LA CHANT DU MOULIN
LE CHANT DU MOULIN
Son aile au vent, la voile haute,
Le moulin là-bas sur la côte,
Entonne son tic-tac joyeux.
Tantôt lentes, tantôt pressées,
Ses claires notes cadencées
Vibrent en sons mélodieux ;
Elles s'élançent dans la plaine
Qui de gerbes blondes est pleine,
Pour aller se mêler aux choeurs
Que chantent, au bruit des faucilles,
Les gais essaims de jeunes filles
Et la troupe des moissonneurs.
Et c'est un concert qui s'élève
De toutes parts, sans nulle trève.
Pour saluer ses lourds épis,
Le beau blé mûr que les orages
Ont épargné de leurs ravages
D'un dur labeur le juste prix !
Le vaillant moulin, sur la côte,
Son aile au vent, la voile haute,
Chante ..., travaille en même temps ;
Sous son dur silex, la farine
En flocons tombe douce et fine,
Plus blanche que le lys des champs ;
Et quand le vent dans sa ramure
Siffle, et s'engouffre en sa voilure
La pressant de tout son effort,
Docilement l'ardente pierre
Se hâte, intrépide ouvrière,
Travaillant et chantant plus fort.
- Va, joyeux moulin, chante ! chante !
Que ta fanfare soit bruyante !
Réduis en farine le grain ;
Sois plein d'ardeur, plein d'allégresse,
Tourne, tourne, tourne sans cesse
Pour donner aux hommes le pain !
- Tourne ! et que longtemps la "Dourdène"
Qui baigne ton heureuse plaine
Et notre riante cité,
Redise à ses berges fleuries,
A ses saules, à ses prairies,
Tes chants, ta joie et ta gaîté !
O joyeux moulin de Toutvent,
Qui là, dans le soleil levant
Déployais fièrement tes ailes
Qui répandais sur Miramont
Les longs échos de ta chanson
Si vibrante en nos coeurs fidèles.
Le temps a fui ! - Nul, en ce jour,
Ne pourra revoir, au détour
De ta butte, les grandes voiles
Faire tournoyer sur nos prés
L'ombre grise de tes agrès
Que tamisaient leurs fines toiles.
Ton jeune meunier guilleret
Ne fera plus claquer son fouet,
Debout sur ta large "bastine"
De la grave mule au pas lent
Qui t'apportait le pur froment
D'où sortait ta blanche farine ;
Et la Dourdène aux frais atours,
Poursuivant son paisible cours
Sous les aubépines fleuries,
Ne redira plus ta gaîté,
Ton noble labeur, ta beauté
Aux vieux saules de ses prairies ;
Car maintenant, sur le coteau,
L'aile en tronçons, le chapiteau
Fracassé, pantelant, en ruine,
O cher moulin, bon ouvrier,
Tu n'est qu'un pauvre pigeonnier
Tressaillant aux pleurs de la bruine.
Vapeur, gaz, dynamo, torrents
Machinismes envahissants,
Ont submergé ta poésie ;
Tu travaillais sous le ciel bleu
Et tu chantais, fier, l'âme en feu ;
Meurs, ô poète, Adieu, la vie !!!
- Le temps, hélas ! si décevant,
Passe pour les moulins à vent
Comme pour la rose éphémère ;
Ainsi que le veut le destin
Ils n'auront vécu qu'un matin ...
Mais rayonnants dans la lumière !
[Miramont-de-Guyenne aux pieds du côteau de Toutvent sur lequel se dresse la tour démembrée d'un moulin qui vers la fin du siècle dernier était encore en pleine activité.]
ALPHONSE DENIZOT
Revue de l'Agenais
1930