ANERIES RÉVOLUTIONNAIRES ou BALOURDISIANA, BETISIANA, Etc. etc. etc ...
Le 14 octobre 1791, une société patriotique du département de la haute Marne fit prendre par la municipalité une ordonnance de police, où se trouvait cette disposition :
Défendons de laisser entrer les chiens dans le club, sous peine de fouet pour les chiens du canton, et de trois livres d'amende pour les étrangers ; et afin que les contrevenans ne puissent prétexter cause d'ignorance, ordonnons que la présente sera imprimée et affichée aux lieux accoutumés.
Le Père gardien des Capucins, ayant appris que l'assemblée avait proscrit l'habillement monastique, passa toute la nuit du 16 au 17 septembre 1790, à se faire raser et à changer sa robe contre un uniforme national. Puis, ayant fait un paquet de ses hardes, il le laissa au milieu de sa cellule, avec ce billet :
"Puisqu'on m'ôte mes habits, je dois, suivant les maximes de l'évangile, partager mes vêtemens avec ceux qui m'en dépouillent.
Je laisse donc à M. Robespierre, ma calotte, en regrettant qu'elle ne soit pas de plomb.
Ma barbe, avec ses agrémens, à M. Camus, pour s'en faire une perruque.
Ma mutande, à M. de Lusignan.
Je donne et lègue mon manteau à M. le duc d'Orléans ; celui dont il se couvre est tellement percé qu'on peut à travers voir la nudité de son âme.
Je laisse ma robe au côté droit, mon cordon au côté gauche, et ma besace à tout le monde, etc ...
Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé."
Un orateur proposait à la tribune d'un club de prendre une précaution infaillible pour détruire la noblesse héréditaire : c'était de défendre aux nobles de faire des enfans mâles.
Parmi les membres que l'assemblée nationale avait nommés dans son sein pour composer une commission, on remarquait ces quatre noms propres : Villette, Bouche, Trou, de Lannus.
A la mort de Lannus, on publia le quatrain suivant :
"Le grand Lannus est mort rendant un lavement.
Bouche et Trou sont en pleurs, ayant perdu leur frère :
Et sur un tel malheur gémit la France entière,
Qui voit que ses décrets n'ont plus de fondement."
(Lorsque les circonstances changeaient, ils coupaient en deux leur serment, et le sens n'était plus le même.)
Deux fonctionnaires publics de Sainte-Ménéhould reçurent l'ordre de s'assurer de la personne de M. ***, qu'ils rencontrèrent, après bien des recherches, à table chez un restaurateur ; ils l'arrêtèrent au nom de la liberté, et dressèrent un procès-verbal dont voici à-peu-près la substance :
"Aussitaux lhorde arrivai, genoux some mys en marches dans la commune, et je some par venu adé couvrir que le citoyen *** devais alé diné cheux un restaurateux ous quon lui préparait des pieds de cochon. Je navont pas perdus la taite, je some allés encore faire un tour dan Sainte-Ménéhould, puis après je some revenu cheux le restaurateux ous que javont trouvé not home manjeant les pieds à la dite Sainte, etc., etc."
Lettre écrite du Faubourg Saint-Antoine à un membre de l'Assemblée Nationale.
15 août 1789.
J'ai été dimanche gratis, Monsieur, au Wauxhall d'été, où est-ce qu'on représentait la prise de la Bastille. En voyant ça, j'me disais, pardine le peuple a fait là une belle chose : on n'y mettait qu'des aristocrates, et c'est bien le cas de dire qu'ils se sont servis de la patte du chat pour tirer les marons du feu. On y fourrait bien queuques-uns du tiers-état, mais c'était des écrivayeux qui n'seront pas si bien à Bicêtre, et ce n'sera pas si cher ...
Ah ! mon dieu, quand j'y pense, à c'te Bastille, il semblait que c'était le fort Mahon, à entendre parler les Parisiens ; et ils sont entrés là comme dans du beurre : la mitraille allait chercher les ceux qui n'pensions à rien, et crac ... Enfin, on nous dit qu'c'est pour notre bien, et j'le croyons ; mais ça nous fait perdre fièrement de tems du d'puis toujours, et j'crais que l'on ferait une bastille aussi grande que Paris aveuc ce que j'avons manqué à gagner. Au surplus, Monsieur le député, faites de votre mieux pour que les affaires allions bien, et crayez nous tous les habitans du faubourg disposés à nous battre pour la liberté, avec laquelle j'ai l'honneur.
ANT. DUBUIS
Lettre d'un cocher de fiacre à un membre de l'Assemblée Nationale.
NOT'BOURGEOIS,
Pierre Leroux qui est notre compère, et moi, avons été boire ce matin un demi-setier de cette petite goutte ; voilà que tout en jasant, nous parlons de l'égalité, et par rapport à ce qui est de ça, je prenons la liberté de vous dire que je suis indigné contre le grand abus des gens à hôtels, ou celui de leurs suisses, qui empêchent mes chevaux d'entrer dans la cour lorsque je mène des personnes qui ont affaire à eux. Tenez, quand je vois qu'un évêque dans son carrosse doré moulu, et une belle dame entretenue dans son remise, vont mettre pied-à-terre tout fin drait sur le perron, et qu'un bon curé, un député du tiers-état, ou une bonne honnête femme, qui se sont historiés pour faire leur visite, sont obligés d'essuyer la pluie, le vent et la crotte en traversant des cours d'un quart de lieue, pendant que mes chevaux restent les bras croisés dans la rue ... J'enrage contre l'aristocratie des voitures ; je dis que ça n'est pas honorable pour nous qui sommes les voitures de la nation. On parle d'abolir la distinction des ordres ; est-ce que celle des voitures serait plus enracinée ? ... Si les pauvres chevaux pouvaient parler, ils ne manqueraient pas de dire qu'ils naissent égaux ... Mais si les aristocrates à grandes cours ont tant d'amitié pour les leurs, et qu'ils ne veulent pas les laisser se compromettre dans la compagnie des nôtres, je consens bien à ne pas les laisser causer ensemble, pourvu que je puisse mener mon monde aussi proprement que j'ai l'honneur d'être.
BRINDAVOINE
Lorsqu'il fut question de fondre les cloches, un personnage très-connu dit qu'il ne fallait en excepter aucune, et qu'il fallait prendre jusqu'à la sonnette du président de l'Assemblée nationale. On fit, à cette occasion, les vers suivans, qui doivent, je le pense, être exclus du nombre des âneries.
Rendons grâce au puissant génie
Qui, voyant notre pénurie,
Veut que l'on réduise au billon
Toute espèce de carillon !
Dès long-tems en effet tout cloche,
Les paîmens vont cahin, caha ;
Sitôt qu'on en est réduit là,
C'est le cas de fondre la cloche.
Adresse de félicitation et de remercîment des Cloches, à M. ***, rapporteur de la loi ci-dessus.
Din, don ; din, don ; din, don ; din, don ; din, don ; din, don ; din, don.
Vos très-humbles et très-obéissantes servantes,
Les Cloches de France.
Extraits
Aneries révolutionnaires, ou Balourdisiana, bêtisiana etc ...
par C.A.P...L. [L.-P. Capelle]
1801










