1831 - PIECES CURIEUSES - LETTRES DE M. BREARD, MAIRE DE MALVILLE A M. BRAUD, CURÉ
PIECE CURIEUSE
Il faut la voir pour y croire.
Lettre de M. BRÉARD, maire de Malville, à M. Braud, curé de cette paroisse,
Malville 9 mai 1831.
Monsieur le curé,
J'ai été surpris des rapports qui m'ont été faits contre vous, en ce que vous avez par vos sollicitations existe et même fait solicité par votre domestique les jeunes gens à la révolte ... Vous leurs avez dit qu'il ne fallait pas servir L. Philippe ... et que Charles X avez un parti ... même vous leur avez refusé l'absolution sous la condition que vous n'avez put leurs faire promettre de ne pas servir Louis-Philippe ... Messieur, vous avez ordonné des prières pour Bernier en annonçant sa mort pendant qu'il se portait bien, messieur, c'est déjà de votre part un trait de fourberi fait pour exciter la révolte ...
Le dimanche de Pâsque vous avez dit dans votre sermon que le corp de Notre Seigneur avait été mi dans le tombeau et gardé par la garde nationale cependant avant la révolution de 1789 l'on avait jamais connu de garde nationnale, ainsi il est donc très-certain que vous ne l'avez dit que pour mépriser la garde nationale ... M. le curé, ... c'est une révolution que vous voulé pour rétablir le droit féodeau. J'ouvre l'histoire de Thouret. Je vois que l'établissement de la dime n'a été de la part du clergé qu'une grande exurpation et escroquerie ... Il n'y a pas plus de facilité de rétablir la dime qu'il ne serait d'arrêter l'océan dans son cour ... vous aurez des grands comptes à rendre devant Dieu pour le sang que votre ambition aurait fait répandre ... Ainsi M. le curé je vous ordonne de ne plus former de conspiration contre l'état, car si l'on avait voulu vous dénoncer au procureur du Roi suivant les art. 76 et 77 du code pénal, la loi vous condamnez à mort ... C'est les plus grands malheurs du monde que les prêtres veulent se mêler des affaires politiques. Ainsi M. le curé si je viens à savoir que vous formiez aucune nouvelle conspiration vous serez poursuivez à toute la rigueur des lois.
Je vous salue avec respect votre serviteur
J. BREARD maire
La Revue judiciaire
N° 37 - tome III - 1ère année
Vendredi 27 mai 1831
ENCORE UNE PIECE CURIEUSE
Il y a peu de temps que nous avons publié une lettre écrite par le maire de Malleville (arrondissement de Saveney, Loire-Inférieure), à M. le curé de cette commune. La correspondance continue, et nous sommes heureux de pouvoir communiquer à nos abonnés un second échantillon du savoir faire et de la capacité municipale chargée de l'administration de Malville. La voici cette lettre, il n'est pas besoin de dire qu'elle est copiée textuellement :
"Malville le 28 mai 1831.
Monsieur le curé,
dans la lettre que vous m'avez envoyée qui est dattée du 20 mai vous dites que vous avez reçu ma lettre datée du 9 mai ma lettre n'été pas dattée du neuf mais elle était dattée du 8 mai monsieur le curé vous me marqué dans votre lettre que la lettre que je vous ai écrites était plaine d'imposture ; d'injure et de callomnie messieur ce n'est pas dans mes lettres que vous découvrirez ni imposture ni injure, ni callomnie la lettre que je vous ai écrites était dictéez avec ordre sagesse et justice et ne renferme aucune imposture ni injure, mais comme maire je dois veiller à ce que la tranquillité et le bon ordre existe dans la commune c'est ce motifs qui m'a obligés de vous écrire pour vous prévenir de ne plus éxiter, le peuple à la révolte et à la d'ésobéissance au gouvernement faute de quoi. je serai obligé de prendre des mesures contre vous. vous dites que je dois respecter votre âge je ne l'ignore pas et que je devrais vous être reconnaissant de m'avoir administré les sacrements mais dans cette circonstance vous n'avez pas plus plus fait que votre devoirs ne vous en impose l'obligation vous dites que ma lettre était remplie de callomnie et d'imposture d'injure et de glorieux mansonge monsieur le curé. les callomnie les impostures et les glorieux mansonge sont dans votre lettre et ne se trouve point dans la mienne. Monsieur vous parlez d'enfants possédés s'il existe des enfans possédés se sont ceux qui exite le peuple à la désobéissance aux lois du gouvernement et qui font tous leurs efforts pour former une révolution pour faire piller voller et assasiner et masacrer tout les braves gens vous dites que vous ne vous écartéz pas de la ligne de vos de devoirs cependant quand vous exitez le peuple à la révolte et à la désobéissance aux lois du gouvernement vous ne suivez pas la ligne de vos devoirs et je serai obligé de prendre des mesures contre vous pour que vous ne troublié plus le bon ordre dans la commune. vous me traitez de persécuteur cependant messieurs je n'ai persécuté personne et aucun homme de bonne foi dans la commune n'a de raison de ce plaindre de moi ni de mon administration Monsieur le curé vous dites qu'a la veillesse appartient le droit de redresser l'âge mûre quand il s'éloigne de la sagesse et de la prudence c'est vous qui vous en êtes éloigné en exitant les jeunes gens à la révolte et à la désobéissance aux gouvernement et au désordre et c'est à moi à vous redresser quand vous vous écarterez de l'obéissance et de la soumission aux lois du gouvernement. Je vous salu avec respects.
J. BREARD maire
Dans la réponse que le vénérable pasteur a adressé à M. le maire de Malville, celui-ci a pu remarquer ce passage :
"Ne rendez pas plus que moi odieux le gouvernement de Louis-Philippe, et sûrement notre commune ne se révoltera pas."
La Revue judiciaire
N° 60 - Tome III - 1ère année
Dimanche 19 juin 1831