RÉPONSE DES ARMÉES CATHOLIQUE-ROYALE, DE LA VENDÉE & DES CHOUANS AU RAPPORT FAIT PAR LE CITOYEN DOULCET
RÉPONSE DES ARMÉES CATHOLIQUE-ROYALE,
DE LA VENDÉE & DES CHOUANS,
Au RAPPORT fait à la soi-disant Convention Nationale, dans la séance du 16 juin 1795, par le soi-disant Représentant du peuple le citoyen DOULCET ; suivie de la PROCLAMATION faite par les Chefs des Armées Catholiques et Royales, au nom de LOUIS XVIII, ROI DE FRANCE ET DE NAVARRE ; aux fidèles Habitans du POITOU, de l'ANJOU, du MAINE, de la BRETAGNE, de la NORMANDIE, et de toutes les provinces de France.
Enfin les crimes des assassins se découvrent dans toute leur étendue ; graces en soient rendues à la divine Providence ! MASSILLON
Nous devons à notre Dieu, à notre Roi, à nos braves camarades, à nos amis, à nos frères, à tous les françois ; nous devons à l'Europe entière qui a les yeux fixés sur nous, la justification, ou pour mieux dire l'exposé de notre conduite. Nous allons le tracé avec cette loyauté, avec cet honneur, avec cet amour de la Patrie qui ont constamment dirigé nos actions et animé nos efforts. Dieu nous est témoin que la vérité respire dans toutes nos paroles.
Dieu très-haut, très-puissant, très-miséricordieux, les fidels et religieux habitans de la Vendée te rendent de très-profondes actions de graces pour les succès dont tu as couronné leurs efforts. Ils remercient ta bonté ineffable de les avoir soustraits à la férocité des députés de la Convention soi-disante Nationale, ces hommes sacrilèges et pervers qui ont établi leur domination sur le sang de tous les Français et la dévastation de toutes les propriétés. Les fidels et religieux habitans de la Vendée bénissent ta Providence infinie de leur avoir donné assez de prudence pour éviter les pièges des assassins, assez de force pour repousser leurs soldats. Dieu éternel, protecteur des empires, soutien de la justice et de la vertu, les habitans de la Vendée placent en toi toutes leurs espérances ; ils se prosternent au pied de ton trône, et pour prix de leur souffrance, ils te supplient d'accorder la paix et le bonheur aux français, d'accorder le pardon et les remords à leurs assassins.
Frères et camarades, la politique exige souvent un secret ; elle prescrit souvent des démarches que le coeur de l'homme honnête réprouveroit avec indignation, si le bonheur de ses semblables ne devoit pas en être le prix, s'il y avoit un autre moyen de l'obtenir, et s'il ne falloit pas quelquefois employer le crime lui-même à réparer les maux qu'il a faits.
Telle est, frères et camarades, la condition malheureuse de l'homme, qu'il est souvent obligé de parler à un scélérat le langage de l'honneur, pour empêcher ce scélérat de plonger ses mains dans le coeur de ses frères.
Nous allons donc vous dévoiler ce qu'il est important que vous sachiez aujourd'hui, ce qu'il eût été dangereux de vous découvrir plutôt. Nous allons vous faire connoître les motifs qui nous avoient engagés à conclure un traité où nous avons mis de notre côté la religion, l'honneur et l'amour de la patrie ; où les députés de la soi-disante Convention Nationale n'ont apporté, de leur côté, qu'impiété, fourberie, parjure et projets d'assassinats.
Le sang Français couloit depuis long-temps, chacune de nos victoires étoit pour nous un jour de deuil, chaque triomphe faisoit couler nos larmes ; mais forcés de défendre nos droits les plus sacrés contre des brigands altérés de notre sang, nous nous trouvions dans l'affreuse nécessité de combattre nos frères, que des tyrans impitoyables forçoient à inonder nos provinces, Vous l'avez vu vous-mêmes et depuis deux années, ô nos braves camarades ! on vouloit nous défendre d'adorer le Dieu de nos pères, on avoit assassiné notre Roi, on avoit massacré nos femmes, égorgé nos enfans, incendié nos propriétés, et notre patrie ne devoit plus être que notre tombeau. Des scélérats, semblables en tout à ces esprits infernaux qui se soulevèrent contre l'être suprême, des scélérats souillés de tous les crimes et jaloux d'en commettre chaque jour davantage, pour étouffer, s'il étoit possible, jusqu'à leurs remords ; des scélérats qui avoient usurpé le trône de nos rois, avoient ordonné, dans leur barbare délire, que la flamme et le fer seroient portés dans nos paisibles demeures. Nous adorions tous le Dieu qui créa le ciel et la terre, et la soi-disante Convention ne reconnoissoit un Dieu que pour l'outrager ! Nous aimions le monarque qui nous appelloit ses enfans et qui jamais ne détournoit ses regards bienfaisans de dessus nos chaumières, et la soi-disante Convention l'avoit assassiné avec une barbarie, avec une lâcheté dont aucun peuple du monde n'avoit encore souillé ses annales !
Que disons-nous, aucun peuple ! non, ce n'est point le peuple Français, ce ne sont point les malheureux habitans de la France qui ont égorgé toute une famille de souverains ! Le peuple Français est innocent, c'est la soi-disante Convention Nationale qui est coupable. Elle a été élue et nommée par les jacobins ; c'est elle qui, après avoir enchaîné la Nation Française, l'a forcée à approuver le régicide, afin que la Nation Française, ne lui demandât pas compte du sang précieux que des scélérats vouloient répandre pour régner.
Oui, nos braves camarades, nous vous le disons aujourd'hui, à la face du Dieu tout puissant en qui nous avons mis toute notre confiance, l'abbé Syeyes a été le premier moteur de l'assassinat de LOUIS XVI. L'abbé Syeyes, Fréron, Legendre, Robespierre, Tallien, Danton, Dubois-Crancé, Barrère, Sevestre, Billaud-Varennes, Roëderer, Collot-d'Herbois, etc. etc. ont tous porté leurs mains régicides sur le trône de nos rois, ils se sont partagés les dépouilles de nos pères et le sang de nos enfans ; et chaque jour que ces monstres respirent, coûte encore au peuple Français des victimes, des crimes et des remords.
Cependant, nous conservâmes dans cette province fidèle, nous voulûmes conserver dans cette enceinte sacrée la foi de nos pères, leur amour pour nos Souverains : mais c'étoit un crime impardonnable aux yeux de la soi-disante Convention. Aussi-tôt elle envoya cent mille bourreaux autour de nous. Mais le Dieu des armées nous couvrit de son égide, il arma nos bras de son glaive et nous triomphâmes de la férocité de la soi-disante Convention.
Cette assemblée assassine et sacrilège avoit épuisé tous ses efforts, les yeux du peuple Français alloient s'ouvrir, le jour terrible de la justice s'approchoit ; il ne restoit plus aucun espoir au soi-disant comité de salut public, ses barbaries étoient épuisées. Les soldats qu'il envoyoit sur nos frontières alloient devenir nos amis, nos frères ; car ces soldats nous voyoient adorer Dieu, aimer notre Roi, et chérir tous les Français, au milieu des tourmens comme dans les champs de la victoire.
Vous l'avez vu, nos braves camarades, avec quelle infatigable barbarie la soi-disante Convention a porté la désolation dans nos campagnes ! Elle a ordonné que vos chaumières seroient incendiées, que vos enfans seroient massacrés sur le sein de vos femmes expirantes, elle a arraché vos forêts, tari vos fontaines ; elle eût creusé le sol sur lequel vous avez pris naissance ; elle eût plongé dans les abîmes de la mer la terre qui vous a vu naître, si Dieu lui-même n'avoit pas permis que les plus infâmes, les plus hardis des scélérats trouvassent, dans notre courage, des bornes placées devant leurs crimes.
Les scélérats, le croirez-vous, ô nos braves camarades ! les députés de la soi-disante Convention avoient envoyé du poison pour être jetté dans vos fontaines. C'est quinze jours avant la signature du traité de paix que le soi-disant comité de salut public n'a pas craint de commettre cette dernière horreur. Le poison est là : c'est un de nos braves chefs, M. le Vicomte de Scepeaux qui en a intercepté l'envoi près la ferme de Volfrèse, aux environs d'Ancenis. Les députés de la soi-disante Convention vous proposoirent la paix et ils prenoient toutes leurs mesures pour empoisonner vos familles, pour vous désarmer et vous faire assassiner ensuite le même jour dans toute l'étendue du pays occupé par vos armées victorieuses.
Malgré d'aussi horribles trames, le désir d'épargner le sang Français, l'espérance que la soi-disante Convention, en voyant l'inutilité de ses efforts et même de ses crimes, consentiroit enfin à nous rendre de bonne foi notre Dieu et notre Roi ; ces motifs si puissans nous déterminèrent à écouter des propositions de paix. En alliant la prudence et la force avec la clémence et la justice, nous nous flattâmes que nous parviendrions à ramener la paix dans ces provinces, à ouvrir les yeux du peuple Français, et rétablir sans effusion de sang les autels de notre Dieu et le trône de notre Roi.
A ces considérations, vos chefs investis de toute votre confiance, et surs de ne point être désapprouvés par M. le Régent et par M. le Lieutenant général du Royaume, ouvrirent des négociations.
Le plus pénible de tous les efforts que nous avons faits depuis deux années, nos braves camarades, pour vous venger, pour vous défendre, a été de recevoir au milieu de nous ces assassins sacrilèges dont les mains dégoutoient encore du sang de vos femmes et de vos enfans. Mais le bien de la patrie l'ordonnoit ; nous avons consenti à entendre vos bourreaux.
Nous vous avons fait connoître, dans le temps, les conditions que nous imposâmes à cette époque à la soi-disante Convention ; mais nous ne pûmes vous dire alors les conditions secrettes auxquelles elle s'obligea, conditions sans lesquelles les soi-disans représentans du peuple n'eussent jamais approché de vos drapeaux. Nous vous avons même laissé supposer que ces conditions seroient beaucoup plus avantageuses et d'une plus prompte exécution que vous ne l'imaginiez. Nous étions forcés d'avoir recours à cette espèce de dissimulation pour assurer le succès de nos démarches. Il dépendoit sur tout du secret. Aujourd'hui ce succès, notre gloire, notre existence, le salut de la France entière, dépendent de la publication des vérités que vous allez entendre.
Le soi-disant comité de salut public nous fit promettre solennellement, par l'organe de ses envoyés, que la religion catholique et la monarchie seroient rétablies en France avant le premier juillet. Sur la défiance que nous inspiroit une époque aussi éloignée, nous ne voulions ni suspendre les hostilités, ni entrer en accomodement ; mais les soi-disans représentans du peuple nous représentèrent et ils nous persuadèrent que "pour amener l'opinion publique au retour des choses que nous désirions, pour ne laisser aucune ressource et même aucun espoir aux jacobins, il falloit préparer la nation à demander elle-même la royauté, que des invitations secrettes seroient faites à cet effet dans tous les départemens, qu'on étoit sûr qu'elles seroient favorablement accueillies, et même avec enthousiasme ; que dans le cas contraire (ce qu'on supposoit à peine possible) le comité de salut public s'engageoit de faire remettre entre les mains des chefs Vendéens, LOUIS XVII et sa soeur, le 13 juin (25 prairial) pour tout délai ; que le comité de salut public s'engageroit également à déclarer la religion catholique, la religion dominante de l'Etat ; qu'il rappelleroit tous les François émigrés depuis le 14 juillet 1789, et qu'il donneroit des ordres secrets aux administrateurs des départemens frontières, afin de faciliter aux princes Français les moyens de se rendre dans le Poitou, l'Anjou et le Maine, sous la condition expresse que les Vendéens n'inquietteroient en aucune manière, dans cette partie, non plus que les Chouans dans la Bretagne et la Normandie, les individus qui traverseroient le pays, munis de passeports du comité de salut public, et que ces individus pourroient arriver sans obstacle soit à la Rochelle, soit à Brest, soit à Nantes, soit à Cherbourg."
Telles furent les promesses faites solennellement, au nom du soi-disant comité de salut public, par les six représentans du peuple. Ce sont-là les conditions que vous êtes venus nous offrir dans nos foyers, représentans du peuple, fourbes et trompeurs ! Ce sont-là les propos paroles que trois d'entre vous avez prononcées à demi-lieue de Nantes, dans notre avant-dernière entrevue. Nous le jurons à la face du Dieu de vérité, et nous le prenons à témoin de la vérité de ce que nous avançons aujourd'hui.
Une heure seulement avant la signature du traité de paix, il fut convenu que les conditions ci-dessus rapportées demeureroient comme clauses et articles secrets, afin de préparer les esprits, et qu'on parvînt à amener l'armée républicaine à désirer l'exécution de ces clauses, pour ainsi dire, sans se douter qu'elles eussent lieu.
Mais Dieu qui dirige toutes nos démarches, Dieu qui lit dans l'âme des méchans les plus cachés, ne permit pas que nous ajoutassions une foi aveugle à leurs promesses. Il répandit dans notre conseil le courage de la prudence, après nous avoir si souvent accordé celui de la force. Nous stipulâmes que nous resterions armés sur notre territoire, et que nous conserverions tous les signes de ralliement sous lesquels nous avions combattu jusqu'à ce jour. Les soi-disans représentans du peuple, nous laissèrent les maîtres d'agir avec les Vendéens et les Chouans, de la manière que nous croirions la plus convenable à l'intérêt général.
Quelle étoit notre joie à cette époque, de penser que le repos alloit enfin être rendu à notre patrie, que nos victoires devoient opérer sa délivrance, et que le sang répandu par nos mains étoit consacré à rétablir le culte de notre Dieu et le trône de notre Roi !
Nous nous confirmâmes encore davantage dans cette espérance si douce, par l'assurance formelle qui fut donnée le 28 avril, par les soi-disans représentans du peuple. Ils observèrent à M. de Guerville que nous envoyâmes auprès d'eux à l'effet de leur représenter combien il étoit nécessaire pour l'observation du traité, que l'armée Catholique et Royale de Bretagne fit exécuter les jugemens du conseil militaire ; ils lui observèrent que les démarches publiques auxquelles ils se détermineroient ne devoient nous inspirer aucune crainte, puisqu'elles n'auroient pour objet que de préparer plus sûrement l'exécution des 4 articles secrets. M. de Guerville nous rapporta cet écrit qui sembloit exiger une confiance entière de notre part.
"Les articles, dont l'exécution définitive est fixée au 25 PRIAIRIAL prochain, auront leur plein et entier effet. Le comité de salut public prend les mesures nécessaires à cet égard. Les sacrifices qu'il est forcé de faire aux apparences ne le rendent que plus scrupuleux à tenir les paroles données. Elles seront religieusement gardées".
Signé Grenot, Guermeur, Guezno.
Rennes, 9 floréal an 3.
Le 27 de mai, sur quelques indices qui nous firent craindre que le soi-disant comité de salut public ne cherchât à éloigner l'observation du traité conclu, nous envoyâmes M. Chastellier à Paris, après en avoir communiqué le 24 au soi-disant représentant du peuple Grenot. Nous chargeâmes M. Chastellier de demander l'élargissement provisoire du Roi, tant pour nous convaincre de la sincérité des promesses faites par le soi-disant comité, que pour faciliter le moyen de faire sortir de la capitale cet Auguste enfant et sa soeur, qu'une garde nombreuse entouroit au Temple.
Le 4 juin (16 prairial), il fut convenu que Louis XVII et sa soeur seroient conduits le lendemain à St-Cloud. Doulcet, Tallien, Cambacérès, Treillard, Rabaut, Syeyes, Rewbel, Gillet et Roux, en signèrent la promesse. M. Chastellier, que les membres du soi-disant comité de salut public cherchèrent à retenir quelques jours à Paris, afin qu'il jugeât par lui-même de la loyauté avec laquelle ils procéderoient, quitta Paris le soir-même, d'après les ordres qui lui avoient été donnés d'être de retour le 7 au plus tard. Il arriva ici le 8 au matin. Nous nous disposâmes aussi-tôt à concerter avec les représentans du Peuple, les moyens d'envoyer des personnes d'une fidélité et d'une bravoure éprouvées, dans les environs de St-Cloud ... Dans ce même moment, Louis XVII expiroit dans la prison du Temple. Dans ce même moment des ordres secrets étoient donnés pour faire avancer des troupes dans nos provinces. Dans ce même moment on méditoit l'arrestation de vos chefs, le massacre de vos femmes et de vos enfans. La lettre suivante, que nous avons interceptée le 10, auprès de Château-Giron, met à découvert la profonde scélératesse du soi-disant comité de salut public. Cette lettre sera un monument durable de la plus atroce perversité. Vous allez connoître, braves Vendéens et Chouans, les hommes qui nous offroient la paix, les hommes qui règnent aujourd'hui sur notre malheureuse patrie et qui la tiennent enchaînée, les hommes qui ont assassiné deux Rois de France en moins de trois années.
Lettre écrite par sept membres du comité de salut public, au représentant du peuple Guezno.
"Il est impossible, cher collègue, que la république puisse se maintenir, si la Vendée n'est pas entièrement réduite sous le joug. Nous ne pouvons nous-mêmes croire à notre sûreté, que lorsque les brigands qui infestent l'Ouest depuis deux années auront été mis dans l'impuissance de nous nuire et de contrarier nos projets, c'est-à-dire lorsqu'ils auront été exterminés. C'est déjà un sacrifice trop honteux d'avoir été réduits à traiter de la paix avec des rebelles ou plutôt avec des scélérats, dont la très-grande majorité a mérité l'échafaud. Sois convaincu qu'il nous détruiroient si nous ne les détruisions pas. Ils n'ont pas mis plus de bonne-foi que nous dans le traité signé, et il ne doit leur inspirer aucune confiance dans les promesses du gouvernement. Les deux partis ont transigé, sachant bien qu'ils se trompaient. C'est d'après l'impossibilité où nous sommes d'espérer que nous pourrons abuser plus long-temps les Vendéens, impossibilité également démontrée à tous les membres des trois comités, qu'il faut chercher les moyens de prévenir des hommes qui ont autant d'audace et d'activité que nous. Il ne faut pas s'endormir parce que le vent n'agite pas encore les grosses branches, car il est bien près de souffler avec violence. Le moment approche, où, d'après l'article II du traité secret, il faut leur présenter une espèce de monarchie, et leur montrer ce bambin pour lequel ils se battent. Il seroit trop dangereux de faire un tel pas, il nous perdroit sans retour. Les comités n'ont trouvé qu'un moyen d'éviter cette difficulté vraiment extrême, le voici. La principale force des brigands est dans le fanatisme que leurs chefs leur inspirent ; il faut les arrêter, et dissoudre aussi, d'un seul coup, cette association monarchique qui nous perdra si nous ne nous hâtons pas de la prévenir. Mais il ne faut pas perdre de vue, cher collègue, que l'opinion nous devient chaque jour encore plus nécessaire que la force ; il faut tout sacrifier pour mettre l'opinion de notre côté. Il faut supposer que les chefs insurgés ont voulu rompre le traité, se créer des princes des départemens qu'ils occupent ; que ces chefs ont des intelligences avec les Anglais, qu'ils veulent leur ouvrir la côte, piller la ville de Nantes et s'embarquer avec le fruit de leurs rapines. Fais intercepter des couriers porteurs de semblables lettres, crie à la perfidie, et mets surtout dans ce premier moment une grande apparence de modération, afin que le peuple voie clairement que la bonne-foi et la justice sont de notre côté. Nous te le répétons, cher collègue, la Vendée détruira la Convention, si la Convention ne détruit pas la Vendée. Si tu peux avoir les onze chefs, le troupeau se dispersera. Concerte-toi sur-le-champ avec les administrateurs d'Isle et Vilaine. Communique la présente, dès sa réception, aux quatre représentans de l'arrondissement. Il faudra produire l'absence des chefs, pour opérer le désarmement des Vendéens et des Chouans. Il faut qu'ils se soumettent au régime général de la république ou qu'ils périssent ; point de milieu. Point de demi mesures, elles gâtent tout en révolution. Il faut, s'il est nécessaire, employer le fer et le feu, mais en rendant les Vendéens coupables aux yeux de la nation du mal que nous leur ferons. Saisis, nous te le répétons, cher collègue, les premières apparences qui se présenteront pour frapper le grand coup ; car les évènemens préssent de toutes parts. Tu peux avoir pleine confiance dans Guibert ; il est jeune mais sensé ; il nous est d'ailleurs entièrement dévoué. Nous avions pensé te mander à Paris ; mais nous avons ensuite jugé qu'il valoit mieux, pour ménager les apparences, que tu ne te déplaçasses pas. Accuse sur le champ l'arrivée de Guibert, quoique nous ne présumions pas possible qu'il soit intercepté. Nous le faisons passer par Alençon ; il y verra Arihaud. Il te suffira de nous dire : J'ai reçu la proclamation relative aux subsistances. L'hypocondre vouloit demander ton rappel ; il craignoit que tu n'eusses pas assez d'activité et de prudence ; je l'ai rassuré. Prends garde aux menées de Louvet, il est vendu aux restes Orléaniques, et la guenon d'ambassadrice en dispose en plein. Nous le surveillons ; mais il intrigue activement dans la Mayenne et dans la Loire Inférieure. Boissy adopte toutes ces mesures, il sent l'urgence. Fais-nous part de ce que tu peux faire sur le champ, afin que cela concorde avec les mesures que nous allons prendre ici. Le mot subsistances sera pour les chefs, celui de troupeau pour les armées. Emploie le mot tranquillité pour celui arrestation. Lazare se tiendra dans une position respectable ; il aura tous les moyens nécessaires. Il a des ordres pour recevoir les tiens. Adieu, cher collègue, salut, fraternité."
Signé Tallien, Treillard, Syeyes, Doulcet, Rabaut, Marec, Cambacérès.
Paris, 18 prairial an 3
Vous le voyez, braves camarades, le crime se dévoile aujourd'hui dans toute son horreur. La soi-disante Convention n'ayant pu nous vaincre, a cherché à tromper notre bonne-foi, et à abuser de notre loyauté. Elle nous portoit des paroles de paix et elle ordonnoit des assassinats. Elle parloit de justice, et elle méditoit le crime. Elle s'étoit engagée à remettre entre nos mains notre Roi et son Auguste soeur, et notre Roi expire dans sa prison. Nous ne vous dirons pas que les hommes qui ont assassiné LOUIS XVI, aient attenté aux jours de LOUIS XVII ; nous n'avons aucunes preuves certaines pour l'avancer. Mais il est bien difficile de ne pas le croire, lorsqu'on voit cet enfant périr le 8 de ce mois, tandis que le 4 on avoit promis à M. de Chastellier qu'on alloit le transférer à St-Cloud ; et qu'on ne lui avoit pas même laissé soupçonner que le Roi fût attaqué de cette maladie qu'on dit avoir terminé ses jours.
En attendant que la vengeance Divine punisse les auteurs de tant de forfaits, et qu'elle fasse une justice éclatante des scélérats qui ont plongé la France dans cet abyme de malheurs prêts à l'engloutir, il est de notre intérêt le plus pressant comme de notre devoir, de pourvoir à notre défense et d'employer tous les moyens dont nous pouvons disposer, pour nous préserver de la rage de ces hommes pervers qui sacrifient tout à leur ambition et à leur cupidité.
Braves camarades, nous n'avons plus ni paix ni trêve à attendre de la soi-disante Convention, il ne nous reste que la victoire ou la mort. Si nous sommes destinés à succomber, que notre dernier soupir soit du moins utile à notre patrie ; et si nous ne pouvons la délivrer, que notre exemple lui apprenne qu'elle ne peut goûter quelque repos, qu'elle ne peut jouir de l'abondance et de la paix que lorsque les députés de la soi-disante Convention seront expulsés de son sein.
Cette assemblée va nous imputer, braves camarades, l'infraction d'un traité que nous aurions religieusement observé, si elle eût eu l'intention d'en remplir les conditions. Elle va nous représenter à la nation Française et à l'Europe entière comme des hommes perfides, ambitieux et trompeurs ; et abusant de la facilité avec laquelle elle fascine depuis si long-temps les yeux du peuple, elle égarera de nouveau l'opinion publique. Mais plus la soi-disante Convention montrera de barbarie et de scélératesse, plus nous devons faire éclater notre humanité et notre grandeur d'âme. Tous les Français sont nos concitoyens, nos amis, nos frères. Nous ne connoissons d'ennemis que les ennemis de la patrie, c'est contr'eux seuls que nous voulons diriger notre courage. C'est le bonheur, c'est la liberté que nous voulons rendre aux Français ; c'est pour les faire jouir de la paix et des avantages d'un gouvernement paternel que nous nous dévouons à toutes les horreurs de la guerre. Loin de nous, à jamais loin de nous toute idée d'ambition, tout sentiment de cruauté ou de haine ! Que la soi-disante Convention trompe le peuple Français sur la pureté de nos vues et sur les motifs qui nous guident ; nous répondrons au peuple Français par notre conduite franche, loyale, digne de la cause à laquelle nous nous sommes consacrés, digne du Dieu que nous servons et du Roi auquel nous obéissons.
Les légions de la Convention vont s'avancer sur nos frontières ; braves camarades, ce sont ces mêmes légions que vous avez si souvent vaincues, et qui viennent combattre, malgré elles, contre leurs frères, contre leurs amis. Epargnons, autant qu'il dépendra de nous, épargnons le sang Français, il n'a déjà que trop coulé au gré et selon le caprice des tyrans de la soi-disante Convention. Marchons aux soldats qu'elle envoie contre nous, marchons à ces frères égarés, avec l'olivier à la main. Supplions-les de se rallier à nous, de sauver avec nous notre patrie infortunée ; ouvrons toujours nos rangs pour les recevoir, partageons avec eux nos subsistances, couvrons-les des mêmes lauriers qui ombragent nos têtes ; que ces Français, si malheureux d'obéir à des tyrans, viennent recevoir dans nos embrassemens, ce panache éclatant qui fut dans tous les temps le gage de l'honneur, le signal de la victoire.
Braves camarades, épargnons le sang Français, c'est le voeu le plus ardent de notre Roi. Implorons le Dieu de bonté, afin qu'il verse sa lumière dans le coeur de tous les Français, qu'il les ramène sous l'empire de la raison et de la justice, et que réunissant ainsi tous les enfans de cette famille immense, il les fasse jouir de l'abondance et de la paix.
A CES CAUSES ET CONSIDÉRATIONS, nous déclarons, à la face du Ciel, que nous ne considérons comme tyrans et ennemis de notre patrie que les députés de la soi-disante Convention. Que si nous sommes dans l'affreuse nécessité de repousser les attaques des soldats que cette assemblée sacrilège et usurpatrice forcera à s'avancer dans nos contrées, nous ne cesserons jamais de les considérer, de les aimer comme nos compatriotes et nos frères, en opposant une légitime, mais douloureuse défense à leurs efforts. Que nous préviendrons constamment, et par tous les moyens qui pourront dépendre de nous, l'effusion du sang et le pillage des propriétés. Que nous recevrons avec transport tous les officiers, tous les soldats qui voudront concourir avec nous au rétablissement de la religion, de la royauté, de l'ordre, des propriétés. Que tous Vendéens ou Chouans qui se permettront d'attaquer ou d'insulter le citoyen paisible, fût-il d'un autre parti ou d'une autre opinion que nous, seront punis suivant toute la rigueur des ordonnances militaires ; et que nous ne poserons les armes que les intérêts les plus précieux et les motifs les plus sacrés ont mis dans nos mains, que lorsque la paix sera rendue à notre patrie, ou lorsque le dernier de nous aura péri en défendant sa Religion et son Roi.
Comme la soi-disante Convention s'empressera de dénaturer nos intentions, de calomnier nos sentimens et de nous prêter des vues qui ne furent et qui ne seront jamais les nôtres, nous devons, braves camarades, faire connoître solennellement à la nation Française quels sont nos principes et les motifs pressans qui nous inspirent.
LES ARMÉES CATHOLIQUES ET ROYALES DE LA VENDÉE ET DES CHOUANS, A LA NATION FRANCAISE.
Nous reconnoissons un seul Dieu créateur du ciel et de la terre ; nous voulons vivre et mourir dans la religion catholique, apostolique et Romaine que nos pères ont professée.
Nous reconnoissons LOUIS-STANISLAS XAVIER, Roi de France et de Navarre, et nous lui jurons foi, obéissance et fidélité pour nous et nos enfans.
Nous avons pris les armes pour défendre nos droits, nos propriétés, nos femmes, nos enfans. Nous ne poserons les armes que lorsque le gouvernement monarchique, qui a fait si long-temps la prospérité de la nation Française et le bonheur de nos familles, nous aura été rendu.
Nous pardonnerons, comme nous pardonnons déjà à tous les Français que la séduction, l'ignorance, ou la tyrannie ont contraints de se ranger sous les drapeaux sanglans de la Convention. Quoiqu'ils obéissent en esclave aux plus atroces de tous les tyrans, et qu'ils viennent porter la désolation dans nos contrées, nous ne regarderons jamais ces soldats comme des ennemis, mais comme des frères malheureux et égarés. Notre joie sera véritablement à son comble, lorsque nous pourrons les appeller du doux nom d'amis et les recevoir en cette qualité dans notre sein.
Nous ferons observer avec la plus rigoureuse vigilance, une discipline exacte et sévère dans tous les lieux de notre arrondissement. Quelles que soient les cruautés qu'exercent les satellites de la soi-disante Convention, notre soin le plus constant et le plus empressé sera d'en effacer la trace et jusques au souvenir, s'il étoit possible, dans tous les lieux où nous pénétrerons.
Nous n'avons point contracté et nous ne contracterons point d'alliance avec la nation Anglaise, ni avec aucune des puissances coalisées, à moins que notre Roi LOUIS XVIII ne conclue un traité avec elles. Alors ces puissances seroient nos alliées, parce qu'elles seroient les alliées de notre souverain.
Nous ne laisserons pénétrer dans le pays occupé par nos armées aucunes troupes quelconques des puissantes coalisées : nous combattrions leurs soldats avec le même courage que nous avons combattu les soldats de Tallien, de Syeyes et de Fréron, si les puissances coalisées vouloient débarquer sur nos côtes à l'effet de démembrer le Royaume de France ou d'exciter du trouble dans ses provinces.
Nous ne reconnoissons point et nous reconnoîtrons jamais de Convention ni d'Assemblée Nationale en France, parce que nous ne voulons point nous rendre complices de tout le sang innocent répandu par les soi-disans députés du peuple Français, et des brigandages innombrables exercés par eux jusqu'à ce jour.
Nous protestons d'avance contre la constitution ou le gouvernement que les soi-disans députés du peuple Français vont donner à la France. Ces hommes impies, sacrilèges et assassins ne cherchent qu'à perpétuer les malheurs des Français, à entretenir leur aveuglement, à se préserver des châtimens qu'ils ont mérités, et à conserver les places et la fortune que le crime et le sang leur ont acquises. Ils veulent tenir dans l'esclavage la nation Française, ils veulent jouir de l'héritage des jacobins leurs complices leur ont laissé ; et sous les apparences de la liberté, et en prononçant le mot de république, ils veulent gouverner despotiquement la nation Française.
Nous ne reconnoîtrons de pouvoirs et d'autorités légitimes que ceux qui auront été établis ou reconnus par notre Roi LOUIS XVIII, conformément aux lois constitutives de la monarchie Française.
La clémence, la bonté de notre Roi nous sont connues. C'est d'après les sentimens paternels de son coeur, que nous déclarons que nulle personne quelconque ne pourra être recherchée ni inquiétée pour sa conduite ou pour ses opinions. Le plus bel attribut de la puissance, est le pardon et l'oubli des fautes. Nous remplissons les volontés de notre Roi en promettant, dans toute l'étendue des pays qui seront occupés par nos armées, une amnistie sans réserve à toutes les personnes qui se rangeront sous nos drapeaux. Nous prenons en même temps l'engagement solennel qu'il ne sera exercé aucune vengeance particulière contre aucun individu quelconque ; et tout Vendéen ou Chouan qui se porteroit, en esprit de haine ou d'animosité, à quelque violence, excès ou reproche, sera sévèrement puni.
Nous sommes trop profondément pénétrés de l'esprit qui inspire notre Roi LOUIS XVIII, pour ne pas assurer au peuple Français que les abus qui s'étoient attachés à la monarchie Française seront réformés avec soin. Ces abus étoient une suite inévitable de la fragilité des institutions humaines et par conséquent des vices des hommes.
C'est à la sagesse et à l'amour de Louis XVIII pour son Peuple qu'il appartient de corriger les abus, de les empêcher de renaître, et d'accorder à ses sujets toute la liberté que la constitution de la monarchie leur assure, en les faisant tous participer à ses bienfaits et en les admettant tous aux emplois ecclésiastiques, civils et militaires.
Nous ne permettrons point la circulation des assignats dans les contrées occupées par nos armées. Nous ne reconnoîtrons jamais cette monnoie que pour une monnoie fausse, dont le gage prétendu a été établi sur le brigandage, l'assassinat et la proscription.
Nous ne permettrons jamais, dans les contrées occupées par nos armées, qu'il soit porté la moindre atteinte aux propriétés de la maison et couronne de France, propriétés inaliénables et dont le titre et le droit sont imprescriptibles.
Nous ne permettrons jamais, dans les contrées occupées par nos armées, qu'il soit porté la moindre atteinte aux propriétés de l'église et du clergé de France, qui sont le domaine du pauvre, et dont le produit est nécessaire à l'entretien du culte et à celui de ses ministres. Nous ne permettront point qu'il soit porté atteinte aux propriétés des Français fidèles et amis de la patrie, qui n'ont quitté leur patrie que pour combattre la tyrannie des jacobins et la soi-disante Convention.
Nous nous engageons solennellement à faire tous les sacrifices qui pourront dépendre de nous pour consolider la dette de l'Etat.
L'honneur et la vérité nous obligent également à déclarer à la nation Française, que la soi-disante Convention, travaillant constamment à la tromper sur l'état des finances, le déficit, qui n'étoit que de cinquante-six millions à l'ouverture des états-généraux, est porté aujourd'hui, de l'aveu même de la soi-disante Convention, à plus de huit cent millions par an. Le capital de la dette contractée par elle et par les jacobins se porte à plus de vingt milliards, et chaque jour il augmente dans une progression effrayante.
La soi-disante Convention ayant formé le projet de faire la banqueroute, tout en persuadant au peuple Français qu'elle prend les moyens de l'éviter, nous déclarons solennellement à la nation Française et à tous les créanciers de l'Etat, que nous garantissons sur notre honneur, sur notre loyauté et sur toutes nos propriétés individuelles, leurs titres, créances droits et actions.
Nous hypothéquons nos propriétés et celles de nos enfans à l'effet de faire tenir envers tous les créanciers de l'Etat les engagemens contractés envers eux par les Rois de France, ou en vertu de leurs édits, octrois ou arrêts de leurs conseils, et à l'effet de reconnoître et rendre à chacun ce qui lui est légitimement dû.
Nous renonçons solennellement et à perpétuité, pour nous et nos enfans, à toutes exemptions pécuniaires, à tous privilèges ou décharges quelconques qui pourroient nous être dues ; et nous contribuerons dans l'exacte proportion de nos biens et facultés aux besoins et aux charges de l'Etat, ne voulant nous réserver que le droit de soulager la partie pauvre du peuple des impositions qu'il étoit dans l'obligation d'acquitter. Nous combattons pour rétablir le culte de la religion catholique, pour rétablir la royauté, pour rendre les ministres de Dieu à leurs autels, pour remettre tous les Français en possession de l'héritage de leurs pères, pour faire jouir tous les Français de la véritable liberté et du bonheur que donne un gouvernement stable et ennemi de la tyrannie.
Nous combattons pour soustraire tous les Français à la tyrannie et au despotisme, nous ne souffrirons jamais que les abus de l'ancien régime renaissent. Les intentions de notre Roi LOUIS XVIII nous sont pleinement connues, il veut réformer les abus, et en consultant les voeux que la nation Française exprima dans les mandats et les cahiers qui furent donnés par toutes les provinces aux députés aux Etats-Généraux, notre Roi LOUIS XVIII veut faire jouir la nation Française de tout le bonheur qu'elle-même désira au moment de sa convocation.
A cet effet, nous invitons les braves soldats français, nos camarades et nos frères, qui ont si courageusement repoussé les armées ennemies, à venir se rallier à nous. Nous invitons les villes, bourgs et villages à ouvrir leurs portes et à reconnoître leur souverain légitime. Nous invitons les magistrats, les administrateurs et toutes personnes entre les mains desquelles réside une portion de force et d'autorité, à les employer au rétablissement de la religion et de l'ordre, et nous leur accorderons aide, assistance et protection pour garantir leurs personnes et leurs propriétés contre tous perturbateurs de l'ordre public. Nous invitons tous les laboureurs, tous les cultivateurs et tous les artisans à continuer leurs travaux précieux, et nous nous engageons à faire respecter leurs moissons, leurs héritages, leurs ateliers.
Nous déclarons ennemis et tyrans de la patrie les députés la soi-disante Convention qui ont voté pour l'assassinat du Roi LOUIS XVI, de glorieuse et sainte mémoire. Nous jurons de verser jusqu'à la dernière goutte de notre sang ou de ne poser les armes que lorsque les députés de la soi-disante Convention auront remis les rênes du gouvernement au Souverain légitime que Dieu a donné à la France.
Tels sont les motifs qui ont dirigé les Vendéens et les Chouans jusqu'à ce jour, tels sont les principes que les Vendéens et les Chouans ne cesseront jamais de professer.
Braves camarades, il ne nous reste plus qu'à invoquer le Dieu des combats, à lui demander qu'il nous donne la force de venger ceux de nos frères qui ont été si traîtreusement outragés et arrêtés ; à lui demander qu'il répande sa sainte bénédiction sur nos drapeaux, et qu'il conserve les jours de notre Roi et ceux de la famille Royale.
Jurons, tous, de répandre jusques à la dernière goute de notre sang, ou de rétablir en France la Religion, la Royauté et l'ordre.
Fait au quartier-général de l'armée de Charette, et publié au quartier-général des armées de Stofflet, Sapineau et Scepeaux ; le 22 juin 1795, l'an premier du règne de LOUIS XVIII.
Signé Charette, Stofflet, Scepeaux, Sapineau, Monnier, Guichard, Chalou, Cady, etc. etc. suivent plusieurs pages de signatures des principaux officiers des armées Catholiques et Royales des Vendéens et des Chouans.
Certifié, Gilbert, secrétaire-général.
AU NOM DU ROI, le Conseil Militaire des armées d'Anjou, du haut Poitou et de Bretagne.
Vu la réponse et la proclamation ci-dessus, nous ordonnons qu'elle soit imprimée, publiée et affichée dans toutes les paroisses qui composent l'arrondissement des armées d'Anjou, du haut Poitou et de Bretagne.
A la Mabilais, le 23 juin 1795, l'an Ier du règne de LOUIS XVIII.
Signé Bernier, commissaire-général.
De l'imprimerie Royale de MAULEVRIER
Signé CHAMBART fils, imprimeur.