissance.

D. Ne logiez-vous pas avec lui, et ne le voyiez-vous pas fréquemment ?

R. Oui, monsieur ; depuis son retour de Lyon il est venu habiter le même hôtel que moi, et je le voyais journellement.

D. Le général Canuel ne recevait-il point beaucoup de monde chez lui, et pourriez-vous me dire quelles étaient les personnes qui y venaient ? M. de Chateaubriant n'était-il pas du nombre de ceux qui le visitaient souvent ?

R. L'hiver dernier, et lors du rappel du général Canuel, il reçut effectivement la visite de beaucoup de gens de la Cour, de la ville, et des membres des deux Chambres ; mais depuis plusieurs mois il menait une vie fort retirée, et ne voyait presque personne. Le général avait son appartement et moi le mien. Je ne puis vous nommer les personnes qui venaient dans le sien : quant à M. de Chateaubriant ; je ne l'ai vu qu'une seule fois chez le général, et j'ignore s'il y est revenu.

D. Connaissez-vous MM. de Joannis, de Chappedelaine et de Romilly ?

R. Oui, monsieur ; c'est chez le général Canuel, et depuis son retour de Lyon, que j'ai fait la connaissance de M. de Joannis, dont je connaissais d'ailleurs la famille dans la Vendée, et qui a lui-même servi honorablement dans les premières guerres de ce pays. Depuis mon retour de la Vendée, en 1815, j'ai fait celle du général Chappedelaine avec d'autant plus de plaisir, qu'il n'a servi comme moi que la cause royale. Quant à M. de Romilly, je l'ai connu chez le général Canuel, depuis seulement quelques mois, et le voyais le plus souvent au café Valois.

D. Il paraîtrait que c'est vous qui avez initié M. de Romilly dans la conspiration ?

R. Comment pouvais-je initier M. de Romilly dans une conspiration que je ne connais pas ?

D. Avez-vous été repris de justice ?

R. C'est à vous que je devrai d'avoir été déshonoré pour la première fois ; mais ce qui m'est le plus cruel, c'est de l'être en France, et sous le règne d'un Bourbon, ce à quoi certes je ne me serais jamais attendu.

(Deuxième interrogatoire)

Le treizième jour du mois d'août et le quarante-troisième de mon secret, M. Meslier me fit comparaître devant lui.

Ce deuxième interrogatoire ressemble beaucoup à celui de M. de Joannis ; il a été très-peu question de la prétendue conspiration ; quoique long de vingt et quelques pages, il est encore plus oiseux et plus ridicule ; il roule principalement sur les promenades sur la terrasse du bord de l'eau, aux Tuileries, le café Valois, l'emploi journalier de toutes mes heures, les personnes que je connaissais et qui me rendaient visite, sur d'autres que je ne connaissais qu'imparfaitement, et sur un plus grand nombre que je ne connaissais pas même de nom.

Ce dont je me rappelle et qui m'a choqué, ce sont les demandes suivantes :

D. N'est-il pas à votre connaissance que le général Canuel a écrit dans l'Ouest pour soulever le pays et faire seconder le mouvement qui devait avoir lieu dans Paris ?

R. C'est encore une fable comme tant d'autres.

D. Comment pouvez-vous dire que c'est une fable ?

R. C'est parce que je suis assez lié avec le général Canuel, pour savoir qu'il n'entretient de correspondance ni dans la Bretagne ni dans la Vendée.

D. Il paraît que c'est vous qui, dans la Vendée, aviez donné l'ordre à trente chefs de se rendre à Paris, mais qu'ayant remis le mouvement à une autre époque, vous leur aviez donné contr'ordre.

R. Ceci est non seulement une fable, mais la plus épouvantable calomnie ; et je déclare que j'en poursuivrai les auteurs par tous les moyens que pourront m'offrir les lois ... (Avant d'écrire cette phrase, le greffier balbutia qu'il était inutile de la mettre, parce qu'on ne pouvait pas poursuivre des gens qui donnaient des renseignemens officieux. Je déclarai avec humeur que non seulement je ne signerais point l'interrogatoire commencé, mais que je ne répondrais plus du tout, si l'on ne voulait pas consigner ma réserve. M. Meslier dit alors au greffier d'écrire ce que je lui dictais.) ...

(Troisième interrogatoire)

D. Quel est le motif qui vous engageait à quitter la France ? n'est-ce pas la haine que vous avez contre les institutions qui y sont établies ?

R. N'ayant rien conservé en France, y ayant perdu tout ce que l'homme peut chérir en ce bas monde, et n'ayant plus d'espérance de pouvoir y vivre honorablement, dès 1814, après le retour du Roi, auquel je n'avais plus de sacrifices à faire, je retournai en Angleterre avec l'intention d'aller aux Indes orientales ou dans quelque contrée éloignée, pour fuir un séjour qui renouvelait sans cesse et mes regrets et mes chagrins. Instruit des dangers qui menaçaient le Roi et la France, l'espérance d'être utile à mon Roi et à mon pays, m'y ramena, et me conduisit, pendant les cent jours, dans la Vendée, où j'ai servi comme chef de l'état-major de l'armée de la Rochejaquelein. Quant à l'imputation de haine contre les institutions établies et contre la France, c'est la calomnie la plus épouvantable ; et d'après l'impression qu'elle me fait éprouver devant vous, je vous assure, sur mon honneur que cent coups de canon à mitraille ne m'affligeraient pas autant. Personne n'aime et ne chérit plus que moi cette France ; et l'idée qui me tourmente le plus, c'est de ne pouvoir y reposer mes cendres avec celles de mes ancêtres. Mais je ne puis y faire même des souliers : l'impossibilité d'y vivre et mourir honorablement désormais, est le seul motif de mon éloignement. Cessez, monsieur le juge, de me faire des questions qu'aucun tribunal du monde ne se permettrait pas, pour sonder des secrets qui doivent être renfermés dans mon coeur, et que je ne confie pas à mes meilleurs amis.

D. Vous connaissez M. de la Rochejaquelein, vous êtes lié avec lui ; le voyez-vous souvent ?

R. Oui, monsieur ; c'est dans la Vendée, en 1815, que j'ai fait sa connaissance, lorsqu'il commandait un corps de l'armée royale. Nos relations indispensables et celles que j'ai continué à avoir à Paris avec lui pour les réclamations des officiers et des soldats de son armée, dont il s'occupait autant qu'il le pouvait, ont cimenté l'estime et l'attachement que j'ai pour lui. Mais depuis que ses démarches et les miennes étaient devenues inutiles aux officiers et soldats de notre armée, je le voyais plus rarement.

D. Y a-t-il long-temps que n'êtes allé à Versailles ?

R. J'y ai été pour la dernière fois en 1817.

D. Ne pouvez-vous pas me dire quel était le motif du voyage que M. de Romilly a fait dernièrement en cette ville ?

R. J'ignore si M. de Romilly a été à Versailles, et je n'ai pas entendu parler du motif.

Plusieurs pages de cet interrogatoire ont été employées ensuite pour satisfaire le juge d'instruction sur le projet du voyage du général Canuel aux forges de Dampierre, sur notre acte d'association, et sur tous les projets de notre société pour propager le nouveau procédé de M. de Joannis sur la carbonisation du bois. On m'a également demandé si je connaissais la Note secrète ; après avoir examiné la brochure, j'ai dit que j'avais en effet, avant mon arrestation, entendu dire qu'il avait été question, dans les journaux anglais, d'un Mémoire aux puissances alliées ; mais que je n'en connaissais pas les auteurs ; que je n'avait pu connaître cette brochure, puisqu'elle avait été imprimée et publiée pendant que j'étais au secret.

Telle est, autant que je puis m'en rappeler, la substances de mes interrogatoires, qui ont eu lieu les 2 juillet et 13 août.

Signé DE RIEUX-SONGY

A la Force, ce 27 septembre 1818."

(Extrait de : Défense de M. le Baron Canuel, M. le Vicomte de Chappedelaine, M. le Comte de Rieux-Songy, M. Désiré de Romilly, et M. J.-B. de Joannis, aux attaques extrajudiciaires dirigées contre eux, à l'occasion de la conspiration dite Royaliste. Imprimeur-Libraire J.G. Dentu - Paris – 1818 – Archives Départementales de la Vendée – Bibliothèque du Comte de Chabot)

 

M. de Chateaubriant, dans le volume 4 de ses Oeuvres Complètes, nous confirme qu'après quatre mois de procédure, MM. de Rieux-Songis, Chapdeleine, Romilly et Joannis ont été solennellement acquittés par la Cour royale de Paris,

Le 21 septembre 1819, le comte Charles François Cyprien de Rieux-Songy, capitaine à la demi-solde, demeurant à Paris, rue de Grenelle, se fait établir un acte de notoriété car son acte de naissance au Cap Français, département du Nord de Saint-Domingue, a disparu lors des évènements graves qui s'y sont produits.

rieux songy décès

Malade depuis plusieurs années, il mourut à Boismé, le 8 novembre 1835, à 56 ans, sans descendance. (1) Selon ses dernières volontés, son épouse, la comtesse de Rieux-Songy, fit transporter et inhumer son corps au cimetière de Saint-Aubin-de-Baubigné.

 

(1) Portrait et extrait du texte tiré de l'Album Vendéen de Louise de La Rochejaquelein – Légende revécue – Clisson 1826

 

 

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