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La Maraîchine Normande
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22 avril 2013

QUATRE VICTIMES DE LA RÉVOLUTION A TIFFAUGES

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Quatre personnes de Tiffauges furent arrêtées le lundi 20 janvier 1794 : Mlles Bénine Bessay, Louise-Marguerite Bessay de la Voûte, Marie-Jeanne Thibaut de la Pinière et Marie-Anne Acher du Bois. (Archives de Maine-et-Loire, L 1167)
Conduites aussitôt à Cholet, elles furent interrogées le lendemain par le Comité révolutionnaire de cette ville, la première par Auteract, la deuxième par Routlau-Houdié, la troisième par Cambon et la quatrième par Clémenceau.

Bénine Bessay, ci-devant noble, soixante-et-un ans, domiciliée à Tiffauges, née à Saint-Martin-Lars.
- Savez-vous pourquoi vous avez été arrêtée ? - Non, je l'ignore.
Pourquoi avez-vous resté dans le pays pendant que les brigands y étaient ? - Parce que je ne savais pas qu'il fallait en sortir.
Qu'avez-vous fait pour les brigands ? - Je n'ai jamais rien fait pour eux.
Combien de fois avez-vous crié vive le Roi ! - Jamais je ne l'ai crié.
N'avez-vous jamais suivi l'armée ? - Jamais je ne l'ai suivie. Je suis sortie de Tiffauges à l'approche des républicains pour me rendre à Cholet et de là à Saint-Florent, où je restai deux heures, et me rendis à Tiffauges ou aux environs.
N'avez-vous pas des parents émigrés ? - J'ai un frère, dont je n'ai eu de nouvelles depuis dix mois.
D'où vous a-t-il écrit la dernière fois ? - De Berg-op-Zoom, en Hollande.
Où adressiez-vous les lettres que vous lui écriviez ? - Je les adressais à Berg-op-Zoom.
N'avez-vous jamais tenu des propos contre la République ? - Non. Si tout le monde avait parlé comme moi, il n'y aurait pas autant de mal.
Comment pensiez-vous donc ? - Je demandais la paix.
Vouliez-vous un roi et des prêtres ? - Je n'en voulais pas.
Alliez-vous à la messe des prêtres qui avaient fait le serment ? - Non, je n'y ai pas été, parce que le culte était libre.
Alliez-vous à la messe de ceux qui ne l'avaient pas fait, pendant le temps que les brigands étaient ici ? - J'y ai été quand ils ont été rétablis.
BESSAY.
(Archives de la Cour d'Appel)

Louise-Marguerite Bessay de la Voûte, soixante-et-onze ans et demi, ci-devant noble, née à Saint-Mars-des-Prés, près Fontenay, domiciliée à Tiffauges.
Savez-vous le motif de votre arrestation ? - Je ne le sais pas.
N'avez-vous jamais tenu de propos contre la République ? - Non.
En avez-vous quelquefois tenu pour ? - Non.
Avez-vous eu quelque correspondance avec les émigrés ? - Je n'en ai jamais eu aucune.
Avez-vous donné asile aux prêtres réfractaires ? - Non.
Avez-vous engagé quelqu'un à porter les armes contre la République ? - Non.
Avez-vous fourni des subsistances aux brigands ? - Je leur en ai fourni lorsqu'ils sont venus de la part du comité.
Avez-vous engagé quelqu'un à porter la cocarde blanche ? - Non.
Avez-vous assisté à la messe de votre curé constitutionnel ? - Non.
Avez-vous assisté à celle de votre ancien curé, lorsque les brigands étaient en possession de Tiffauges ? - Je n'ai pas assisté à celle du curé, mais j'ai été à celle des autres prêtres qui s'y sont trouvés.
Louise-Marguerite BESSAY DE LA VOUSTE.
(L. 749)

Marie-Jeanne Thibaut, dite de la Pinière, domiciliée à Tiffauges, vivant de ses revenus, cinquante-huit ans, née à Angers, fille, ci-devant noble (Dans son interrogatoire du 26 janvier, elle se dit également "noble et n'avoir que cela à se reprocher").
Savez-vous la cause de votre arrestation ? - Je l'ignore.
Êtes-vous sortie de Tiffauges pendant que les brigands occupaient le pays ? - Oui. Lorsque l'armée des brigands y venait, j'allais me retirer dans les métairies, excepté néanmoins la première fois, où elle me surprit.
Lorsque les républicains sont entrés à Tiffauges, en êtes-vous sortie ? - Oui ; j'ai été à Saint-Aubin et à Saint-Martin.
Combien de temps avez-vous été absente ? - Quarante jours.
Alliez-vous à la messe des prêtres assermentés ? - Non.
Avez-vous été à celle des réfractaires, lorsqu'ils ont été rentrés ? - Oui.
Avez-vous porté la cocarde blanche ou noire ou des signes de fanatisme ? - Non, je n'ai jamais rien porté de cela.
Avez-vous crié Vive le Roi ? - Non.
Avez-vous reçu des nobles et des prêtres chez vous ? - Lorsque les brigands s'emparèrent de Tiffauges, M. d'Armaillé, qui était dans leur armée, que je connaissais et que je n'avais pas vu depuis vingt ans, vint chez moi et me conduisit un moine, nommé Ménard, que j'ai gardé et nourri quinze jours à la prière dudit d'Armaillé.
Combien de temps ce M. d'Armaillé a-t-il resté chez vous ? - Il y a couché une nuit et demeuré un jour.
Avez-vous des parents émigrés ? - Oui, j'ai un frère et un neveu.
Leur avez-vous écrit depuis leur émigration ? - J'ai écrit plusieurs fois à mon frère.
Avez-vous reçu des lettres de sa part ? - Oui, plusieurs fois aussi, datées de Berg-op-Zoom.
Lui avez-vous fait passer de l'argent ? - Non.
Avez-vous désiré le rétablissement de la royauté ? - Non.
Comment avez-vous vu la mort du tyran et de sa femme ? - Je l'ai vue sans peine.
LA CITOYENNE THIBAUT.
(Archives de la Cour d'appel d'Angers)

Marie-Anne Acher du Bois, vingt-neuf ans, fille de compagnie de Marie Thibaut de la Pinière, domiciliée à Tiffauges et née à Jallais.
Quel pays avez-vous habité depuis le mois de mars dernier ? - Toujours Tiffauges.
Quand les troupes de la République sont entrées à Cholet, Mortagne, etc., êtes-vous sortie de Tiffauges ? - Oui, j'ai été à Saint-Martin et à Saint-Aubin.
Combien de temps avez-vous été absente ? - Une quinzaine de jours.
Votre nom me fait croire que vous étiez une ci-devant noble. - Je ne le suis pas cependant.
La femme dont vous étiez la fille de compagnie a-t-elle reçu chez elle, depuis la guerre de Vendée, des prêtres réfractaires, des ci-devant nobles ou des chefs des brigands ? - Il est venu à la maison un moine nommé Mesnard, qui y a passé quinze jours.
Avez-vous été à la messe des prêtres qui ont prêté le serment ? - Non.
Pendant que les brigands ont été dans votre pays, alliez-vous à la messe des prêtres qui avaient refusé le serment ? - Oui.
Avez-vous engagé quelqu'un à prendre les armes contre la République ? - Non.
Avez-vous porté la cocarde blanche ou noire, crié Vive le Roi, ou avez-vous porté quelque signe de révolte ? - Je n'ai porté ni cocarde blanche ni noire, ni autre signe de révolte, mais j'ai crié Vive le Roi !
De quel oeil avez-vous vu la mort de Louis et d'Antoinette ? - D'un oeil assez indifférent. (L. 749)

Voici le jugement que porta sur ces quatre prisonnières le Comité Choletais :

Bénine Bessay - Noble et fanatique, qui a entretenu une correspondance avec un émigré, et, en outre, toujours resté dans le pays insurgé, où elle a fait plusieurs voyages. (L. 749)

Louise-Marguerite Bessay de la Voûte. - Regardée comme suspecte (Archives de la Cour d'appel)

Marie-Jeanne Thibaut de la Pinière. - Il résulte que cette femme a reçu couché chez elle d'Armaillé, chef de brigands, qu'elle a nourri pendant quinze jours un moine réfractaire, et qu'elle a entretenu des correspondances avec les émigrés. (L. 749)

Marie-Anne Acher du Bois. - Fille de compagnie d'une ci-devant noble et qui reste dans le pays insurgé. (Archives de la Cour d'appel)

Le 23 janvier, le Comité de surveillance de Cholet fit partir pour Angers, sous la conduite du gendarme Massé, un convoi de 29 victimes, dont 8 déclarées suspectes et 21 coupables.
Parmi ces dernières se trouvaient Mlles Thibaut de la Pinière et Bénine Bessay, Mlles Bessay de la Voûte et Acher du Bois étaient seulement réputées "suspectes".
Sitôt arrivées à Angers, les prisonnières choletaises furent internées à la Prison Nationale, près la place du Pilori. Elles n'y devaient pas rester longtemps.

Mlles Thibaut de la Pinière et Bénine Bessay ne tardèrent pas à être extraites de leur prison et amenées dans l'ancien couvent des Jacobins, aujourd'hui la gendarmerie nationale, où se tenait la Commission militaire. Elles y subirent, en séance publique, chacune un interrogatoire par les soins du président Félix (Archives de la Cour d'appel) :

Mlle Thibaut de la Pinière.

Si elle a un frère et un neveu émigrés ? - Oui, mais ils ne demeuraient point avec elle.
Si elle n'aimait point les prêtres assermentés ? - Elle n'a jamais aimé ni les uns ni les autres.
Il faut bien qu'elle aime les prêtres réfractaires, puisqu'elle est allée à leur messe ? - La loi ne lui défendait pas d'y aller, puisqu'il exerçait son culte publiquement.
De quel oeil elle voit la révolution républicaine ? - Elle la voit d'un oeil assez tranquille, n'ayant encore manqué de rien.
Si elle croit que les prêtres et nobles aient bien fait de tenter la contre-révolution ? - Non, et leur a fait part de son opinion à cet égard.
Elle en impose, car il est prouvé qu'elle a logé chez elle le chef des brigands, nommé d'Armaillé ? - Elle l'a déclaré à Cholet : il est entré chez elle par force, ayant défoncé ses portes (Séance du 26 janvier).

Mlle Bénine Bessay.

Si elle a des frères et soeurs ? - Elle a un frère et deux soeurs ci-devant religieuses au Ronceray, et elle ignore où elles sont, ainsi que son frère, qu'elle croit en Hollande.
Si elle était bien attachée aux prêtres réfractaires ? - Elle était attachée à sa religion.
Si elle l'était aussi à la contre-révolution ? - Elle ne s'en est pas mêlée.
La religion n'a jamais prêché le meurtre et le carnage ? - Elle ignore tout cela.
Elle devait savoir que c'étaient les prêtres et les nobles qui sont cause que tant de sang des patriotes a coulé ? - Elle ignore tout cela.
De quel oeil elle regardait les prêtres assermentés ? - A dit que cela ne la regardait pas.
Comment elle regardait les prêtres réfractaires ? - Elle les regardait comme les dignes ministres du Seigneur.
Ils faisaient assassiner chaque jour les patriotes ? - Elle ignore tout cela. (Le 27 janvier).

Toutes deux furent condamnées à mort et guillotinées sur la place du Ralliement :

Mlle Thibaut de la Pinière, le 26 janvier 1794, à 4 heures du soir.
Motifs : 1° Avoir eu des correspondances intimes avec les brigands de la Vendée - 2° Avoir servi leurs projets contre-révolutionnaires en restant constamment dans les pays qu'ils avaient envahis et dont la rébellion s'est manifestée si ouvertement contre les principes d'égalité et de liberté - 3° Avoir secondé les efforts du fanatisme et de la guerre civile qui a éclaté dans la Vendée, en assistant exactement aux messes contre-révolutionnaires que les scélérats de prêtres y disaient - 4° Avoir provoqué au rétablissement de la royauté et à la destruction de la République française.

Mlle Bénine Bessay, le lendemain à la même heure.
Motifs : 1° Avoir eu des intelligences avec les brigands - 2° Avoir servi leurs projets liberticides en restant constamment dans les pays qu'ils avaient envahis et par leur présence avoir excité et maintenu leur révolte, soit par leurs conseils, écrits ou facultés pécuniaires - 3° Avoir secondé les efforts du fanatisme et de la guerre civile qui a éclaté dans la Vendée, en assistant exactement aux offices contre-révolutionnaires que les scélérats de prêtres y chantaient sous l'étendard sanglant de la tyrannie - 4° Avoir provoqué au rétablissement de la royauté et à la destruction de la République française. (Archives de la Cour)

Quant à Mlles Bessay de la Voûte et Acher du Bois, elles furent destinées à la fusillade. On ne les interrogea que le jeudi 6 février (Interrogatoires faits par Hadoux, Vacheron et Gouppil fils - Archives de la Cour)

Louise-Marguerite Bessay de la Voûte.
- 71 ans, née à Saint-Mars-des-Prés, district de Montaigu, fille de la caste noble, domiciliée depuis dix ans à Tiffauges, où elle fut arrêtée par des citoyens il y a environ trois semaines. A dit qu'elle n'avait jamais entendu l'office des prêtres constitutionnels. A entendu depuis avec préférence et plus de plaisir la messe des prêtres étrangers et réfractaires qui ont été une fois la visiter civilement. Elle a continuellement habité avec les brigands.

Marie-Anne Acher du Bois.
- 29 ans, fille, née à Jallais, domiciliée à Tiffauges, fille de compagnie de Mlle Thibaut, dit la Pinière, demeurant à Tiffauges, laquelle l'a élevée. Ladite Thibaut a logé chez elle d'Armaillé, brigand. A dit que sa maîtresse avait logé chez elle Mesnard ci-devant Cordelier, insigne brigand, pendant quinze jours ; que ledit Mesnard a dit la messe à l'église paroissiale dudit lieu, à laquelle sa maîtresse a assisté avec elle. Lorsque l'armée patriote a été en possession dudit canton, elle et sa maîtresse se sont retirées à Saint-Martin et n'ont rentré qu'après quinze jours.

Après chaque interrogatoire, les commissaires recenseurs inscrivirent en marge la lettre F, c'est-à-dire à fusiller.

Quatre jours après, le 10 février, ces deux victimes étaient conduites, avec une grande quantité d'autres, au Champ-des-Martyrs, où elles eurent le bonheur de verser leur sang pour la cause de Dieu.

F. UZUREAU
Directeur de l'Anjou Historique
La Vendée Historique
1903

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