TOULON ♣ 24 AOUT 1793 ET QUELQUES RÉFLEXIONS POLITIQUES
24 AOUT 1793
PREMIERE ANNEE DU REGNE
DE LOUIS XVII
24 AOUT 1793
ET QUELQUES REFLEXIONS POLITIQUES
C'est dans le cours de cette même année 1793, trop fameuse par les crimes qui semblèrent étendre un voile éternel de deuil et d'opprobre sur le nom français, que l'on vit éclater aussi sur divers points du royaume les vertus héroïques des défenseurs du trône, dont la République venait d'arroser les débris avec le sang le plus auguste. Louis XVI avait déjà sanctifié l'échafaud qui attendait après lui la fille des Césars, et cette ELISABETH qui au milieu d'un siècle pervers apparut comme un ange descendu du ciel pour réaliser l'image des vertus qu'allait bientôt couronner son martyre.
Entre ELISABETH et MARIE-ANTOINETTE, une jeune Princesse que la Providence devait rendre plus tard à notre amour, ne connaissait d'autre plaisir que celui de soulager leurs maux en partageant leurs larmes : tandis que l'Enfant Royal, destiné à tomber comme un lys naissant sous la faux de la mort, sans avoir connu de la vie autre chose que la douleur, et des prérogatives de son sang, que l'infortune de sa famille, jouait avec ses fers au milieu des bourreaux de son père.
Telles étaient les tristes et touchantes victimes que renfermait la tour du temple ; mais tandis que la Majesté Royale chancelante et captive reposait sans force sur la tête d'un malheureux enfant et semblait prête à s'engloutir à jamais avec lui dans la tombe, un cri de fidélité s'élève tout-à-coup à l'une des extrémités les plus reculées de la France ; rapide comme l'air qui le porte, brûlant comme l'enthousiasme qui le produit, ce cri traverse le royaume, et vient effrayer jusques dans Paris les coupables usurpateurs du pouvoir souverain.
C'est TOULON qui, bravant les menaces du présent et les terreurs de l'avenir, proclame solennellement dans ses murs LOUIS XVII, et brise le joug de la convention avec une sagesse qui aurait dû assurer son triomphe, et avec une dignité qui du moins ennoblit son malheur. Certes il sera toujours glorieux pour une cité française, d'avoir la première relevé les autels de la légitimité, mais combien jettent d'éclat sur la conduites des Toulonnais les circonstances malheureuses où la France se trouvait alors plongée, et les obstacles presque invincibles qui semblaient s'opposer au concours des moyens qui pouvaient seuls consolider le succès d'une aussi courageuse détermination.
En laissant à l'histoire le soin de développer les titres des Toulonnais à l'admiration de la postérité, qu'il nous soit permis de les rappeler au souvenir des contemporains dans ce même jour qui signala ce sublime élan de leur royalisme. Ce fut le 24 Août que tombèrent, arrachés par leur courage, ces ignobles trophées du gouvernement républicain, et que reparut cette couleur antique et vraiment nationale qui semblait renaître ce jour-là, plus blanche et belle, pour orner, le lendemain 25, la fête du père auguste des Bourbons. En reconnaissant les droits imprescriptibles de la souveraineté dans le précieux et tendre rejeton de cette noble tige de nos rois, le dévoûment des Toulonnais cédait moins à l'impulsion quelquefois plus généreuse qu'éclairée, de l'enthousiasme, qu'il ne préparait pour la France de nouvelles destinées de bonheur, en plaçant l'éducation politique du jeune roi et les intérêts du royaume sous la garantie du génie et de la sagesse de son oncle, Monseigneur le Comte de Provence, qui dès-lors aurait réalisé, dans le c¤urs d'une régence mémorable, les bienfaits que nous devons, après, vingt-cinq ans d'agitation et de trouble, à ce gouvernement approprié aux circonstances, fort de sa propre modération, qui chaque jour fait, par la raison, des conquêtes à la légitimité, et rallie autour de lui les Français par les liens de la reconnaissance.
Tout ce qui retrace de glorieux souvenirs, tous les anniversaires d'actions honorables, ne sauraient être trop souvent rappelés : la ville de Bordeaux célèbre chaque année avec orgueil ce jour mém¤rable où sa fidélité, à la seule présence d'un Prince valeureux de la Famille Royale, rangea de nouveau ses habitans sous les drapeaux de la Monarchie ; une autre journée non moins précieuse pour les fastes de cette cité, est celle, où l'étonnant courage et la rare vertu d'une auguste Princesse, seul rejeton d'une Reine et d'un Roi aussi justement regrettés qu'adorés, se développèrent avec une grandeur et cette magnanimité qui lui ont valu le titre immortel d'HÉROINE DE BORDEAUX !
Ne mettons dans l'oubli que les époques funestes : l'Histoire n'en présentera que trop fidèlement les détails, et ils serviront de leçons à nos neveux. Indulgens pour les erreurs passées qui (disons-le avec franchise) n'ont été que trop partagées, laissons bien loin de nous des orages qu'il faut oublier pour jouir du calme présent, de ces espérances souvent renouvelées d'un meilleur avenir, qui, avec un peu de temps et la persévérance du Roi, mais sur-tout avec la confiance de ses sujets, ne tardera pas à se réaliser. Ne voyons d'ennemis du trône que dans les anarchistes, dans ces hommes de doctrine et de système, qui ne rêvent que l'égalité et une liberté indéfinie, incompatible avec l'ordre social : également ennemis du Ministère et de l'Opposition, ils égarent et agitent la multitude par la profession d'un ultrà-libéralisme, mille fois plus à craindre que quelques élans, peut-être peu réfléchis, d'un petit nombre de royalistes justement aigris par la perte entière de leur fortune, mais qui, constamment fidèles à Dieu, au Roi et à la Patrie, sont incapables de s'écarter du chemin de l'honneur. Les ultrà-libéraux sont tout-à-la-fois ambitieux de fortune et d'honneurs ; leurs pensées comme leurs actions, sont en harmonie parfaite avec le système des anciens révolutionnaires, et ils n'ont peut-être changé que de nom ; c'est une secte dangereuse que l'intérêt publique et particulier commandent de surveiller et d'arrêter dans des progrès rapides qui, sans alarmer le Ministère, n'en sont pas moins signalés à sa vigilance.
Les Ministres du Roi savent que c'est dans leur sagesse, leur prévoyance et leur fidélité que réside l'espoir du salut de la France : ils s'empresseront, autant par devoir que par honneur, de justifier aux yeux de l'Europe attentive, l'honorable confiance du Roi dans leurs talens, et sur-tout dans leur dévoûment à la légitimité du trône. Il est encore temps peut-être d'opérer avec succès la réunion de toutes les opinions contre ce parti si violent, si insensé dans ses écarts, à la calomnie, à la censure duquel rien de ce qui est honnête, de ce qui est auguste, rien de ce qui est bien, de ce qui est conforme à l'ordre public, n'a encore échappé ! Tolérance, jusqu'à ce jour, envers les sectaires de ce parti, mais, incessamment lassée des excès de leurs écrits séditieux et perfides, la nation entière n'aura qu'un cri pour en demander la répression ; d'accord avec le Gouvernement, elle saura s'armer de force et de courage pour réduire au silence les ennemis de son repos, et pour jouir enfin sans trouble d'un bonheur qui est l'objet constant des sollicitudes du meilleur des Rois, comme il est l'objet des voeux de son auguste Famille.
VIVE LE ROI !
G. DE B.
De l'Imprimerie d'Abel Lanoe
Rue de la Harpe
PARIS
1818