1793 ♣ LUTTE HEROIQUE DE DEUX FERMIERS
La disposition où on était en 93 de se laisser égorger sans résistance est loin de mériter des éloges. Souvent elle annonçait plus de faiblesse que de générosité.
Les choses eussent bien vite changé de face si les victimes, au lieu de tendre la gorge aux bourreaux, avaient pris la résolution de ne mourir que les armes à la main, à l'exemple des courageux fermiers des Loges, près de Sens. Déclarés suspects, ce qui équivalait à un arrêt de mort, ces deux frères se barricadèrent dans la ferme, avec leur soeur, un domestique et une servante.
Ils avaient de la poudre et des armes ; contre les portes et les murs, ils rangèrent, à hauteur d'appui, du bois et des fagots. L'habitude de la chasse les avait rendus habiles tireurs ; aussi, dès qu'un gendarme ou un garde national s'avançait à portée de fusil, du haut de ce rempart ils lui envoyaient une balle au travers du corps. Chaque fois qu'après avoir soutenu un assaut, ils étaient parvenus à repousser l'ennemi, ils déposaient leurs fusils, pour prendre des livres de prières, et on les entendait chanter des psaumes.
Cette résistance fut longue. Lorsque les deux frères, manquant de poudre, se virent sur le point d'être forcés, ils mirent le feu aux fascines qui entouraient la maison, et ils se laissèrent consumer.
Extrait
Lectures pour tous
La Terreur
par l'abbé Pioger
1861
[Nous pensons qu'il pourrait s'agir de la ferme des Doges (aujourd'hui, orthographiée "Dauges") à Paron (89)]